Sorry To Bother You réalisé par Boots Riley [Sortie de Séance Cinéma]

Synopsis : « Un démarcheur téléphonique peu confiant en lui découvre la clé magique du succès qui lui fait gravir les échelons de sa hiérarchie au moment où ses camarades activistes s’élèvent contre l’injustice des conditions de travail. Il va lui falloir choisir entre révéler le terrible secret de ses supérieurs ou rejoindre la lutte. »

Les lumières de la salle de cinéma s’allument, tu te repositionnes sur ton siège pour avoir fière allure parce que la position “je m’installe comme à la maison” ce n’est pas trop ça, et là, ton ami(e) se retourne vers toi et te pose la question fatidique…

Présenté au Sundance Film Festival puis au SXSW Film Festival de Austin, Sorry To Bother You a fait l’effet d’une petite bombe lors de ces deux présentations presque consécutives. Remarqué par les spectateurs présents sur place, c’est par la même occasion le dévoilement de la bande-annonce en ligne qui a permis au public du monde entier de découvrir ce qui s’annonçait comme une petite pépite du cinéma indépendant américain. Bande Annonce dynamique et récréative, affichant une véritable musicalité dans le montage, ainsi qu’une certaine inventivité dans certaines idées de réalisation et de mise en scène, qu’en est-il finalement ? Avoir une belle bande-annonce est une chose, mais réussir à vendre un film à son image, voire qui conserve quelques belles surprises sous la pellicule (sous le DCP ?… non pas beau, on reste à la pellicule) en est une autre. Désolé de vous déranger, mais vous avez intérêt de vous accrocher.

Rappeur et producteur avant de passer derrière la caméra, Raymond Lawrence Riley plus connu sous le pseudonyme Boots Riley c’est notamment fait connaître grâce à son dernier groupe de musique en date : The Coup. Naviguant entre le funk, le punk, le hip-hop ou encore la soul, The Coup a suffisamment de cordes à son arc et de rythmes musicaux (dira-t-on de la manière la plus sommaire possible pour nous autres non connaisseurs des termes musicaux adaptés) pour toucher un large public. En 2012, le groupe The Coup sortait leur dernier album titré Sorry To Bother You. Aujourd’hui, Sorry To Bother You est devenu un film qui aura également sa bande originale titré Sorry To Bother You The Soundtrack. Une bande originale qui ne déroge pas à la règle et dans la stricte lignée de ce qu’a pu produire le rappeur jusqu’ici, puisque composée de 17 titres originaux qui ne sont pas des trames sonores, mais un nouvel album original qui vient complémenter le film. À la fois dynamiques, romantiques et engagées, tel que pourraient l’être les trames sonores d’une bande originale plus orchestrale, complémentent le film dans le sens où la musique ne prend pas le dessus sur l’image. Bien au contraire, les musiques sont présentes et reconnaissables, mais extrêmement timides dans le film. Un film porté par ses bruitages et dialogues notamment grâce au concept de la “White Voice”, représentant l’engagement fiévreux et enflammé du scénario sur la question du racisme dans le monde et plus précisément aux États-Unis.

Satire politique et sociale enflammée, Sorry To Bother You vous propose de vous plonger dans une réalité alternative, semblable à la nôtre sur de nombreux points, mais où le racisme n’est plus présent à cause de la suprématie des blancs. Boots Riley, également scénariste du film en plus d’en être le réalisateur, signe un scénario hautement habile et intelligent dans sa manière de diffuser un propos enflammé et engagé sur le racisme de la société dans laquelle nous vivons. Créer un présent alternatif, mais lui ressemblant à l’exactitude en façade est un procédé intelligent afin de mettre le spectateur face à sa propre réalité tout en lui présentant un récit qui peut se permettre toutes sortes de folies. Des folies tant visuelles que, et pour le coup essentiellement, scénaristiques. S’il débute de manière extrêmement timorée, pour ne pas dire gentillet, Sorry To Bother You se transforme peu à peu en un monstre cocaïné sous stéroïdes.

D’une première partie de récit consensuel présentant l’ascension du protagoniste afin de lancer les différents arcs narratifs et introduire chaque personnage et leurs caractères respectifs (le réalisme va permettre un attachement plus aisé et rapide envers les personnages puisqu’ils nous ressemblent), à une seconde partie où le réalisme disparaît, laissant place à une comédie absurde où tout est exagéré afin de faire rire tout en dénonçant de manière encore plus acerbe et frontale. Capitalisme ou encore racisme et suprématisme blanc sous-jacent de la société. Deux thématiques souvent traitées au cinéma, mais jamais de cette manière. Jamais de manière aussi acerbe tout en conservant sa part de comique avant tout. Le divertissement par la comédie et l’usage de différents registres de comédies prédomine, tout en conservant cette envie de critiquer de manière sous-jacente. C’est intelligent, et c’est pour nous seulement la seconde œuvre de fiction qui réussit à se servir du cinéma de cette manière, trente ans après le grand They Live réalisé par John Carpenter.

Un scénario fort, engagé, drôle et qui fait la part belle à des personnages qui ont tout à chacun un charisme et une personnalité qui apportera quelque chose (tant émotionnel ou par ses actions) à l’histoire. Mais au-delà de ça, subsiste également un film visuellement fort et marquant notamment grâce à une direction artistique qui ne fait pas dans la dentelle. Les couleurs sont fortes, majoritairement flashantes pour les scènes de nuit, mais subtilement employées afin de faire ressortir ou au contraire de cacher par moment les visages. La peau noire étant bien plus difficile à éclairer qu’une peau blanche. Le chef opérateur s’en amuse et inculque par sa manière d’éclairer et par les couleurs employées, de nouveaux indices sur la psychologie des personnages et leur rapport à ce qui les environne. La société, mais de manière plus directe, les décors et personnes qui les entourent par le prisme de leurs costumes. Ce n’est que peu subtil, mais l’aspect bourgeois, moderne et clinquant d’un bâtiment va avoir une incidence directe sur l’état d’esprit du personnage et faire avancer de cette manière l’histoire.

En pur réalisateur qui ne fait pas que filmer l’action, Boots Riley filme ses personnages tout en faisant attention aux décors et accessoires. Le tout usant de sa caméra avec soin et faisant attention à chaque cadre afin que chaque plan soit nécessaire. Ou plutôt, pas de trop. Malgré un ventre mou et quelques minutes de remise en question qui auraient pu être enlevées, le film ne perd jamais sa dynamique, montant sans cesse en puissance et conservant l’attention du spectateur grâce à des rebondissements scénaristiques ou des idées de mise en scène et de réalisation vraiment bonnes. S’il y a du John Carpenter dans ce Sorry To Bother You, il y a également un peu de Michel Gondry dans son décalage tout en restant lucide en permanence, ainsi que dans quelques idées de mise en scène et de réalisation. Une inventivité et une créativité qui procure un réel plaisir, au-delà de cette jubilation de voir un cinéaste qui revendique un message tout en cherchant à procurer du plaisir au spectateur par le rire… et la cocaïne.

Lakeith Stanfield, Tessa Thompson, Jermaine Fowler, Omari Hardwick, Kate Berlant, Danny Glover, Steven Yeun et Armie Hammer. Un casting d’exception dans une comédie féroce, satire politiquement et socialement enflammée sous ses aspects de comédie absurde cocaïné et sous stéroïdes. Pour son premier long-métrage, le rappeur Boots Riley signe une petite pépite qui mérite d’être vu encore et toujours, ne serait-ce pour ce qu’elle raconte sur notre société et la façon dont le cinéaste se joue de cette dernière. Sorry To Bother You, c’est immanquable.

« Satire politiquement et socialement enflammée sous ses aspects de comédie absurde cocaïné et sous stéroïdes. »






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