Le Serpent aux Mille Coupures réalisé par Eric Valette [Sortie de Séance Cinéma]

Synopsis : “Sud Ouest de la France, hiver 2015.
Un motard blessé quitte les lieux d’un carnage.
Le mystérieux fugitif trouve refuge chez les Petit, une famille de fermiers qu’il prend en otage. A ses trousses : des barons de la drogue colombiens, le lieutenant colonel Massé du Réaux, et un tueur à gage d’élite, qui sont bien décidés à le neutraliser, par tous les moyens.
L’homme a déclenché une vague de violence dont personne ne sortira indemne… “


Les lumières de la salle de cinéma s’allument, tu te repositionnes sur ton siège pour avoir fière allure parce que la position “je m’installe comme à la maison” ce n’est pas trop ça, et là, ton ami(e) se retourne vers toi et te pose la question fatidique…

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Avec le temps et l’avènement d’un cinéma moderne qui prône avant tout les recettes par le cinéma populaire et ses blockbusters, “cinéma de genre” est devenu un terme galvaudé. C’est devenu la troisième jambe du cinéma, bien caché derrière le cinéma populaire et le cinéma indépendant. Qu’est-ce que le cinéma de genre ? Aujourd’hui, en allant dans le sens de cette généralisation, ce serait donc tous ces autres films indépendants, mais plus violents par leurs actions et propos pour être catalogués comme indépendants. Ce sont donc des films qui n’ont pas le privilège de sortir dans autant de salles estampillées d’art et d’essai que des films d’auteur indépendants, et qui n’ont par la même occasion, qu’une distribution des plus limitées pour ne pas dire non existant, dans de grandes chaînes de cinémas. Des films qui ont droit à un parc d’exploitation limité à environ 40 salles en France pour sa première (et souvent avant-dernière) semaine d’exploitation. Certaines exceptions n’ont pas ce problème, mais elles ne restent que des : exceptions. Ce qui est le cas du nouveau film réalisé par Éric Valette titré : Le Serpent aux Mille Coupures. Après des films comme Maléfique, Une Affaire d’État ou encore La Proie avec Albert Dupontel, Éric Valette s’était afféré à la réalisation d’épisodes de séries comme Braquo et Crossing Lines depuis la sortie de son dernier long-métrage (2011, NDLR). Un retour au cinéma qui aurait pu être en grande pompe avec ce thriller prometteur sur le papier, mais qui n’est en réalité qu’un amoncellement d’idées cinématographiques déjà exploitées. Adapté du roman éponyme écrit par DOA (qui co-signe également le scénario et les dialogues avec Éric Valette), Le Serpent aux Mille Coupures est un thriller qui repose sur un scénario qui reprend les codes du polar et du western. Le premier genre pour son ambiance (oppressant, poisseux et brutal) et le second pour la caractérisation de ces personnages (le shérif, l’antihéros attachant, l’antagoniste qui ne suit aucune loi…). Un mélange intéressant et ambitieux pour un film français à petit budget, mais le problème est là.

Un jeu nuancé, un rôle aussi attachant, qu’effrayant pour l’excellent Tomer Sisley

Le projet repose sur un scénario beaucoup trop ambitieux qui s’éparpille sans jamais trouver de concept sur lequel se reposer. Les personnages sont nombreux, les sous-intrigues tout aussi nombreuses et la structure narrative fait en sorte que tous les personnages vont se retrouver au même endroit, au même moment pour le climax. Climax très hasardeux dans l’utilisation de certains des personnages, prouvant qu’ils auraient pu être supprimés du scénario. Un récit conventionnel et aux rebondissements téléphonés, mais avant tout prévisible en long, en large et en travers. Les personnages archétypaux dans leurs caractérisations respectives (de la contextualisation à la conclusion de leurs évolutions suite aux évènements engendrés par l’histoire) n’aident en rien le spectateur à rester attentif à l’action, “préférant” prévoir ce qui va arriver à coup sûr dans les secondes qui vont suivre. Là où le film pêche à cause d’un scénario des plus balisés, il gagne en intérêt grâce à sa mise en scène. Une mise en scène pêchue, même si minimaliste, et suffisante pour aller à l’essentiel. Par un placement dans le décor, par une dualité dans le cadre, par un simple champ/contre champ jouant sur le regard… Éric Valette réussit à créer une tension et à faire transparaître une émotion. Offrant de par ailleurs, de magnifiques plans et séquences aux acteurs Tomer Sisley et Terence Yin qui portent littéralement le film sur leurs épaules. Là où d’autres tels que Pascal Greggory, cabotinent.

Éric Valette a du cran et son film n’en manque pas. Le climax est des plus efficaces grâce à un montage de qualité et à une mise en scène inspirée. Le metteur en scène sait y faire avec les scènes d’action et nous le prouve une nouvelle fois. Néanmoins subsistent des questions : Pourquoi un scénario aussi balisé dans sa structure narrative et ambitieux en terme de personnages ? Pourquoi ne pas tenter le huis-clos, se resserrer sur le protagoniste interpréter avec férocité par l’excellent Tomer Sisley, tenter d’en faire un véritable antagoniste sans foi ni loi et non un homme empathique ? Le Serpent aux Mille Coupures est un thriller intéressant et osé dans sa démonstration de violence, mais frustrant, car dénué d’originalité et amputé par un scénario balisé. Il fait du bien de voir ce genre d’œuvre cinématographique, et ce, malgré ses défauts, mais reste ce : “mais”. Un “mais” qui nous fait dire qu’il y avait tellement mieux à faire et qu’on en viendrait presque malheureusement à comprendre cette sortie des plus limités…

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