The Big Short (Critique | 2015) réalisé par Adam McKay

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Synopsis : “Wall Street. 2005. Profitant de l’aveuglement généralisé des grosses banques, des medias et du gouvernement, quatre outsiders anticipent l’explosion de la bulle financière et mettent au point… le casse du siècle ! Michael Burry, Mark Baum, Jared Vennett et Ben Rickert : des personnages visionnaires et hors du commun qui vont parier contre les banques … et tenter de rafler la mise !”

Le film de banquiers semble de plus en plus s’imposer comme un genre phare Hollywood. Après le succès phénoménal du Loup de Wall Street de l’infatigable Martin Scorsese, beaucoup se demandaient si un nouveau poids lourd aurait la possibilité de pousser à nouveau le curseur de la virtualité aussi loin que ce film monstre. Car oui, s’il y a bien un mot qui pourrait au mieux définir cet univers se serait celui-ci. Le monde de la finance manipule des entités abstraites, inexistantes, virtuelles. Chaque réalisateur s’étant attaqué au sujet en a eu pleinement conscience et a su mettre sa mise en scène au diapason de cet irréalisme pour ne pas dire surréalisme. C’est-ce que Adam McKay, artisan de comédies américaines faisant principalement leur office aux U.S.A (Very Bad Cops) a pleinement compris. Poussant sans surprise la clownerie assez loin, sa nouvelle comédie reluit d’efficacité malgré un certain air de déjà-vu.

Parce que oui, tel un opportuniste, McKay surfe ici sur les vagues du cliché et de la fascination. Le monde de la finance fascine, obsède. Tout ce qui s’y passe intrigue, mais en même temps fait peur. La quasi-intégralité des enjeux du monde actuel s’y jouent. Tout le monde en a conscience, mais personne ne sait réellement ce qui s’y passe. Dans ce cadre, toute fresque de ce milieu, aussi démesurée soit-elle, aura forcément sa part de réalité du point de vue d’un profane. N’est-ce pas d’ailleurs l’essence de ce monde que de confondre fantasme et réalité ? Dans cette perspective, Adam McKay se lance dans une démarche hybride : réaliser un film oscillant entre réalisme documentaire et mise en scène déjantée. Documenté et technique à souhait, le film déballe volontairement une forme visiblement indigeste. L’intrigue complexe (sujet oblige) est dans ce cadre souvent coupée par des vignettes explicatives montées en parallèle assumant toute leur artificialité. La plus inoubliable sera celle nous offrant un petit caméo de Margot Robbie dans un bain moussant (à l’image de ce monde, autant existante qu’antipathique). Car si le fond de la l’intrigue est complexe, The Big Short : Le Casse du Siècle mise sur un autre atout pour séduire : son casting de luxe.

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De toute évidence, c’est ce qui risque de marquer le plus dans ce film : son casting. Présentant différentes storylines de personnages différents aux intérêts divergeant, The Big Short : Le Casse du Siècle nous offre de nouveaux portraits d’arrivistes obsédés par le fric, quitte à verser dans la rengaine pour ne pas dire le cliché. Ici, tout est bon pour essayer de renouveler au maximum ces portraits de crapules. Entre un Ryan Gosling cupide à la coupe toute en frises, un Steve Carell pointilleux et idéaliste, un improbable Christian Bale malin et métalleux et un Brad Pitt barbu laissé en arrière plan, chacun pourra y trouver son compte en terme de têtes à claques véreuses et cyniques. A l’instar du film Le Loup de Wall Street, McKay laisse souvent ses comédiens échanger en roue libre durant de longues séquences pour nous faire pleinement profiter de toute leur insaisissable fascination pour le vide et le fric. Chaque histoire de personnage est par ailleurs traitée avec une certaine habileté, révélant des protagonistes aux intérêts contradictoires. Seules les motivations de Ryan Gosling semblent claires. Pour compenser l’ambiguïté de celles des autres, McKay rythme son film par des petites séquences pédagogiques, assurément les plus amusantes de cette comédie (celle avec Robbie en est l’illustration la plus parlante).

Car si les dialogues et les punchlines claquent, McKay n’arrive pas à se défaire de l’image d’un tâcheron malin se complaisant dans une espèce de docu-fiction bâtarde se vantant de sa virtuosité à organiser une forme magmatique cachant en réalité une écriture de fond complexe. La casse du siècle renvoie l’image d’un désordre organisé, cherchant un tourbillon d’efficacité punchy envoutante. McKay emprunte ainsi sans gêne plusieurs gimmicks au dernier film de Martin Scorsese. Dégoulinant d’humour noir amené par une mise en scène démesurée revendiquant une certaine artificialité et virtualité, une narration alternant fiction et images d’archives utilisant à outrance une voix off omniprésente en brisant souvent le quatrième mur (les acteurs parlent à la caméra quoi), McKay ne cache pas ses références. Le montage du film est hystérique, associant vitesse et rythme, les coupes sont outrancières et volontairement anarchiques, les mouvements de caméra criards et les images pas toujours très nettes. Mais qu’importe. Ce qui intéresse notre faiseur de comédies, c’est l’hystérie de la forme et du fond, qui visiblement le fascine. Ce qu’il veut retranscrire, c’est l’abstraction qui fonde ce milieu, une essence palpable intuitivement, mais pas forcément conceptualisable : le boxon. Le surréalisme et le réalisme documentaire s’associent ici de façon maligne et roublarde.


En Conclusion :

The Big Short : Le Casse du Siècle se dévoile de fait comme une comédie cachant une noirceur évidente, mais surtout comme un film opportuniste, non dénué de malice et d’efficacité, assumant ses références et les codes cyniques du genre sans chercher à réellement les renouveler. Surfant sur tout ce qui est communément admis sur le monde de la finance (son caractère complexe et chaotique), le film se laisse suivre sans déplaisir même si on peut regretter un certain manque d’originalité. Ceux qui attendaient une fresque réaliste claire sans concession passeront leur chemin. Les amateurs de personnages hâbleurs et balourds y trouveront parfaitement leur compte.


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