Tulip Fever réalisé par Justin Chadwick [Sortie de Séance VoD]

Synopsis : “Amsterdam – 1636.
La ville est plongée dans une fièvre spéculative autour du commerce de la tulipe.
Un riche marchand décide d’engager un célèbre portraitiste pour immortaliser la beauté de sa jeune femme. Au premier coup de pinceau, une passion dévorante débute entre la jeune Sophia et le séduisant peintre.
Alors qu’une liaison torride et fougueuse s’installe, les jeunes amants cherchent à se débarrasser du mari envahissant et à s’enfuir. Une soif de liberté qui aura un prix, aussi précieux que celui d’une tulipe.. ”

Tu éteins les lumières de ton salon, tu allumes ta télé ou ton ordinateur et lance le film. Oui, l’on n’est pas dans une salle de cinéma, mais bien dans un salon pour regarder un film en DVD, Blu-Ray ou VoD. Certains films n’ont pas le privilège de la sortie cinéma, mais se savourent tout de même chez soi.

Sorti dans une indifférence générale sûrement due à sa diffusion en e-cinema, Tulip Fever, le nouveau film de Justin Chadwick, disponible sur vos (petits) écrans, est pourtant une des surprises de l’été qu’il serait dommage de louper. Reconstitution historique et casting 4 étoiles, l’adaptation du peintre des vanités à tout pour plaire, et séduit par l’intelligence de son réalisateur et directeur de la photo, dont les choix de direction artistique collent parfaitement aux intentions de l’intrigue.

En effet, Tulip Fever compte l’histoire, à l’époque où la tulipe enflammait le marché et que de simples germes pouvaient coûter le prix de maisons, d’un peintre mandaté par un aristocrate pour le peindre, lui et sa femme, dont le peintre va tomber amoureux. Si le pitch semble un peu théâtral, et que le film souffre parfois un peu de cet aspect dans son intrigue assez prévisible, Justin Chadwick parvient à dépasser cette condition, notamment grâce à la direction photo signée Eigil Bryld, qui s’inspire des tableaux de l’époque pour retransmettre une atmosphère dans ses images. Loin de se reposer uniquement sur les (très beaux) décors du film pour recréer une époque, le choix des couleurs (notamment pour les extérieurs), la manière de filmer lorsque le soleil se couche pour apposer un filtre à l’image, le placement des acteurs dans les cadres, rappelant les rapports de force sociaux établis par la peinture, qui seront justement inversés au fur et à mesure du long-métrage, les personnages changeant de position et d’importance dans le cadre durant de simples face à face, témoignant de leur importance changeante.

Là où le bas blesse parfois c’est dans la mise en scène de ces dialogues, qui ne suit pas forcément celle de la photographie. L’intrigue qui se met à ronronner sur une ou deux scènes de transition demande un certain dynamisme qui n’est pas assez insufflé dans la réalisation de Justin Chadwick qui a tendance a trop s’appuyer sur ses acteurs. Si ceux-ci sont excellents (Dane Dehaan devient un peu plus à chaque film le clone du DiCaprio des années 90) et s’amusent avec des dialogues efficaces, ils n’arrivent pas à eux seuls à transcender des scènes qui ne sont pas de la plus grande utilité au sein d’un ensemble pourtant très réussi.

Car c’est une autre force du film, celle de sa trame principale, construite comme le croisement entre une pièce de théâtre shakespearienne et une fable. En effet chaque personnage incarne des archétypes presque biblique représentant la repentance, le péché, l’orgueil et sera mis à l’épreuve au fur et à mesure du récit. Ainsi vont s’entremêler histoire d’amour tragique, filiation et économie, et chaque personnage ou étape du récit va être marquée par un défi ciblé (l’un va devoir accepter que son orgueil l’ait poussé au vice, l’autre devra résister à l’alcool, son péché de toujours). De là découle une  morale très intéressante car, loin d’avoir un propos moralisateur, elle sert la dramaturgie du récit et ne s’amuse pas à punir ses personnages gratuitement, tant leurs trajectoires sont différentes. Le récit s’oriente donc vers une vraie tragédie dans son final logique et majoritairement inattendu.

Si Tulip Fever souffre de son aspect trop théâtral à certains instants du film, la photographie très picturale et l’interprétation d’un casting prestigieux permettent à une intrigue se bonifiant de scènes en scènes d’accrocher le spectateur. On regrettera de ne pas avoir pu profiter de l’imagerie en salles, mais l’opportunité de voir le film doit être saisie afin d’apprécier la réussite de l’ensemble.


« Une œuvre a la trame narrative construite comme le croisement entre une pièce de théâtre shakespearienne et une fable. » 

Tulip Fever réalisé par Justin Chadwick avec Alicia Vikander, Dane DeHaan, Christoph Waltz, Holliday Grainger, Judi Dench, Jack O’Connell et Zach Galifianakis. Disponible en e-cinema.


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