Us, psychanalyse d’une famille afro-américaine moyenne par Jordan Peele



Synopsis : « De retour dans sa maison d’enfance, à Santa Cruz sur la côte Californienne, Adelaïde Wilson a décidé de passer des vacances de rêves avec son mari Gabe et leurs deux enfants : Zora et Jason. Un traumatisme aussi mystérieux qu’irrésolu refait surface suite à une série d’étranges coïncidences qui déclenchent la paranoïa de cette mère de famille de plus en plus persuadée qu’un terrible malheur va s’abattre sur ceux qu’elle aime. Après une journée tendue à la plage avec leurs amis les Tyler, les Wilson rentrent enfin à la maison où ils découvrent quatre personnes se tenant la main dans leur allée. Ils vont alors affronter le plus terrifiant et inattendu des adversaires : leurs propres doubles. »


Les lumières de la salle de cinéma s’allument, tu te repositionnes sur ton siège pour avoir fière allure parce que la position “je m’installe comme à la maison” ce n’est pas trop ça, et là, ton ami(e) se retourne vers toi et te pose la question fatidique…

Deux ans après Get Out (2017), succès inattendu qui a révélé l’humoriste Jordan Peele en tant qu’auteur de cinéma de genre de talent, le cinéaste est de retour avec Us. Un second long-métrage plus attendu que son premier film qui avait crée la surprise, qui s’annonçait sur le papier plus ambitieux, plus introspectif, mais aussi plus politique et actuel. Une attente qui pouvait laisser présager une déception, tant il est difficile après un premier film aussi maîtrisé de frapper aussi fort avec son deuxième. Avec UsJordan Peele n’avait pas d’autre choix que de nous surprendre, être là où l’on ne l’attend pas, ce qui fait beaucoup de poids sur les épaules d’un cinéaste émergent. Mais avec ce second long-métrage, le cinéaste nous prouve qu’il n’a pas encore rabattu toutes les cartes de son cinéma et de ses obsessions.

Ce qui frappe à première vue dans Us, c’est la manière avec laquelle Jordan Peele inverse intelligemment les motifs narratifs et esthétiques de son précédent film. Là où Get Out nous contait l’histoire d’un jeune homme noir qui visitait le foyer de ses beaux-parents blancs de classe moyenne supérieure, où il était l’intrus qui se faisait malmener, cette fois c’est le foyer d’une famille noir afro-américaine de classe moyenne qui se retrouve mis à mal par l’intrusion de leurs doubles maléfiques auxquels ils se retrouvent confrontés, le cinéaste investissant les codes du Home Invasion, sous-genre d’un cinéma de genre politique, évoquant clairement des références cinéphiles allant de La nuit des morts-vivants de George Romero (1968) à Funny Games US. de Michael Haneke (2007). 

À travers cette question du double maléfique, Jordan Peele nous conte l’histoire d’une Amérique divisée, à travers une introspection du mode de vie de la famille américaine moyenne. Le cinéaste emprunte à la figure du conte, à l’image d’un prologue cauchemardesque dans un labyrinthique palais des glaces d’une fête foraine de Santa Cruz, où une petite fille afro-américaine se retrouve confrontée à son propre reflet, dans un miroir qui prend littéralement vie. Les effets miroirs sont nombreux dans Us, des trompes l’œil hypnotique où Jordan Peele use d’un véritable sens de la mise en scène pour créer des purs visuels, des motifs stylistiques Kubrickiens qui ne sont pas sans rappeler l’étrangeté visuelle d’un Shining (1980). Le cinéaste oscille entre une esthétique psychanalytique qui convoque des images de pure terreur psychologique avec des moments de pure série B grand guignolesque. Une rupture de ton entre l’horrifique et le grotesque que n’aurait pas renier un certain M. Night Shyamalan, à l’image de ses récents The Visit (2015), Split (2017) et Glass (2018). Certains reprocheront sans aucun doute à Jordan Peele ce que ces mêmes personnes reprochaient à Shyamalan par rapport à ces ruptures de ton brutales entre l’horreur et la comédie. Mais reste que le cinéaste possède un véritable sens du dosage entre l’écriture comique et horrifique, déjà à l’œuvre dans Get Out, qui rend Us vraiment hilarant dans son écriture cynique, mais d’autant plus politique et radicale lorsque le cinéaste nous rattrape et nous cisaille littéralement dans des moments horrifiques à la violence viscérale.

La dernière demi-heure du film enchaîne les purs moments de bravoures esthétiques, l’épilogue répondant au prologue dans son aspect de conte horrifique dérangeant, avec un rapport au corps organique sidérant dans sa violence, qui laisse de multiples possibilités d’interprétations dans ses motifs narratifs et esthétiques, autant sur le plan métaphorique que politique. Ceux qui ont trouvé les révélations de Get Out un peu trop tirées par les cheveux feront probablement les mêmes reproches à Us, ses twists étant tout aussi barrés. Mais les concepts horrifiques de Jordan Peeleséduisent tout autant par cette frontalité avec la pure série B que par la pertinence politique de son propos. Avec UsJordan Peele signe une fable horrifique viscérale sur les névroses d’une Amérique divisée, s’inscrivant dans la continuité thématique de son Get Out. Avec ce second long-métrage, le cinéaste confirme son statut d’auteur singulier et prometteur dans un cinéma de genre actuel et politique.    

Ce film est interdit aux moins de 12 ans.


« Avec Us, Jordan Peele signe une fable horrifique viscérale sur les névroses d’une Amérique divisée, s’inscrivant dans la continuité thématique de son Get Out. »


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