CinéCinéphile

Quelques mots, sur ces œuvres que nous découvrons depuis le Québec ou la France, sur notre écran d'ordinateur ou dans notre salle de cinéma favorite.

X

« Dans Votre Écran », votre rubrique qui revient en quelques mots, sur ces œuvres -majoritairement audiovisuelles- que nous découvrons depuis le Canada ou la France, sur notre écran de salon, d’ordinateur ou dans notre salle de cinéma favorite.

Quel est le rôle premier d’une société de production ? Si leur rôle n’est fondamentalement pas de créer, une société de production a pour objectif premier de soutenir et d’encadrer les auteurs auxquels ils croient. Soutenir financièrement, mais également sur les plans administratif et organisationnel, tant durant la pré-production, que la production puis la post-production. Il y a ensuite plusieurs degrés au sein même du métier de producteur (producteur au contenu, producteur exécutif…), ainsi que de réelles différences de définition entre les pays. Et par là, on pense essentiellement à la fameuse notion d’auteur et de la place de l’auteur au sein du développement d’une oeuvre. L’importance de l’auteur varie en fonction des pays, mais également en fonction des sociétés de productions et de leurs envies de contrôle en interne. Si l’on sait que les dirigeants d’une société de grande ampleur tel qu’Universal va être beaucoup plus regardante et va soumettre son auteur à des coupes, ainsi qu’à diverses procédures (des mois de projections tests avec de lourds changement dans le montage afin de se mettre le moins en danger possible), il est bien plus difficile de savoir ce qu’il en est pour une société de production américaine comme A24.

A24 est un cas à part. Le blockbuster du cinéma d’auteur. Une société que l’on imagine mal contrôler avec acharnement chaque oeuvres qu’ils produisent, et pourtant, réside une réelle cohérence au sein de leur filmographie. Une société, dont le nom est devenu une marque plus virale sur le long terme, que le nom de la majorité des oeuvres qu’ils ont supportés. Aujourd’hui encore, A24 est une marque que l’on peut associer à ce jeune cinéphile aussi naïf qu’insouciant qui, alors qu’il entame sa seconde année en fac de cinéma, a des envies de cinéma “d’auteur”. D’un cinéma qui le stimule, d’un cinéma qui soit avant tout artistique et qui donne l’impression d’avoir été créé en dehors d’un carcan anxiogène, trop contrôlant. A24 c’est cette société indépendante de production et distribution qui regroupe toutes ces propositions artistiques -pouvant être aussi vaines qu’incroyables- que les autres refusent, car trop complexes à vendre. Pourtant, ils se le permettent. Ils peuvent se le permettre, car ils ont aujourd’hui cette notoriété qui va leur permettre de tenter le coup. Et sans le savoir au préalable au simple visionnement de sa bande annonce, X s’avère finalement, être la projection sur pellicule de ce qu’est A24. C’est maîtrisé, contrôlé et incroyablement stimulant, sans pour autant réinventer la roue, car le film offre aux amateurs du genre exactement ce qu’ils recherchent, en vain, depuis de longues années.

Nous sommes en 1979. Un groupe d’amateurs de cinéma composé de cinq jeunes adultes et d’un réalisateur plus mature, louent une maison au fin fond du Texas dans le but d’y tourner un film pour adulte. Malheureusement, leurs activités vont éveiller des pulsions impensables chez leurs hôtes. De sa première séquence post introduction qui prend place dans un vieux dépanneur insalubre au bord d’une autoroute déshumanisée, au look visuel qu’adopte le film (faux 35mm puisque tourné majoritairement en numérique), en passant par la caractérisation des personnages : X ne se cache pas de son inspiration première. Néanmoins, ce qui relève dans un premier temps du vulgaire plagiat du chef d’oeuvre réalisé par Tobe Hooper, prend rapidement la place du fils légitime. Puisque oui, s’il reprend à l’identique les codes (du « slasher movie » ndlr), initiés et popularisés par le film Texas Chainsaw Massacre, X nous démontre qu’il en a conscience. Le film ne s’en cache pas et joue allègrement avec le sentiment d’expectation du spectateur, tout en titillant la fibre nostalgique si populaire en ces temps modernes.

Parmi les nombreuses qualités qui ont fait sa renommée, s’il y a bien une chose qui façonne le magnétisme et l’angoisse que nous procure le film de 1974, c’est bien la manière dont le scénario fait progressivement de ses antagonistes, les réels protagonistes de son histoire. La manière, dont ils sont montrés (ou cachés) à l’image, dont ils vont impacter le spectateur et dicter l’atmosphère de chacune des séquences. Si la première partie du script rédigé par Ti West, est dédiée au groupe de jeunes et à la production de leur film pour adultes. Première partie très humoristique qui se permet d’atténuer toute tension par la création d’une pure satire de la création d’un film pour adulte d’époque. De la femme au physique parfait qui attise tous les regards, en passant par l’homme afro-américain au sexe anaconda et sans oublier le producteur pervers ou encore le jeune réalisateur qui croît renouveler l’industrie du cinéma caméra au poing. La satire est hilarante, finalement hilarante que surprenante grâce à une finalité qui se permet, au détour d’une conversation calme et réfléchie, d’introduire le débat autour de la pornographie et de la position de la femme au sein de cette industrie. Débat que l’on peut étendre à la place de la femme au sein de l’industrie audiovisuelle toute entière. Conversation alimentée par des personnages qui ont tout à chacun, une place et un regard complètement différent sur la question. Débat d’une belle lucidité, au propos d’un rare respect envers cette industrie et qui va faire naître des premières dualités au sein du groupe tout en permettant au film de basculer avec une remarquable fluidité vers une seconde partie où angoisse, gêne et violence seront maîtres mots.

De la réflexion sur l’industrie du film pour adultes au pure slasher qui réserve à son auditoire des mises à mort profondément jubilatoires, il n’y a qu’un pas. Un pas en dehors de ce qui sert à notre groupe de personnages, de lieu de vie pour la nuit jusqu’à ce que le mal y fasse son entrée. C’est gore, c’est spectaculaire et particulièrement bien rythmé afin de manager un suspense qui concerne l’attention d’un spectateur qui sait ce qui va arriver, mais pas à quel moment ou dans quel ordre. Mais encore une fois, si la structure même du récit ne bascule en rien les codes du genre, c’est par la manière dont Ti West prend le temps de donner du corps et de l’importance à ces antagonistes, qu’il inculque au film une dimension insoupçonné. Oeuvre qui traite de la notion de désir et qui exploite ce fil conducteur afin de se justifier, mais également de lier les arcs narratifs un à un (véritable jeu de miroir va se mettre en place entre notre groupe de jeunes et nos antagonistes), c’est cette même notion qui va permettre au film, grâce à de très belles idées de mise en scène, d’inculquer de vrais beaux moments d’émotion. Une tendresse que l’on retrouve rarement dans ce genre de film. De pures moments de tendresse, de douceur, mais dont va également en émaner un réel sentiment de gêne, pour ne pas dire de dégoût. Un entre deux qui ne laisse pas de marbre et inculque sur la durée cette même folie angoissante que l’on retrouvait au sein du film de Tobe Hopper.

Au-delà de son imagerie bercée par Texas Chainsaw Massacre (1974), X en est un digne successeur dans son traitement narratif et sa mise en scène qui donne une importance capitale à ses antagonistes qu’il humanise habilement pour rendre ses situations toujours plus dérageantes. Dérangeant, angoissant, drôle et malin dans sa manière d’exploiter la thématique du désir afin de justifier chacun des choix et comportements, initiés par les personnages. X est une pure production A24. À l’image de sa communication, il est un film qui sait ce qu’il fait, maîtrisé et malin dans sa manière de jouer avec le spectateur. Il titille sa fibre nostalgique et lui offre sur un plateau d’argent tous les stimulus possibles (du sexy, du gore, de la nostalgie…) tout en renouant, avec respect, avec le cinéma d’exploitation à l’ancienne. Et en plus, le film se permet d’être une petite merveille. Ça en est presque indécent.

Les illustrations des articles sont sous Copyright © de leurs ayants droits.
Tous droits réservés.

Commentaires Facebook

Au Suivant Poste

Poster un Commentaire

© 2022 CinéCinéphile

Thème par Anders Norén