Thunder Road réalisé par Jim Cummings [Sortie de Séance Cinéma]

 

Synopsis : « L’histoire de Jimmy Arnaud, un policier texan qui essaie tant bien que mal d’élever sa fille. Le portrait tragi-comique d’une figure d’une Amérique vacillante. »


Les lumières de la salle de cinéma s’allument, tu te repositionnes sur ton siège pour avoir fière allure parce que la position “je m’installe comme à la maison” ce n’est pas trop ça, et là, ton ami(e) se retourne vers toi et te pose la question fatidique…

Grande révélation du dernier festival de Deauville dont il est reparti avec le grand prix, Thunder Road, premier long-métrage d’un acteur-cinéaste burlesque totalement inconnu, Jim Cummings, nous arrive précédé d’une réputation flatteuse. Une réputation qui pouvait laisser craindre un engouement collectif auprès de cette tragi-comédie qui nous conte l’histoire de Jimmy Arnaud (Jim Cummings himself), un jeune policier texan en plein deuil de sa mère qui vit un divorce tumultueux avec son ex-femme qui menace de demander la garde exclusive de leur fille. Avant d’être un long-métrage, Thunder Road est un court-métrage qui n’est autre que l’ouverture du film, un plan-séquence qui suit le discours du jeune policier à l’enterrement de sa mère, devant son cercueil, où le cinéaste fait preuve d’une maîtrise du plan-séquence qui consiste en un lent travelling avant qui se resserre sur le personnage. L’utilisation minimaliste du plan-séquence sert ici le monologue et la performance de l’acteur, qui à travers son personnage de jeune policier texan débordé par ses émotions, passe des expressions pathétiques et ridicules aux larmes avec un discours à la fois émouvant et gênant dans son ridicule. Dès la première séquence, Jim Cummings fait preuve d’une grande maitrise dans l’écriture et l’interprétation de son personnage : susciter à la fois un sentiment de rire mais aussi de tristesse.

Le film suit son personnage dans des situations burlesques où l’acteur et son corps deviennent la figure de l’américain moyen. Un homme qui doit sans cesse réprimander ses émotions et affirmer ce que l’auteur définit lui-même comme « une masculinité toxique ». Une virilité que représente l’uniforme de policier que porte le personnage. Thunder Road nous parle d’une faille, d’un burn-out, un trop plein d’émotions qui amène des situations où le cinéaste-acteur laisse tourner la caméra avec de nombreux plans-séquences filmés à l’épaule, utilisant le travelling avant à outrance pour centrer l’action sur le personnage. Jim Cummings porte sur ses épaules tout le film, ce qui pourrait passer pour des ambitions narcissiques et prétentieuses. Mais il n’en est rien.

L’acteur livre plusieurs performances en une, à travers plusieurs longs monologues où l’acteur-cinéaste crève littéralement le cadre. Passant du rire aux larmes et à la colère, avec un discours sincère sur la situation de l’Amérique profonde, où l’Américain moyen est prisonnier de ce mode de vie dont il veut s’échapper. Thunder Road est à la base le titre d’une chanson de Bruce Springsteen qui parle de prendre la route et de s’évader. Le film s’ouvre sur Jim Cummings qui danse sur les paroles de cette chanson que l’on n’entendra jamais car ce qui importe, c’est le message que cherche à faire passer le cinéaste en faisant du tube de Springsteen le titre de son film. Les paroles de la chanson trouvent leur sens dans un final poignant qui invite à un nouveau départ, loin d’une Amérique dont l’acteur-cinéaste dresse un portrait cynique.

La grande force de Thunder Road réside dans le talent de Jim Cummings, grande révélation d’un auteur-acteur burlesque qui parvient à susciter à la fois le rire et les larmes à travers une sublime tragi-comédie sur le deuil, sur la difficulté d’être père, mais surtout sur la figure de l’américain moyen, viril et masculin dont le cinéaste opère une véritable démystification à travers une incroyable performance d’acteur. Et tout cela dans un premier long-métrage. Brillant.


« La grande force de Thunder Road réside dans le talent de Jim Cummings, grande révélation d’un auteur-acteur burlesque qui parvient à susciter à la fois le rire et les larmes à travers une sublime tragi-comédie […] »


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