Sage Femme réalisé par Martin Provost [Sortie de Séance Cinéma]

Synopsis : “Claire est la droiture même. Sage-femme, elle a voué sa vie aux autres. Déjà préoccupée par la fermeture prochaine de sa maternité, elle voit sa vie bouleversée par le retour de Béatrice, ancienne maîtresse de son père disparu, femme fantasque et égoïste, son exacte opposée.


Les lumières de la salle de cinéma s’allument, tu te repositionnes sur ton siège pour avoir fière allure parce que la position “je m’installe comme à la maison” ce n’est pas trop ça, et là, ton ami(e) se retourne vers toi et te pose la question fatidique…

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Est-ce un drame ? Une comédie ? Un peu des deux à la fois ? Ou plus simplement, juste une histoire de deux femmes qui se retrouvent. Martin Provost n’a pas son pareil pour raconter des histoires de famille. Famille dysfonctionnelle comme dans “Où va la nuit ?“, dans la relation entre un marchand d’art et une femme de ménage dans Séraphine ou encore un lien quasi sororal entre Violette Leduc et Simone de Beauvoir dans Violette. Ici, une femme, sage-femme, reçoit un message sur son répondeur. Une voix du passé, une femme qui ne fut pas sage et détruisit la famille de la première en étant peut-être à l’origine du suicide du père dont elle était la maîtresse. Pourquoi l’appelle-t-elle ? Parce qu’elle va mourir tout simplement et qu’elle cherche à rattraper le temps perdu. Ou à renouer avec la fille d’un homme qui lui donna tout, avec qui elle passa du bon temps. Martin Provost propose une variation autour des ennemies qui finissent par s’apprécier en passant par le changement de vie. L’idée simple est de jouer sur « sage-femme » : d’une sage-femme qui met au monde les bébés et à une sage femme qui gagne en sagesse en découvrant qui elle doit être et surtout vivre enfin sa vie. C’est Catherine Deneuve qui joue cette femme révélant Catherine Frot à elle-même. Une révélation de belle façon : par les souvenirs et surtout la possibilité d’enfin tout se dire.

Et si Béatrice et Claire parvenaient à se comprendre… enfin !

C’est l’histoire d’une famille que l’on rêve, que l’on crée : une femme qui aurait pu être mère, mais a préféré s’amuser et vivre. Et une femme qui a voulu se dédier à la vie et à la rigueur au détriment d’une vie délirante qu’elle a pourtant connu adolescente. On apprend très vite que plus jeune Claire était en communion avec Béatrice, en accord total, en folie douce et en délire… plus jeunes, elles ont passé du temps ensemble. On comprend aussi qu’elle fut la mère de substitution dont Claire avait besoin, une mère prête à l’aimer et qui partageait comme elle une passion pour ce père nageur olympique. Puis finalement, Béatrice est partie : une rupture déchirante que l’on découvre. Le spectateur s’aperçoit dès lors que cette séparation fut terrible pour les deux, mais salvatrice pour Claire. En effet, elle est devenue sage-femme, s’occupe des autres, donne la vie pour mieux la poursuivre. Elle a eu l’équilibre que Béatrice n’aura jamais trouvé. Mais si Claire aime son métier, elle se détache pourtant du monde qui l’entoure. Elle s’est effacée pour les autres : Béatrice la fait renaître, l’amène à la folie douce, à prendre quelques risques… modifier sa vie, en changer encore quand il est temps, car Béatrice ne pourra bientôt plus. C’est cette rencontre entre les deux femmes que tout a unies, que tout a opposées, et que tout va rapprocher pour passer le témoin que filme avec délicatesse Martin Provost. Je finirai juste avec ce superbe plan sur cette barque qui coule et s’en va annonçant une libération. Mais laquelle ? Un passage onirique comme le réalisateur en propose plusieurs durant le film : des passages de témoin en quelque sorte.

En résumé, ni tout à fait un drame, ni une franche comédie, Sage Femme est un moment de vie. Le moment de deux vies, de deux femmes qui se retrouvent. Et quand la haine laisse place à l’amour, le film prend une tournure tendre et mélancolique envahissant votre corps en vous laissant du baume au cœur.

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