The Wolfpack (Critique | 2016) réalisé par Crystal Moselle

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Synopsis : “Les six frères Angulo ont passé toute leur vie isolés de la société, enfermés avec leurs parents dans leur appartement du Lower East Side à Manhattan. Surnommés « The Wolfpack », ils ne connaissent personne hormis leur famille et n’ont pratiquement jamais quitté leur appartement.
Tout ce qu’ils savent du monde extérieur, ils l’ont appris dans les films qu’ils regardent de manière obsessionnelle et qu’ils recréent méticuleusement en fabriquant eux-mêmes accessoires et costumes. Leur univers est sur le point de s’effondrer le jour où l’un des frères parvient à s’échapper.”

Présenté au Festival de Sundance en janvier 2015, The Wolfpack n’est pas un documentaire qui a fait frémir les foules. Bien au contraire, personne n’en parle. Subsistent quelques gaulois qui ont décidé d’offrir une heure et demie de leur temps à ce premier long-métrage. Oui, The Wolfpack, lauréat du Grand Prix au Festival de Sundance en 2015 est un premier film réalisé par une jeune étudiante en cinéma. Un prix surprenant lorsqu’on n’a pas connaissance du film, mais un prix finalement mérité pour un documentaire qui, même si loin d’être parfait et de révolutionner le genre, ne laisse pas de marbre. Crystal Moselle était au bon endroit au bon moment et elle peut dire merci à l’imprévu.

The Wolfpack, où lorsque deux réalités se confrontent. C’est totalement par hasard, en marchant dans la rue, que le regard de la jeune Crystal Moselle a été attiré par un groupe de six garçons, dont l’âge varie entre 11 et 18 ans. Six garçons bien habillés, costard cravate, avec les lunettes de soleil assorties. Interloquée et ayant des questions à leur sujet, elle s’est rapidement liée d’amitié avec ce groupe de jeunes frères sur lesquels l’idée de réaliser un documentaire lui a semblé être une évidence. Le documentaire met en lumière ce groupe de frères qui ne demandent qu’à vivre la vie dont ils rêvent. Enfermés avec leur mère depuis leur naissance par leur père alcoolique, dans l’appartement qui leur sert de foyer, ils n’ont jamais pu vivre une vie normale. Éduqués à domicile par leur mère, le seul moyen d’évasion n’était autre que le cinéma. Grâce à la télévision et aux différents films qu’ils pouvaient voir, ils avaient développé une passion pour le septième art. Il était question de voir des films, mais également de les reproduire. De reproduire dans leur appartement les scènes clefs des films qui les avaient marqués. Reservoir Dogs en tête, mais également The Dark Knight, pour ne citer qu’eux. Implanté au cœur de cette famille dès la première seconde du film, le spectateur ne sait sur quel pied danser. Ils semblent fous. Complètement déboussolé par cet enfermement volontaire et cette privation de liberté par leur père alcoolique et dépravé. Des personnages dérangés et obsessionnels pour lesquels, le spectateur se lie rapidement grâce à la présence derrière la caméra de Crystal Moselle. Liée et attachée à cette famille, elle arrive à créer un sentiment de confiance, faisant en sorte que les acteurs agissent naturellement et ne se mettent pas en scène volontairement lors des séquences plus intimes.

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The Wolfpack va comme cela réussir à nous perturber. C’est un film profondément dérangeant de par son histoire et l’histoire de ces jeunes qui n’ont pas eu d’enfance à cause de leur père. Paradoxalement, on tire de ce documentaire des choses incroyablement positives. Une leçon de vie et de mental développé par l’aîné de la famille, qui un beau jour décide de prendre les choses en main et de vivre sa vie comme il le souhaite. Une histoire positive et un film plein de bienveillance à l’égard de ses personnages qui ne sont pas des personnages, mais bien des humains, de jeunes personnes qui ont été sauvées par le cinéma. Au travers de ce documentaire, Crystal Moselle, effectue la plus belle déclaration d’amour qui soit envers le septième art. La réalisatrice démontre par le prisme de la reconstruction d’œuvres cinématographiques, comment le cinéma et l’assouvissement d’une passion pour un art peuvent permettre de se sauver d’une réalité triste et morose. Une réalité qui paraît triste pour le spectateur, mais qui pour eux est belle. Protégés, voire conditionnés depuis leur plus jeune âge, ils croient avoir eu une belle enfance, ce qui pour nous n’est pas le cas. C’est tout un paradoxe. Quelle est la réalité et quelle est la fiction ?

Il ne faut pas se voiler la face, d’un point de vue technique, comme artistique, le film The Wolfpack est à la ramasse. Le cadre n’est que rarement stable, les jeux de lumières ne sont pas soignés… Les défauts visuels sont omniprésents, mais on ressent grâce à ce qu’elle filme que l’objectif recherché n’est pas là. Le montage anachronique au demeurant, va permettre au film de raconter quelque chose et d’enchaîner les moments de vie de cette famille. Des moments simples et naturels, tels que chaque être humain peut en vivre. Et le résultat fonctionne, car la mise en lumière de cette famille et plus particulièrement du frère aîné, est fait avec sincérité.


En Conclusion :

The Wolfpack est un beau documentaire. Un documentaire fait avec conviction et sincérité par une jeune américaine, étudiante en cinéma, Crystal Moselle. Une sincérité que l’on ressent dans la démarche et au travers de la caméra. Elle arrive à mettre en confiance ceux qu’elle filme à l’aide de sa caméra. L’intérêt de ce documentaire réside dans son histoire et dans la famille qu’il met en lumière. Une histoire triste au demeurant, mais dont on conserve avant tout la force et la joie de ceux qui la font vivre. Un hommage au cinéma comme on en voit rarement, une mise en abîme du cinéma et de ce que cet art permet de vivre. Comme une possibilité d’épanouissement et de fuir un monde pas toujours rose.

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