The Witch: Part 1. The Subversion réalisé par Park Hoon-jung [Fantasia 2018 Film REVIEW]

Synopsis : « Une lycéenne subit de drôles d’expériences médicales pour être transformée en arme vivante. Alors qu’elle traverse une crise identitaire, elle se retrouve impliquée dans un crime. »

Pour la première année nous sommes trois semaines durant (du 12 juillet au 02 août 2018) au Fantasia International Film Festival. Films du film de tous les genres, mais surtout du fantastique, de l’action et des films complètement décalés que vous ne verrez surement jamais en salles !
Toutes nos Critiques depuis le Festival Fantasia !

Park Chan-wook, Kim Jee-woon, Na Hong-jin, Bong Joon-hoYeon Sang-ho ou encore Ryoo Seung-wan. Si ces noms ne vous évoquent peut-être rien (quoique le premier a quand même marqué le monde du cinéma à plus d’une reprise), ces derniers ne sont autres que de très grands cinéastes. Des cinéastes comme on en voit rarement et qui proviennent tous du même continent. Chaque année, un cinéaste coréen signe une œuvre majeure, un film qui marquera les mémoires grâce à son impartialité ou sa manière de prendre un concept à revers afin d’impacter avec une précision chirurgicale. Old Boy, Mademoiselle, I Saw The Devil, Memories of Murder, The Host, The Chaser, The Strangers, Mother ou encore Battleship Island dernièrement. Chaque continent possède sa propre histoire, sa propre culture et une sensibilité particulière. Si le cinéma américain a tendance à impacter le cinéma français ou encore japonais (tous cherchent à produire des œuvres aussi divertissantes et populaires telles que le cinéma américain sait en faire), le cinéma coréen quant à lui, s’en imprègne afin de créer quelque chose de nouveau. Il n’est pas question de reproduire les mêmes schémas, mais bien de s’en servir et de les détourner pour surprendre et impacter le spectateur en mal d’originalité.

Sept ans après la sortie du mémorable I Saw The Devil, thriller qui prenait à revers les codes du film à enquête, jonglant sans cesse sur la moralité de chaque personnage afin de créer une dualité morale et identitaire au sein de chacun, le scénariste Park Hoon-jung revient aux affaires. Plus concrètement, ce dernier revient avec un film dont il signe le scénario et la mise en scène. Si son titre vend un film d’épouvante, sa première partie quant à elle nous porte à croire qu’il s’agit finalement d’un drame familial avec au cœur de l’intrigue une jeune adolescente en quête d’identité. Ce qui est le cas de la première heure du film. Tout débute avec une course poursuite dans une forêt enneigée. La caméra bouge énormément, des policiers et chiens courent à vive allure après ce qui semble être un jeune enfant. Les mouvements des personnages sont rapides, les arbres compriment les cadres, la caméra shake énormément avant de se rapprocher de l’enfant. C’est maintenant limpide. Un travelling latéral à hauteur de visage de l’enfant permet de mieux la distinguer. Ensanglantée, apeurée, elle court vite et droit devant elle sans regarder derrière. Derrière elle, des policiers et un homme… stoïque. Droit sur ses jambes, briquet à la main, ce dernier ne semble pas pressé et sûr de lui. On revient à l’enfant, focale pointée sur son visage toujours en pleine course. Le titre apparaît puis disparaît sur un simple fondu enchaîné pendant qu’elle progresse et arrive au bout de sa course. Aucune parole, simplement du mouvement, et déjà, Park Hoon-jung nous a plongé au cœur de l’intrigue de son film. Il aura suffi de quelques idées de mise en scène et de réalisation (plans fixes d’un côté et mouvements fluides ou saccadés de l’autre) pour caractériser deux personnages clés, poser les bases du récit pour ensuite s’en servir au travers de réminiscences et résumer tout ce qui sera par la suite développé au travers de l’œuvre.

The Witch : Part 1. The Subversion est un périple, une course poursuite de deux heures par laquelle le cinéaste Park Hoon-jung s’approprie les codes des films de super héros pour mieux les détourner. Mais avant cela, avant de vous mettre la tête au sol et le corps contre un mur, Park Hoon-jung va prendre le temps nécessaire afin de caractériser et développer ses personnages. Tel que le ferait le réalisateur (et/ou scénariste) à la tête d’un thriller psychologique (ou d’un drame) qui nécessite que l’on s’attarde sur les relations entretenues entre la protagoniste et son entourage, Park Hoon-jung va développer et approfondir chaque arc narratif qui nécessite de l’être. La relation entre Ja-yoon (interprétée par Kim Da-mi) et sa meilleure amie, la relation entre Ja-yoon et ses parents… tout en prenant soin de caractériser chaque personnage secondaire. Au-delà d’avoir une utilité dans le récit, ils sont dotés de leur personnalité respective. Ils existent et représentent quelque chose les uns pour les autres. Les actes qui seront commis par la suite auront donc un impact sur la psychologie des personnages, mais également envers le spectateur qui se sera (soit directement ou indirectement grâce au personnage principal autour duquel ils gravitent tous) affecté émotionnellement. Si elle ne révolutionne en rien un genre particulier, cette première partie du film intéresse et interroge.

Une mise en scène extrêmement soignée permet aux personnages d’avoir une réelle consistance, en plus d’une plume qui prend le temps de soigner chaque détail. Mais elle interroge également. Le spectateur est expectatif, se demande où le récit souhaite l’emmener. Néanmoins, quelques éléments disséminés au cours de la première heure donnent des indices sur la suite des évènements et surtout. Une mise en scène de plus en plus dynamique, une bande originale de plus en plus lourde et intense à l’image des maux de crâne subits par la protagoniste, ainsi que des réminiscences de ce qui semble avoir eu lieu avant la séquence d’introduction. C’est cette précision chirurgicale, tant dans le montage (les flashbacks sont judicieusement placés) que dans la mise en scène (n’est montré que ce qui est nécessaire afin de conserver l’attention du spectateur) et le niveau de détails d’écriture que l’on aime dans le cinéma coréen. Tout est mis en service de l’histoire, des personnages et que le spectateur soit directement impacté lorsque va s’opérer un changement radical. Du thriller psychologique au film de combat violent et viscéral, à la l’ornière d’un Old Boy (Park Chan-wook, 2003) pour ne citer que lui. Toujours remarquablement mis en scène et réalisé, The Witch : Part 1. The Subversion prend tout son sens au démarrage cette seconde étape de l’histoire. Une véritable leçon d’écriture et de mise en scène signée Park Hoon-jung avec des scènes de combat d’une radicalité sans nom. C’est fort, brutal, violent et extrêmement viscéral grâce à un mixage sonore qui décuple la puissance de chaque coup. La caméra est stable, les angles judicieusement choisis en cohérence avec les chorégraphies afin d’offrir la meilleure lisibilité possible à l’action et le montage n’abuse aucunement d’un surdécoupage, l’intensité du combat étant régi par la mise en scène. Tout simplement implacable.

The Witch : Part 1. The Subversion est une des évidentes représentations de ce que les cinéastes coréens sont capable de faire. Contrairement à la concurrence, ils accaparent les codes des genres (thriller, super-héros…) dans le but de les détourner pour surprendre tout en apportant leur sensibilité et leur savoir faire. Ce qui donne naissance à des œuvres fortes, percutantes, marquantes, viscérales et littéralement sans concessions. Porté par un casting d’exception (remarquable Kim Da-mi qui porte littéralement le film sur ses épaules, tantôt touchante, tantôt effrayante), une direction d’acteur.rice.s remarquables qui permet de ne jamais sombrer dans un manichéisme, une mise en scène significative et un scénario prodigieux qui jongle avec astuce d’un genre à l’autre, The Witch : Part 1. The Subversion met une claque sans nom à la concurrence internationale. Un drame ? Un thriller ? Un film avec des personnages extraordinaires ? Il est tout ça à la fois et bien plus encore.


« Une véritable leçon d’écriture et de mise en scène signée Park Hoon-jung avec des scènes de combat d’une radicalité sans nom. »



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