Song to Song réalisé par Terrence Malick [Sortie de Séance Cinéma]

Synopsis : “Une histoire d’amour moderne, sur la scène musicale d’Austin au Texas, deux couples – d’un côté Faye et le chanteur BV, et de l’autre un magnat de l’industrie musicale et une serveuse – voient leurs destins et leurs amours se mêler, alors que chacun cherche le succès dans cet univers rock’n’roll fait de séduction et de trahison. “


Les lumières de la salle de cinéma s’allument, tu te repositionnes sur ton siège pour avoir fière allure parce que la position “je m’installe comme à la maison” ce n’est pas trop ça, et là, ton ami(e) se retourne vers toi et te pose la question fatidique…

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Depuis 2011 et la sortie du film The Tree of Life, on a assisté à l’avènement (ou la déchéance, suivant les points de vues) d’un cinéaste pas comme les autres : Terrence Malick. Le maître à qui l’on doit Badlands ou encore The Thin Red Line a opéré en cette année 2011 un changement radical, vers un cinéma qui l’est on ne peut plus. À l’inverse de l’industrie cinématographique qui s’enferme dans le carcan de la production massive, et de ce fait, de plus en plus insipide et vide de sens, Terrence Malick en fait à sa tête. Il produit et réalise un pur cinéma d’auteur. Un cinéma qui correspond à sa vision du monde, à celle qu’il a toujours eue et voulue partager avec les spectateurs. Mais un cinéma on ne plus radical, car cherchant à confondre cinéma direct et fiction. Qu’est-ce qui est mis en scène ? Est-ce que les acteurs s’attendaient à ce que cet évènement arrive et cette émotion qui en découle est-elle donc jouée ? Des questions que le spectateur ne se pose habituellement pas lorsqu’il se déplace dans une salle obscure. Un retour à la nature dans tous les sens du terme pour un cinéaste qui prône le naturalisme. Religieux et spirituels, The Tree of Life, To The Wonder et Knight of Cups avaient autant déroutés (peut-être même plus) qu’ils avaient pu emballer les spectateurs. Annoncé comme le troisième opus d’une trilogie lancée par les films To The Wonder et Knight of Cups, Song to Song est incontestablement le film lien entre ce qu’est devenu le cinéma “Malickéen” et le cinéma plus conventionnel. Là où ses précédentes œuvres (post The New World) reposaient sur le montage visuel et sur les symboles des plans afin de dicter une histoire, Song to Song revient à quelque chose de plus classique tout en conservant cette vision d’auteur unique.

“Believe from Song to Song, Kiss to Kiss”

Les dialogues se font plus nombreux et la voix off moins spirituelle, sans être pour autant moins limpide et nécessaire dans ce qu’elle apporte. Une voix off qui ne fait pas dans la répétition, mais qui vient compléter ce que raconte déjà le film par son visuel et ses nombreux plans riches et symboliques. Outil narratif utilisé par Terrence Malick afin de raconter au spectateur ce qu’il ne peut montrer au travers des plans choisis au montage et de conter la pensée de chacun des protagonistes. Comme habituellement chez Malick, Song to Song repose sur un large panel de personnages, tous plus ou moins principaux. Ryan Gosling, Michael Fassbender, Rooney Mara et Natalie Portman. Chaque personnage à son importance, chaque personnage apporte au film une sensibilité et un caractère différent, chaque arrivée ou retour de personnage permet de relancer le récit et la dynamique mise en place par ces derniers. Triangle amoureux où ils vont être intrasegment liés sans être pour autant tous confrontés les uns aux autres, Malick démontre par la force d’un montage éclaté comment exploiter les forces et les faiblesses d’une base scénaristique aussi consensuelle. Le spectateur n’a aucun repère, ne sait si les plans se suivent avec une construction logique, si la ville est la même et si la temporalité est la même. Tout se mélange, tout se confronte, mais il retrouve rapidement les idées claires. Le montage est un enchaînement de plans qui n’ont peut-être pas de liens spatio-temporels directs, mais qui ont des similarités. Ce sont ces similarités (personnages, actions réalisées par les personnages…), ainsi que la voix off et les dialogues qui vont donner un sens global aux séquences et à l’œuvre dans sa globalité.

Des doutes, des peines, des moments de joie et d’hilarité. Les protagonistes du film Song to Song passent d’émotion en émotion tel qu’on passerait de musique en musique avec la lecture CD ou un Vinyle. Sans atteindre le Graal ou à l’œuvre transcendantale, Malick réussi avec sa vision d’auteur et cette façon si particulière de conter et de filmer les histoires d’amour, à faire de son Song to Song une œuvre complète. Une œuvre cinématographique qui raconte les méandres de la vie avec ses beaux et ses mauvais moments. Film cependant moins spirituel, mais plus rock, plus pop et plus nerveux. Connaisseur, Terrence Malick s’appuie sur la musique qui parsème son film afin de lui inculquer cette même énergie. Une énergie que partagent les personnages qui vivent de cette industrie sous-jacement critiquée par le cinéaste au travers du personnage incarné par Michael Fassbender. Le producteur musical devient l’élément perturbateur, le diable par lequel tous les problèmes arrivent.

Un film à l’histoire donc toute simple, mais enrichie de sous-textes grâce à une mise en scène incarnée et lyrique qui vient transformer de simples moments de vie en moments de poésie, riche en symboles et aux personnages intéressants. Un tout sublimé par une photographie lumineuse (symbole de bienveillance du cinéaste envers ses personnages, envers la vie en règle générale et moyen de sublimer la nature) avec un soleil rarement zénithal, mais toujours placé de manière à venir créer une sorte d’aura solaire autour des personnages. Une photographie naturaliste, très “Malickéenne”, trop “Malickéenne” même, tant le cinéaste commence à s’autocaricaturer. Il en va de même pour sa mise en scène qui joue essentiellement sur la confrontation, avec des personnages sans cesse en mouvement à l’instar de l’opérateur qui les suit dans leurs mouvements (les mains essentiellement). C’est magnifique, riche en symboles et en parfaite corrélation avec ce que raconte l’œuvre dans sa globalité, mais Terrence Malick est maintenant dans une zone de confort. Pour la suite, et son film d’époque Radegund, il lui faudra se renouveler pour éviter de n’être plus que l’ombre de lui-même et inculquer à son cinéma une énergie nouvelle.

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