Thelma réalisé par Joachim Trier [Critique | FNC 2017]

Synopsis : “Thelma, une jeune et timide étudiante, vient de quitter la maison de ses très dévots parents, située sur la côte ouest de Norvège, pour aller étudier dans une université d’Oslo. Là, elle se sent irrésistiblement et secrètement attirée par la très belle Anja. Tout semble se passer plutôt bien mais elle fait un jour à la bibliothèque une crise d’épilepsie d’une violence inouïe. Peu à peu, Thelma se sent submergée par l’intensité de ses sentiments pour Anja, qu’elle n’ose avouer – pas même à elle-même, et devient la proie de crises de plus en plus fréquentes et paroxystiques. Il devient bientôt évident que ces attaques sont en réalité le symptôme de facultés surnaturelles et dangereuses. Thelma se retrouve alors confrontée à son passé, lourd des tragiques implications de ces pouvoirs… “


Du 05 au 15 octobre 2017, nous sommes au 46e Festival du Nouveau Cinéma de Montréal. Entre coups de cœur et coups de gueule, émerveillements et maux de tête, retrouvez nos avis sur les films vus durant ce festival pas comme les autres. Des avis courts, mais pas trop et écrits à chaud, afin de vous offrir un premier avis sur les films qui feront, ou non, prochainement l’actualité.


Remarqué par le non moins remarquable Oslo, 31 Août, le cinéaste norvégien Joachim Trier était descendu d’un cran il y a deux ans avec le raté Louder Than Bombs. Des films typés “réalistes”, qui ne font en aucun cas échos à un futur dans le cinéma fantastique. Au-delà d’avoir été présenté officiellement par le biais d’une affiche internationale absolument superbe, c’est en ça que ce Thelma était sur le papier très intriguant. L’entrée inattendue d’un cinéaste dans un monde auquel on ne le prédestinait pas. Une entrée en trombe et dont on ne manquera pas les retombées, tant le film devrait diviser, tout en marquant un à un chaque esprit qui le verra. Contrairement à ses deux précédentes réalisations, c’est avec surprise que l’on avait remarqué la non-sélection au Festival de Cannes 2017 de la nouvelle œuvre du cinéaste Joachim Trier. Très certainement pas achevée dans les temps, puisque ce Thelma a tout d’un film cannois. Une œuvre cinématographique qui ne laisse pas de marbre, qui pousse au débat et à la réflexion grâce à un mélange des genres dont l’utilité première est de développer en sous-texte des thématiques concrètes et rationnelles.

Au-delà de ses aspects fantaisistes, Thelma est dans le fond une œuvre cinématographique qui possède ses connivences avec le restant de la filmographie de Joachim Trier. Par le prisme de métaphores visuelles et de symboles aussi riches de sens que peu subtils pour certains, le cinéaste (réalisateur et scénariste du film) conte l’histoire d’une jeune fille qui se découvre. Qui découvre son corps, découvre sa sexualité, ainsi qu’un sentiment de liberté et de plaisir qu’elle n’avait jusque-là jamais connu. L’émancipation et une forme d’exaltation, dont la force et la tension vont être décuplées par l’utilisation de codes qui appartiennent au genre du cinéma fantastique. Ne pas se contenter de raconter une histoire déjà contée mille et une fois, mais mélanger les genres pour tenter de faire peau neuve. Sans faire dans le cent pour cent original, Joachim Trier réussit son coup et signe un long-métrage à la tension palpable qui emporte le spectateur d’une traite et ne le lâche qu’à l’apparition des logos du générique de fin. Le film Thelma ne réinvente pas le genre du drame fantastique, mais s’avère suffisamment maîtrisé sur chacun des points qui le caractérise pour avoir droit d’inscrire son nom au panthéon du genre. On peut trouver des similitudes avec d’autres grands noms du genre et les affiliations avec le film Carrie au Bal du Diable réalisé par Brian de Palma, sont évidentes. Et ce, notamment lorsqu’on liste les thématiques que développe le scénario : religion, émancipation, la jeunesse et la découverte du corps… Mais il n’y a pas de comparaison à faire, tant Thelma est une œuvre qui fonctionne d’elle-même, qui n’accumule pas les hommages ou reprises d’idées tant dans son scénario que dans sa mise en scène. La réalisation, n’en parlons même pas, c’est un autre monde, une autre époque.

Joachim Trier signe un film oppressant, sans pour autant avoir recours à un panel de plans tous plus serrés les uns que les autres. Bien au contraire. Il multiplie les focales, les types de plans ainsi que les points de vues (spectateur souvent situé au dessus des personnages comme observateur omniscient de la situation), tout en conservant une direction artistique extrêmement froide. De la gestion de la lumière (une image constamment baignée de lumière), aux choix des décors (naturels comme urbains), tout est fait pour inculquer au film une atmosphère particulière. Tout est propre, neuf, lisse, lumineux comme dénué d’âme et de vie. C’est clinique et anxiogène. Une atmosphère qui ne met pas à l’aise le spectateur et qui va être renforcée par une bande originale constituée uniquement de compositions qui insistent sur les sonorités graves. Tout est, une nouvelle fois, mis en œuvre dans le but d’instaurer un climat anxiogène, à l’image d’une protagoniste habitée et dévorée par le doute. Joliment écrit, le scénario repose sur une structure narrative linéaire (partir d’un point A pour arriver à un point B) à laquelle sont incrémentés multiples rebondissements et métaphores visuelles. Ces dernières servent à développer la psychologie de la protagoniste, à aider le spectateur à comprendre qui elle est et ce qu’elle traverse, tout en amplifiant l’aspect fantasque et spectaculaire de l’œuvre. La notion et fine frontière entre le rêve (et donc le fantasme) et la réalité est bien évidemment de mise. Utiliser une notion pour en parler d’une autre par le prisme de la première. Fabriqué à la manière d’une matriochka, le scénario dévoile ses enjeux un à un à l’image du personnage qui prend conscience de qui elle est réellement. Une richesse scénaristique appréciable, dont la non-subtilité de certaines métaphores et symboliques le sont un peu moins.

Anxiogène, oppressant, clinique… Les qualificatifs se succèdent et se répètent, mais résument parfaitement le film Thelma. Œuvre clinique dans son traitement visuel, qui à défaut d’être émotionnellement forte (parti pris à double tranchant que l’on adore ou que l’on déteste), mettra vos nerfs à rude épreuve. Par des effets visuels (stroboscopes, luminosité accrue…), un montage conçu à la manière d’un électrocardiogramme (alternance entre moments de nervosité et calme plat) et une bande originale aux sonorités graves, Thelma captive et fait l’effet d’une dose d’adrénaline. Un long-métrage qui privilégie les sensations aux émotions. Un film de montage, un film qui repose sur le visuel et à la mise en scène suffisamment significative pour comprendre rien qu’avec elle les tenants et les aboutissants. Excessivement beau, artistiquement cohérent, magnifiquement interprété. On ne sort pas indemne de la projection, avec des interrogations qui subsistent, des interprétations sur la fin, le cœur qui palpite et l’envie de le revoir. Encore.

[usr 4,5]


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