Salyut-7 réalisé par Klim Shipenko [Sortie de Séance VoD]

Synopsis : “L’histoire est basée sur la mission Soyouz T-13 en 1985, dans le cadre du programme soviétique Salyut. Deux cosmonautes vont être renvoyés dans l’espace afin de constater les dégâts sur une station spatiale en pilotage automatique et déclarée comme «morte».”


Tu éteins les lumières de ton salon, tu allumes ta télé ou ton ordinateur et lance le film. Oui, l’on n’est pas dans une salle de cinéma, mais bien dans un salon pour regarder un film en DVD, Blu-Ray ou VoD. Certains films n’ont pas le privilège de la sortie cinéma, mais se savourent tout de même chez soi.

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Lorsqu’on enseigne le cinéma en long, en large et en travers (surtout de travers) aux étudiants, il est nécessaire de faire une halte sur quelques auteurs russes. Des auteurs qui ont marqués l’histoire du cinéma et qui ont par la suite, influencés pléthore de cinéastes à l’international. Vous avez certainement déjà entendu parler de Sergueï Mikhailovich Eisenstein à qui l’on doit la mise en scène de films comme Ivan le Terrible et Le Cuirassé Potemkine ou encore de l’incontournable Andreï Tarkovski. De véritables génies du cinéma que l’on connaît sans même avoir vu les films et dont on peu décrété le génie simplement en voyant quelques extraits ou quelques images des œuvres en question. Une précision, une créativité et le tout avec des moyens rudimentaires comparés à la concurrence ou aux moyens mis à disposition du cinéma hollywoodien contemporain. Preuve que le cinéma c’est avant tout de l’audace, de la recherche artistique et du travail. Néanmoins, si ce cinéma russe n’a pas marqué à l’image la Nouvelle Vague ou du Nouvel Hollywood, et ne semble avoir eu que quelques moments de grâce, il survie toujours et continu de produire des œuvres qui ne dépassent pas les frontières.

Quelques rares cinéastes tels Andrey Zvyagintsev réussissent à se faire connaître grâce à des festivals, car représentatif de ce qu’a toujours été le cinéma russe. Un cinéma pointu, et que l’on qualifierait d’auteuriste aujourd’hui. Entre la naissance et l’avènement du cinéma contemporain post vingtième siècle, le cinéma a évolué et ce qui était populaire un temps ne l’est plus aujourd’hui. Le cinéma russe a dû s’adapter à la demande, et à l’image du cinéma français avec EuropaCorp et ce qu’essaye de faire Luc Besson, il leur a fallût s’atteler à la production de films à gros budgets et à renfort d’effets spéciaux. Depuis 2002 sortent timidement quelques films d’action, des drames et films de guerre, dont la volonté première est de divertir le spectateur et/ou de leur raconter un fait historique de la Russie. D’un côté les films de super-héros avec des longs-métrages comme L’Éclair Noir (Dmitri Kiselyov et Alexander Voytinskiy, 2009) et Guardians et de l’autre des films historiques comme Stalingrad (Fedor Bondarchuk, 2013), L’Arche Russe (Alexandre Sokourov, 2002) L’Amiral (Andreï Kravchuk, 2009), Le 9e Escadron (Fedor Bondarchuk, 2005) ou encore Salyut-7.

Qu’ils soient catalogués comme un drame, un film d’action ou encore un film de guerre, tous les longs métrages cités précédemment répondent à une tâche: mettre en avant les qualités de la Russie. Du pays, mais également de sa population. Prouver qu’ils sont tout aussi compétents que la concurrence et que l’histoire de leur pays est à cette image. Si la guerre froide est achevée depuis 1991, la concurrence entre les États-Unis et la Russie fait rage et la Russie compte bien développer son catalogue et promouvoir ses talents. Diffusé en festivals durant l’année 2017, avant qu’il ne sorte en vidéo au début du mois de janvier 2018 en France, Salyut-7 est un Showreel présentant les compétences des techniciens et sociétés russes en matière d’effets visuels. Le film Salyut-7 met en image l’histoire de deux cosmonautes envoyés dans l’espace en 1985 afin de constater les dégâts sur une station spatiale en pilotage automatique et déclarée comme «morte». Va alors débuter une course contre la montre entre la Russie qui souhaite récupérer ou détruire sa station spatiale, et les États-Unis qui pourraient s’en emparer, si laissée à l’abandon dans l’espace. Si l’histoire est belle pour le pays et le peuple russe, elle n’est autre que la métaphore parfaite de cette concurrence qui fait rage entre les deux pays. Deux pays qui cherchent à démontrer qu’ils sont les plus forts, et ce, sur tous les fronts. Un propos patriotique jusqu’au-boutiste que ne dénigrerait pas Clint Eastwood pour le côté adverse. L’habitude de voir les Américains réaliser ce genre de film, nous poussera, nous cinéphiles européens, à en rire plutôt qu’à en sortir consterner.

Sur le plan cinématographique et rien de plus, Salyut-7 est une véritable démonstration technique. Si le film n’a pas d’âme ou de patte artistique particulière (réalisation, éclairage, mise en scène… c’est propre et donc fade au possible), c’est afin de concrétiser une œuvre ayant la capacité de parler à tous et à l’accessibilité non négligeable. Un parti pris dommageable pour le cinéphile assidu qui n’y verra qu’un divertissement de bonne facture, mais à la réalisation factuelle au possible dont le simple but est de mettre en avant les effets spéciaux. Factuel, mais également didactique au possible et d’une subtilité a faire grincer des dents, Salyut-7 n’est purement et simplement qu’un bel œuf de Fabergé qui imite la concurrence américaine. Une enveloppe magnifique, mais qui ne cache rien d’autre qu’une histoire patriotique aux personnages manichéens à faire pleurer dans les chaumières. Si le propos et la manière de faire (scénario dans son entièreté et mise en scène) sont éculés depuis plus de vingt ans maintenant, les effets spéciaux, sont quant à eux, bels et bien contemporains. À aucuns moments grossiers, outranciers ou voyants, le film Salyut-7 dispose de superbes effets numériques permettant au spectateur de rester au fond de son fauteuil afin de voir ce que l’oeuvre lui réserve jusqu’à son dernier plan. Les éclairages dynamiques et la colorimétrie jamais criarde (des teintes toujours assez sombres) permettent d’avoir des incrustations parfaites et un niveau de détails impressionnant au sein de la station spatiale. L’apesanteur est superbement géré et permet aux techniciens de s’en donner à cœur joie. Des particules aux objets en tous genres, c’est un festival et un régal pour les yeux. Un tout bien aidé par les mouvements de caméra, toujours fluides, légers et portés sur l’action, qui cherchent une nouvelle fois à mettre en avant le visuel au détriment de tout le reste.

Salyut-7, un aspect patriotique exacerbé qui en fera rager plus d’un, mais une perle visuelle qui a de quoi éblouir sans pour autant transcender. A défaut d’être nerveux et dynamique, Salyut-7 est un film qui prend son temps afin de mettre en avant les capacités du studio russe Algous. C’est une démo technique au scénario et à la mise en scène calqué sur les grosses productions américaines manichéennes datant de la fin des années 90. Néanmoins, le film n’en demeure pas moins superbe, bien finalisé (tant sur l’aspect sonore que visuel). Aucun parti pris artistique, c’est conventionnel, mais soigné. On est loin du cinéma russe brutal, viscéral et marquant tant par sa créativité visuelle que par son propos, mais dans le registre du film spectacle il y a concurrence avec une large moyenne des productions américaines.

[usr 2.5]


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