The Man Who Killed Hitler And Then The Bigfoot réalisé par Robert D. Krzykowski [Fantasia 2018 Film REVIEW]

 

Synopsis : “Un soldat américain quitte l’amour de sa vie pour infiltrer les lignes allemandes et tuer Hitler. Des décennies plus tard, ce dernier est confronté à un tout autre ennemi, un authentique Bigfoot issu des montagnes canadiennes. “


Pour la première année nous sommes trois semaines durant (du 12 juillet au 02 août 2018) au Fantasia International Film Festival. Films du film de tous les genres, mais surtout du fantastique, de l’action et des films complètement décalés que vous ne verrez surement jamais en salles !

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The Man Who Killed Hitler And Then The Bigfoot. Si le film ne remporte pas de prix à l’occasion de sa diffusion en première mondiale au Fantasia International Film Festival, on peut aisément lui remettre le prix de la plus belle affiche et du titre de film le plus badass. Si le projet se faisait timide et que très peu parler de lui lors de son développement, ce n’est qu’il y a quelques semaines maintenant, qu’un effet de bouche à oreille à commencer à se former. Tout cela grâce à cette affiche, absolument magnifique et définitive. Assumant un aspect pictural en harmonie avec la tagline “An American Myth”, cette affiche est en parfaite cohérence avec ce titre qui, dans la conscience collective, nous porte à croire à une nouvelle série b pour ne pas dire z. Un film dans lequel il sera question de nazis, de tuer Hitler (de réécrire l’histoire donc ?), mais également du mythe du Bigfoot. Un film qui devrait donc régaler les amateurs d’un genre dont on attend encore et toujours la sortie en vidéo à la demande d’un certain Iron Sky 2 : The Coming Race. Les scénaristes et réalisateurs de séries z adorent jouer avec la réalité et s’en détacher dans le but de s’amuser avec pour amuser des spectateurs qui ne demandent que ça… et quelques scènes gores. The Man Who Killed Hitler And Then The Bigfoot est-il donc bel et bien cette série b jouissive et surréaliste que le titre pourrait nous tendre à croire qu’il est ?

Producteur du récent The Women, si Robert D. Krzykowski l’est également pour The Man Who Killed Hitler and Then The Bigfoot, ce dernier est avant tout son premier long-métrage en tant que scénariste et réalisateur. Et si ce projet a pu voir le jour, c’est notamment grâce à un homme qui répond au nom de Douglas Trumbull. Réalisateur des films Silent Running et Brainstorm, Douglas Trumbull est avant tout un artiste reconnu de l’industrie pour sa contribution dans l’avancée des effets spéciaux au cinéma. Superviseur des effets spéciaux sur les films Blade Runner, 2001 : A Space Odyssey, Close Encounters of the Third Kind ou encore The Tree of Life plus récemment, il est l’un des créateurs les plus importants de l’histoire du cinéma tout simplement. Depuis plusieurs décennies maintenant, ce dernier s’est retiré de l’industrie (sauf pour quelques projets) afin de se concentrer sur le développement des innovations en matière d’effets pour le cinéma par le prisme de diverses sociétés qu’il a pu créer. L’IMAX, le 48 images par seconde, la 3D sans lunettes… Par ailleurs, il donne des conférences sur les innovations technologiques et vient en aide à de jeunes créateurs qui ont besoin d’avis ou simplement des questions sur leurs projets en développement. Telle est la manière dont le jeune réalisateur Robert D. Krzykowski a parlé d’un projet de long-métrage à Douglas Trumbull. Telle est la manière aussi naturelle que ça puisse paraître que Douglas Trumbull est devenu superviseur des effets spéciaux pour le film, mais également son producteur exécutif. Pour qu’un tel nom du cinéma (dont le dernier projet en date était un film de Terrence Malick) soit happé et intéressé par un projet de la sorte, vous vous doutez bien que The Man Who Killed Hitler and Then The Bigfoot n’est pas qu’une simple série b ou z, tel que son titre pourrait nous le faire croire.

Si le titre résume parfaitement le film et ce que le spectateur s’attend à y voir, il ne lui dit seulement pas qu’il s’apprête à voir un drame émotionnel et hautement humain sur la vieillesse, le deuil et la transmission. S’il est bel et bien question de Hitler et du Bigfoot, ces derniers ne sont ici que des éléments représentatifs de quelque chose pour le personnage. The Man Who Killed Hitler and Then The Bigfoot raconte l’histoire d’un homme rongé par la souffrance, la colère et le remord d’actions passées. Ce n’est pas un film sur le regret, il ne regrette presque rien et a bien conscience que ce sont les actions réalisées qui l’on forgé, mais il est en colère et à l’heure où son corps lui fait comprendre qu’il est plus proche de la mort que de la naissance, il se remémore celle qui a marqué sa vie. Naviguant entre présent et passé, le film établit un parallèle intéressant entre ce que le personnage a perdu et ce qu’il est toujours vis-à-vis de ce même passé, ainsi que des choix et actions réalisées. Sous ses allures de film fantastique, c’est avant tout un drame humain touchant et intelligent dans les thématiques avancées. Tant la thématique de la vieillesse que du remord et de la passation. Passation d’une morale, d’une façon de vivre et de penser. On parle à ce sujet notamment du nazisme et de ce qu’était le nazisme durant la Seconde Guerre Mondiale. Le scénario ne cherche pas à trop en faire et s’appuie essentiellement sur la mise en scène, suffisamment parlante et symbolique pour raconter l’histoire. Les dialogues sont moindres, mais certains (notamment deux monologues) sont aussi évocateurs et puissants qu’un set piece ou une scène d’action. Les mots employés par les personnages en question sont justes et forts alors qu’à l’inverse à ses mêmes moments les mises en scène sont stoïques, peu explicites. Des mots déclamés par un casting de choix porté par un Sam Elliott d’une prestance incroyable et d’une humanité bouleversante ayant la faculté de vous émouvoir avant de vous faire sourire tout en restant impressionnant de charisme. Il porte sur ses épaules de lourdes charges, un passé qui aurait pu l’écraser, mais qu’il supporte grâce à un caractère à toute épreuve. Un personnage remarquablement écrit et brillamment interprété. Un rôle dont rêverait tout acteur de cette trempe et dont l’âge ne permet plus l’accessibilité à tous types de rôles.

Beau film au scénario développant avec justesse et minimisant les moments tire-larmes de thématiques  humaines, The Man Who Killed Hitler and Then The Bigfoot est également un film qui ne laisse pas pour compte le travail visuel. Crépusculaire jusque dans son éclairage et la composition de ses cadres, Robert D. Krzykowski gratifie son histoire de quelques Perfect Shot aussi magnifique qu’inattendus. Si chaque plan a été retouché numériquement afin de peaufiner quelques détails et notamment le taux de chaque source de lumière (ajoutée ou non), c’est avant tout l’utilisation du Matte Painting qui se fait remarquer. Des couleurs chaleureuses et chatoyantes (qui rappellent le crépuscule encore une fois) et une volonté d’héroïser le protagoniste par des contre-jours qui font ressortir sa silhouette (toujours droite et qui avance face à l’ennemi n’ayant peur de rien ou plus rien à perdre suivant la temporalité) face à des arrière-plans par moment majestueux. Néanmoins, si le film surprend à plus d’un titre tout n’est pas parfait. Si certains plans nous frappent de par leurs beautés plastiques et symboliques, d’autres nous heurtent, car pas logique dans le choix de l’optique employée ou dans la distance par rapport au sujet, pas symétriques ou encore pas nécessaires. Quelques problèmes de montage également se font sentir et notamment de découpage lors d’un moment d’action malheureusement peu compréhensible. Et si le film ne paraît pas trop long, certaines séquences de flashback auraient put être écourtées ou amenée de manière à casse cette dynamique qui consiste à faire encore et toujours l’opposition entre le présent et le passé. Le présent étant majoritairement plus fort que le passé, malgré des moments romantiques et d’action de qualité.

Si on y allait croyant découvrir une série b avec en guest star Hitler et le Bigfoot (qui sont évidement au casting du film rassurez-vous), la découverte d’un drame bouleversant sur la réflexion d’un homme âgé sur son passé et son présent nous aura agréablement surpris. Incarné par un Sam Elliott simplement parfait, The Man Who Killed Hitler and Then The Bigfoot ne serait-il finalement pas un homme tué à petit feu par le poids des actes du passé ?


« Si le titre nous porte à croire en l’existence d’une énième série b ou z, la surprise n’est que plus belle lorsqu’on découvre un drame bouleversant sur un homme rongé par les actes du passé. »


 

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