Slaxx, une paire de Jeans assoiffée en conflit avec le totalitarisme d’entreprise

Synopsis : « À la veille du lancement de la nouvelle collection, c’est l’effervescence chez CCC. Afin de préparer les rayons, les employés ont été réquisitionnés pour toute la nuit et le magasin a été placé en isolement complet. Le téléphone et internet ont été débranchés, le personnel est interdit de sortie. Le clou de ce nouvel arrivage est une paire de jeans faite en Inde à partir de coton bio, qui a la particularité de s’adapter automatiquement à la morphologie du corps. Or, deux employées, qui ont eu le malheur de l’essayer sans autorisation, disparaissent dans laisser de trace. Libby, la nouvelle employée découvre qu’ils ont été sauvagement massacrés. Craig, l’arrogant directeur qui ne jure que par le chiffre des ventes du lendemain, enferme sa jeune collègue de peur qu’elle fasse capoter l’opération. »


Les lumières de la salle de cinéma s’allument, tu te repositionnes sur ton siège pour avoir fière allure parce que la position “je m’installe comme à la maison” ce n’est pas trop ça, et là, ton ami(e) se retourne vers toi et te pose la question fatidique…

De mémoire, on a déjà vu des Donut tueurs, des Tomates tueuses, des Préservatifs tueurs, un Pneu tueur, des Biscuits tueurs, mais n’avez vous jamais rêver de voir s’animer une paire de Jeans ? Si sur le papier, avoir une paire de jeans en guise de tueur semble incongru, après avoir énumérée cette belle liste d’objets inanimées devenir des objets de mort animés dans des films allant du chef d’oeuvre au beau navet scandaleux, cette idée nous paraît finalement plus si folle. Province ou l’horreur est reine, et plus particulièrement, ou la comédie d’horreur est genre de prédilection pour un grand nombre de cinéastes, apprentis comme confirmés. On pense, avant tout et surtout aux membres actifs des différents Kino du Québec, ainsi qu’à des festivals de renoms comme le Festival international de films Fantasia ou encore le Festival Spasm. L’horreur, le gore et les explosions d’hémoglobine, un sport de prédilection au Québec. Écrit et réalisé par la cinéaste canadienne Elza Kephart, Slaxx est une comédie d’horreur qui a su séduire des producteurs. Filmoption International, mais également EMAFilms déjà à l’origine du succès Turbo Kid.

Pour séduire des producteurs, il faut des idées. Se contenter de vendre un pitch absurde afin d’offrir aux spectateurs des séquences toutes plus gore les unes que les autres, ne convainc pas. Il faut une vision et convaincre que le projet est bien plus que ce que l’on croît. Comédie horrifique qui ne manque pas d’offrir à son public des séquences gore et décalées, Slaxx dresse une satire des plus jubilatoires, visant ce que l’on va justement appeler le totalitarisme d’entreprise (pour reprendre les propos de la cinéaste qui citait elle-même le linguiste Noam Chomsky). Noam Chomsky, inspiration première de la cinéaste canadienne Elza Kephart qui réussit avec brio à tourner en dérision ce qui est une réalité. Ce jeu auquel joue constamment des multinationales avares et qui profitent assidûment au mouvement de surconsommation auquel on se prête nuit et jour. Multinationales gérées par une paire de mains de fer, dont la parole va être écoutée tel l’évangile par celles qui ceux qui vont lui permettre de s’enrichir de manière opportuniste. Par quelques belles idées de mise en scène, ainsi qu’une belle caractérisation de ses personnages, la satire prend forme et frappe exactement là où elle le doit.

Le parallèle avec la marque à la pomme est d’autant plus évident grâce à cette direction artistique qui donne à la boutique un look moderne, épuré avec des murs d’un blanc aseptisé et des produits aux couleurs clinquantes (mais encore une fois épurés et sobre) placés avec minutie. Mot d’ordre déshumanisé. Des dirigeants pour lesquels les consommateurs et vendeurs ne sont que des esclaves, ainsi qu’une boutique (seul et unique décor du film) dont la disposition méticuleuse des produits fait froid dans le dos. Une direction artistique significative, qui vient donner du corps à une oeuvre dont l’aspect critique envers une partie de notre société, est bien plus importante qu’on aurait pu l’imaginer. Une critique qui ne réinvente rien dans le fond, tel que le film ne vous surprendra pas dans sa structure narrative même, mais superbement exécutée. Tant dans ses idées de mise en scène que dans son écriture. Critique du capitalisme qui va permettre de tendre vers une critique de la surconsommation et de la non-réflexion (consommons oui, mais consommons bien et juste). Un monstre en engendre un autre.

Un film qui a du sens. Un film dont le message à une résonance internationale et qui ne sert pas uniquement de justification aux séquences horrifiques. Parce que oui, si Slaxx est une oeuvre dotée d’une conscience sociale, elle n’en demeure pas moins une comédie horrifique. Jubiler de la satire, jubiler de l’absurdité des situations et se moquer ouvertement de celles et ceux qui ne jurent que par les mots du saint patron. Slaxx est une comédie particulièrement savoureuse grâce à une caractérisation haute en couleur de ses personnages, ainsi qu’une réelle générosité dans ses moments gores. Un mélange savoureux d’effets physiques et numériques qui ne lésine pas sur les moyens afin de contenter le public en manque de sang et de membres brisés. La cinéaste Elza Kephart exploite parfaitement la forme de son objet (le jean pour rappel), afin d’offrir des exécutions originales, organiques et divertissantes. Un jean doté d’une conscience, un jean qui va attendre le meilleur moment afin de pouvoir vider ses proies de toutes gouttes de sang. Plus c’est incongru, plus c’est drôle.

Comédie horrifique sur le pouvoir exploité par des entreprises capitalistes déshumanisés sur un peuple réduit à l’esclavage par la surconsommation, Slaxx vise juste. Tourner en dérision, mais pas trop, afin de critiquer tout en jouant avec l’absurdité de la situation. Drôle, décomplexé et gore à souhait grâce à une mise en scène généreuse. Un film qui, derrière son propos qui prend finalement beaucoup de place, n’en oublie pas le plus important pour le spectateur : une bonne dose de sang. Attention Slaxx n’en demeure pas moins un film très bavard, un film peut-être trop écrit par moment et qui, à cause de son aspect satirique, ne s’autorise pas assez la carte de l’absurde nanardesque. Une scène y plonge avec plaisir et malice pour notre plus grand plaisir. On en aurait aimé un peu plus. Ce qui ne gâche aucunement notre plaisir, ainsi que la qualité globale du film.


Au cinéma dès le 11 septembre au Québec, à Toronto et Vancouver.

« Satire d’une société où la surconsommation est reine et où les sociétés préconisent le profit au détriment de l’humain, SLAXX est est une comédie horrifique jubilatoire. Drôle, décomplexé et gore à souhait. Visuellement superbe, savant mélange d’effets physiques et numériques. »


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