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Quelques mots, sur ces œuvres que nous découvrons depuis le Québec ou la France, sur notre écran d'ordinateur ou dans notre salle de cinéma favorite.

The 355

« Dans Votre Écran », votre rubrique qui revient en quelques mots, sur ces œuvres -majoritairement audiovisuelles- que nous découvrons depuis le Canada ou la France, sur notre écran de salon, d’ordinateur ou dans notre salle de cinéma favorite.

Atomic Blonde, Salt, Colombiana, Lucy, Ava, Bloody Milkshake, Anna, Red Sparrow, Miss Bala, Peppermint, Breaking in, The Assignment, The Old Guard, The Doorman, The Rookies, The Protégé ou encore Kate. Belle énumération de quelques films parus après 2010 qui mettent en scène un personnage féminin principal qui prend les armes. Du cinéma d’action mené par une femme et non par un homme, tel qu’on a l’habitude de le voir depuis… depuis la création du genre finalement. Ne nous voilons pas la face, le cinéma d’action au féminin est une bonne chose. Il est important de voir un genre se diversifier et de ne pas voir les personnages féminins relayés au simple rang de fair-valoir, souvent sexualisé et, majoritairement, au second plan. Le cinéma d’action a besoin de femmes fortes, qui ne se doivent pas pour autant d’être des femmes fatales. Un personnage féminin puissant, tant par le physique que l’intellect, n’a pas besoin de correspondre aux traits de la dite femme fatale que l’imaginaire collectif ramène très souvent à une Sharon Stone, une Demi Moore ou encore Catherine Zeta-Jones. Mais pourquoi on nous ramène à elles ? Pourquoi est-ce que l’on pense plus aisément à elles, ainsi qu’aux films auxquels on les lies, bien plus qu’à une Scarlett Johansson dans Lucy, une Jennifer Garner dans Peppermint ou encore une Charlize Theron dans… tous ses films d’action ? Et si ce n’était pas uniquement dû aux films en question ?

Les films cités plus haut, ne sont pas des purges dont le simple fait d’y penser à nouveau nous donnent des remontés acides. Je dirais même que la moitié d’entre eux sont des films d’action de plutôt bonne facture, ni bons, ni mauvais, ils font la job minimale pour une série b du vendredi soir. Ce qui n’est pas rien. Une action viscérale, quelques fulgurances dans les chorégraphies et une interprète principale qui met du coeur à l’ouvrage. Mais… ça ne suffit pas. Ça ne suffit pas à créer des personnages féminins dont on se souvient, donc on a envie qu’elles deviennent des icônes pour les plus jeunes (et les moins jeunes) à l’image d’une Wonder Woman. Et le cinéma en regorgent de films aux personnages féminins badass. Alien, Terminator 2 : Le Jugement Dernier, Kill Bill, Matrix, Thelma et Louise, Promising Young Woman, Zero Dark Thirty ou encore le récent The Last Duel. Alors oui, on est bien loin de la série b du vendredi soir dont le pitch de l’oeuvre se résume à une vengeance, mais on y trouve de vrais beaux personnages féminins qui ont une aura. Elles ont du tempérament, des traits de caractère et une backstory qui leur sont propres. Elles existent au sein de leurs univers respectifs. Elles ne sont pas que des fonctions mises en scène tels des pions qui doivent servir à aller d’une séquence d’action à l’autre.

Si l’on voulait se rapprocher du cinéma d’action, l’on citerait Domino, mis en scène par Tony Scott, ainsi que Anna et Haywire, tous deux réalisés par Steven Soderbergh. Si Tony Scott dépoussière le concept de la femme fatale avec un actionner bourrin impérial, Steven Soderbergh s’approprie de son côté le concept de l’espionne entraînée pour tuer depuis sa plus tendre (quoique rarement tendre) enfance. Des films de mise en scène, des films dont on ne retient pas les personnages pour la manière dont elles servent les histoires et permettent à ces mêmes histoires d’aller d’un point A à un point B, mais par la manière dont elles agissent sur les histoires de leurs films respectifs. Que l’on parle d’une attitude, d’un phrasé, de mimiques, d’un look ou même d’une action en particulier, c’est ce qui va les définir et leur permettre d’être plus que de simples personnages fonctions. C’est une histoire de mise en scène avant tout. Raconter quelque chose par la mise en scène et non, de simplement se servir de la mise en scène comme d’une manière de traduire la plume d’un auteur ou d’un algorithme.

Tony Scott et Steven Soderbergh le prouve. L’on peut avoir une oeuvre au pitch extrêmement simple, mais le transcendé par une profondeur apportée au personnage principal grâce à des choix de mise en scène qui vont lui insuffler caractère, (non)humanité et (in)sensibilité. Et là est tout le problème du cinéma d’action féminin moderne. Maisons de productions et distributeurs, privilégient la quantité à la qualité. Surfer sur des vagues modernes, féministes et progressistes qui permettent de faire vendre et de faire parler, sans prendre le temps de bien faire les choses. Tel a été, dès l’annonce du projet alors qu’il n’était même pas en pré-production à l’époque, l’élément déclencheur du projet The 355. C’est sur le plateau de X-Men : Dark Phoenix, que Jessica Chastain aurait parlé au réalisateur, scénariste et production Simon Kinberg, d’un projet de film d’espionnage dans la veine des Mission Impossible, mais au féminin. Réunir des têtes d’affiches féminines internationales, au sein d’un gros projet qui les verraient dans des séquences de combat et de voltiges aussi spectaculaires que celles produites par leurs homologues masculins. L’idée est excellente. Créer une nouvelle franchise est excitant, d’autant plus lorsqu’elle a les moyens de rivaliser avec des icônes du cinéma. Pas simplement du cinéma d’espionnage. Une histoire qui entraîne les personnages au quatres coins du monde, un casting en or massif, un budget très important, des techniciens de talent… et pourtant, tel qu’on aurait dû s’en douter depuis son dévoilement lors du Marché du Film au Festival de Cannes 2018, The 355 n’est qu’un cahier des charges ambulant. Dès lors que deux personnages d’origines espagnoles et aux accents très prononcés, se retrouvent seuls dans une pièce à parler en anglais, on comprend qu’il y a un problème.

Co-production entre les États-Unis et la Chine, The 355 est un film qui ouvre les bras à la Chine en plaçant le climax en plein Hong Kong, mais demeure grandement américain avec, notamment, des personnages qui parlent tous anglais, et ce, dans toutes les situations. La langue natale de chaque personnage (espagnol, français ou chinois), ne va être qu’un gimmick de language lors de réactions et jamais employé au sein même de la mise en scène (aucun jeu sur la mauvaise compréhension dû au language par exemple). Il en va de même pour les pays visités (France, Maroc, Angleterre et Chine), qui n’ont absolument aucune incidence sur l’histoire, mais ne servent que d’arrière-plan afin de rendre chaque nouvelle séquence plus exotique que la précédente. Par ailleurs, si vous avez trouvé Emily in Paris cliché, vous allez rire avec la séquence parisienne du film.

L’histoire de The 355 ? Cinq espionnes internationales qui doivent s’unir pour lutter contre une menace terroriste. Si extrêmement basique, cette dernière désarçonne essentiellement de par sa structure narrative aussi redondante que profondément ennuyante. Elles ne se connaissaient pas, mais elles vont se pourchasser, se battre entre elles, avant de comprendre qu’elles vont devoir travailler ensemble. La structure narrative typique du premier opus d’une possible franchise qui passe le plus clair de son temps à justifier la naissance de l’équipe, plutôt que de prendre le temps d’approfondir chacun de ses membres. Elles ne sont que des fonctions, des artefacts que le scénario se doit de raccrocher les uns aux autres afin de remplir son cahier des charges. Cahier des charges qui est, pour rappel, de faire un film d’espionnage à gros budget qui réunit 5 têtes d’affiche féminines pouvant aller chercher un public (et des acquéreurs) là l’international.

Mais à l’image du palmarès de films cités en première ligne de l’article, ce The 355 peut « faire la job ». Si complètement désincarné faute à un Simon Kinberg engoncé dans une réalisation didactique et un regard complètement détaché vis-à-vis de ces personnages (aucun parti pris, aucune notion de point de vue…), il demeure entraînant, enchaînant les séquences d’action avec un rythme assez soutenu, porté par un casting qui met du coeur à l’ouvrage. Même si les personnages sont dénués d’intérêts, peu aidés par des caractérisations aussi clichées qu’agaçantes, le casting est bon et investi. Le film fait la part belle au grand spectacle avec du combat au corps à corps, de la course poursuite ou encore des affrontements à l’arme lourde. Une impression de déjà vu demeure tout au long du visionnement, mais c’est cette même impression qui peut, permettre à certains spectateurs de ne pas bouder leur plaisir, confortablement emmitouflés, chaussons aux pieds. Si vous cherchez un blockbuster d’action qui vous divertira deux heures de temps, à défaut de vous stimuler, The 355 pourrait faire l’affaire. Et ce, malgré une action qui manque souvent de lisibilité à cause, une nouvelle fois, d’un réalisateur qui manque d’une vision claire privilégiant un maximum d’angles de caméra pour une même action, au détriment du bon angle. 

L’idée d’établir une grande franchise internationale au féminin est bonne (le cinéma d’action a besoin de nouvelles héroïnes), mais l’exécution est désincarnées. Un casting investi au service d’un tout fainéant qui empile clichés et moments d’action bruyants, illisibles. Là est le problème du cinéma d’action au féminin moderne. Au lieu d’instaurer de nouvelles dynamiques, de nouvelles idées créatives qui permettraient de donner lieu à des oeuvres aux personnages forts et authentiques, on assiste à un enchaînement de séries b conçues trop rapidement en réponse à une évolution de notre société. L’évolution est nécessaire, le cinéma d’action féminin est nécessaire, mais faut-il encore en prendre soin pour ne pas que ça ressemble à un simple effet de mode. On veut plus de Promising Young Woman et moins de The 355.

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