Tia et Piujuq réalisé par Lucy Tulugarjuk [Sortie de Séance Cinéma]

 

Synopsis : « Seule et triste dans son nouvel environnement, Tia est une fillette syrienne de 10 ans qui vient de déménager à Montréal avec ses parents. Sa vie prend une tournure particulière lorsqu’elle découvre un portail magique qui la transporte dans la toundra arctique. Elle y rencontre Piujuq, une fille inuite de son âge. Ensemble, elles découvrent un univers de magie et de mythologie inuite. »


Les lumières de la salle de cinéma s’allument, tu te repositionnes sur ton siège pour avoir fière allure parce que la position “je m’installe comme à la maison” ce n’est pas trop ça, et là, ton ami(e) se retourne vers toi et te pose la question fatidique…

Tia et Piujuq… qu’est-ce que c’est encore que cela ? Alors qu’on ne cesse de se plaindre à tors et à raison d’un certain conventionnalisme qui ronge le cinéma et plus particulièrement le cinéma populaire. Une uniformisation du cinéma que l’on critique, sans pour autant arrêter de le regarder. On ne se tourne pour autant pas énormément vers des cinémas que l’on ne connaît pas ou plutôt que l’on n’a pas l’habitude de regarder. Si la France co-produit de moins en moins de films à petits budgets pour diverses raisons (la rentabilité étant la première du panel), le Québec tend à se développer de cette manière. Si le cinéma québécois est un cinéma à l’image de sa population, à savoir bien moins importante que celle d’un pays comme la France fondamentalement bien plus importante sur le plan de la superficie, il n’en est pas moins aussi riche et diversifié. Voire plus lorsqu’on s’y attarde de plus près. Ce que nous faisons aujourd’hui même avec ce long-métrage qui porte le titre énigmatique : Tia et Piujuq.

Si côté fiction, le cinéma québécois a du mal à s’exporter hors des frontières du Québec afin de se faire la place qu’il mérite, côté documentaire la province a toujours eu belle et grande réputation. Il n’est donc aucunement surprenant de voir débarquer un long-métrage produit par les sociétés Sivumu Northern Productions et Arnait Vidéo Productions avec la participation du Fonds des médias du Canada, du Nunavut Film Development Corporation, de Téléfilm Canada, du Nunavut Independent Television Network et du programme de crédit d’impôt du Canada (liste des partenaires du projet extrait du communiqué de presse officiel du film). En effet, Tia et Piujuq est le fruit de la rencontre entre le peuple canadien, le peuple inuit, mais également le peuple syrien. Quand plusieurs cultures se rencontrent par le prisme de l’art et de la création artistique. Forcément ça interroge, mais surtout ça donne envie d’en voir et d’en savoir plus.

Tia et Piujug conte l’histoire d’une petite fille syrienne qui suite à l’emménagement dans la ville de Montréal avec ces parents, va découvrir un portail magique qui lui permet de voyage jusque dans la toundra arctique. Découvrir le film Tia et Piujug c’est découvrir un cinéma que l’on a plus l’habitude de voir. Un budget assez faible qui se ressent, une image naturaliste et qui ne cherche à aucun moment la stylisation ou l’esthétisation de son visuel, un casting qui ne joue pas très bien et qui fait davantage dans la récitation de texte que dans l’interprétation véritable, ou encore une direction d’acteur.rice.s extrêmement didactique qui tient bien plus du théâtre que du cinéma. Il est extrêmement difficile d’y croire. On voit et on sent la mise en scène. On sent ce que la metteuse en scène Lucy Tulugarjuk a demandé aux acteur.rice.s (placement, intonation, timing de diction…). C’est faux, ça sonne faux… c’est de la fiction. Néanmoins, Tia et Piujug n’est pas un mauvais film pour autant. Bien au contraire, il possède deux choses essentielles et que n’ont pas bien des films : un propos et une sincérité. Par le prisme de cette histoire qui emprunte énormément au genre du conte (des éléments de fantastique jusqu’au propos aussi bienveillant que moralisateur), Tia et Piujug repose sur un scénario où vont être questionnées des notions essentielles à la société dans laquelle nous vivons, à savoir : le respect, l’acceptation et le regard envers les autres (l’immigration donc) et de l’importance de l’amitié.

La rencontre entre trois pays et par déduction logique trois cultures que sont : la culture inuit, la culture syrienne et la culture québécoise. Un multiculturalisme, élément déclencheur du développement du projet et qui recouvre également l’intégralité de son scénario. C’est un film qui prône le multiculturalisme et le vivre ensemble par son utilisation à l’image des trois territoires, par l’utilisation des trois langages et de personnes issues de ces trois mêmes territoires. Comment éduquer la jeunesse au vivre ensemble et à adopter un regard bienveillant envers les autres. Oublier les différences raciales et les a priori par rapport au physique ou au langage employé. Tia et Piujuq est un film qui parlera aux très jeunes et mériterait également d’être vu par certains moins jeunes qui mériteraient une piqûre de rappel. On pourrait lui reprocher d’immenses facilitées de mise en scène comme d’écriture, mais le long-métrage s’en sort finalement bien grâce à une écriture qui n’est pas inclusive et évite la moralisation unidirectionnelle. Tout le monde a des choses à se reprocher et ce n’est pas parce que nous-mêmes nous sommes rejetés que nous devons en faire de même envers d’autres. Le propos est extrêmement simple, peut-être trop peu subtil dans la façon dont il est amené, mais cette facilité d’accès et de compréhension permettra aux plus jeunes d’être plus facilement touchés et imprégnés par cette histoire.

Une histoire d’amitié avant tout, l’amitié entre deux petites filles dont la rencontre va créer un épanouissement et une ouverture d’esprit inattendue chez l’une comme chez l’autre. L’une est inuit, l’autre est une jeune réfugiée syrienne arrivée au Québec en 2017/2018. La rencontre fictionnelle, mais également réelle entre deux jeunes filles que tout sépare, mais dont on ressent à l’image une affection réciproque. Quand la réalité rattrape la fiction et permet finalement à la fiction d’être plus belle et plus forte dans la diction de son propos. On notera également un sens du cadre qui n’est pas à occulter, ainsi qu’une volonté d’utiliser au mieux la toundra arctique en ouvrant le cadre grâce à l’utilisation de plans drones. Choix artistique qui choque visuellement, mais permet de casser une routine plus terre-à-terre et conventionnelle. Vous l’aurez compris, Tia et Piujuq n’est pas un film qui éblouira vos rétines, mais il stimulera vos cerveaux. Un conte destiné dans un premier temps aux plus jeunes afin de les éduquer au multiculturalisme et à la bienveillance envers autrui. Et ne serait-ce que par le(s) message(s) qu’on en dégage, ce n’est pas un film à laisser pour compte.

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