Rock’n Roll réalisé par Guillaume Canet [Sortie de Séance Cinéma]

Synopsis : “Guillaume Canet, 43 ans, est épanoui dans sa vie, il a tout pour être heureux.. Sur un tournage, une jolie comédienne de 20 ans va le stopper net dans son élan, en lui apprenant qu’il n’est pas très « Rock », qu’il ne l’a d’ailleurs jamais vraiment été, et pour l’achever, qu’il a beaucoup chuté dans la «liste» des acteurs qu’on aimerait bien se taper… Sa vie de famille avec Marion, son fils, sa maison de campagne, ses chevaux, lui donnent une image ringarde et plus vraiment sexy… Guillaume a compris qu’il y a urgence à tout changer. Et il va aller loin, très loin, sous le regard médusé et impuissant de son entourage.”


Les lumières de la salle de cinéma s’allument, tu te repositionnes sur ton siège pour avoir fière allure parce que la position “je m’installe comme à la maison” ce n’est pas trop ça, et là, ton ami(e) se retourne vers toi et te pose la question fatidique…

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Comment réagir face à la crise de la quarantaine ? Peut-on se renouveler sans se perdre ? Est-il possible de lutter contre le jeunisme et la vieillesse ? Guillaume Canet a eu envie de se poser ces questions dans ce nouveau long métrage en réaction à l’échec de Blood Ties. Film qui déçut le public et la critique alors qu’il était pourtant plus que correct. Après s’être posé chez les autres (on l’a vu récemment en Zola dans Cézanne et moi), revoici le Canet réalisateur et acteur pour notre plus grand plaisir. Il est vrai que sa filmographie intéressante lui permet de tester tous les genres, et si vous n’aviez pas été totalement conquis par le film Les Petits Mouchoirs, vous pourriez l’être en partie par ce Rock’n Roll. Comédie foutraque, satire du monde du cinéma et portrait d’un couple de stars dans leur quotidien qui doit faire face au succès, au temps qui passe, à la célébrité et au quart d’heure de gloire que tout le monde recherche, comme disait Andy Warhol.

En choisissant l’exercice de style de la vie réelle dans un film de fiction (comme précédemment Michel Blanc dans Grosse Fatigue), le cinéaste décide de montrer son rôle d’acteur et également sa vie de père rangée auprès d’une actrice à l’envergure internationale (Marion  Cotillard est excellente : drôle, incroyable, hilarante et surtout impayable quand elle pleure, car elle n’a pas eu le rôle de la bègue alors qu’elle “a toujours rêvé de jouer une bègue”). Ce film permet de supprimer la frontière entre la réalité et la fiction : où est le vrai ? Où est le faux ? Marion est-elle à ce point habitée par ses rôles dans sa vie quotidienne ? Guillaume doute-t-il tellement au point de se demander s’il existe réellement ? Cette frontière ténue réussit à tenir en haleine le spectateur par l’entretien de ce voyeurisme de vouloir connaître l’intimité d’une star. On se croirait presque dans une télé-réalité américaine. Pourtant, bien plus que le portrait de ce couple de stars, Guillaume Canet livre aussi une réflexion sur le cinéma. Il permet de comprendre quel est l’investissement de l’acteur, d’une équipe de tournage, des confrontations entre un réalisateur et ses acteurs. Guillaume Canet explique également dans une scène étonnante comment la vérité peut surgir si le réalisateur mène convenablement sa barque. Et il pose la question du temps qui passe. La crise de la quarantaine est ici placée d’entrée de jeu au niveau génital de l’acteur… et non pas au niveau de son nombril. En touchant à sa virilité et à cette couille qui lui fait mal, il le montre également que la star est un homme qui doute et qui a peur. Le sujet du film bien plus que la célébrité est la peur de vieillir.

Monsieur et Madame Cotillard… un couple comme les autres ?

En basculant son film dans une deuxième partie un peu folle, délirante et parfois lourdingue, c’est une certaine mélancolie qui se dégage. La vieillesse touche tout le monde et pour y remédier : soit on l’accepte, soit on utilise des recours. Des soirées avec des potes bien plus jeunes à consommer plus que de raison alcools et autres drogues (d’où des scènes drôles et piquantes). Ou encore chercher chez des gourous des réponses médicales : l’attaque en règle contre la chirurgie esthétique est réussie. C’est lorsqu’il part dans cette partie de la lutte contre le jeunisme que Guillaume Canet est excellent. La manipulation par les charlatans du bistouri et des aiguilles devient une charge féroce surtout quand elle transforme l’acteur-réalisateur en monstre. Au point de lui faire “péter un câble”… la confrontation avec ses producteurs (Alain et Yvan Attal qui n’ont aucun lien de parenté) est une réussite du genre. Et surtout Yvan Attal déploie un penchant comique qui lui va comme un gant au point qu’on souhaite qu’il met en scène une prochainement. Guillaume Canet se moque de lui, de son image, de celle de Marion. Il réussit le pari à rendre Johnny Hallyday délirant (ce dernier n’est jamais aussi bon que lorsqu’il s’auto parodie). Et ses amis ont tous répondu présents ! Loin de moi l’idée de dire que Guillaume Canet réalise un film uniquement pour les gens du milieu, au contraire, il en évite l’écueil. Mais malheureusement, son film s’étire en longueur et créer une certaine lassitude durant la dernière demi-heure. Il l’a confié en interview, au départ le film ne devait durer qu’1h30. Heureusement le final de qualité arrive au point de rêver que Canet en tire une parodie qui pourrait plaire à la télévision… mais pas de spoiler !

S’il ne réussit pas un film 100% Rock’n Roll, Guillaume Canet a le mérite de poser la question de la place de tout un chacun dans une société obnubilée par son image. Les selfies sont présents dans le film, leur dénonciation claire (on pourrait même penser à la scène de L’important c’est d’aimer de Zulawski où Romy Schneider demandait de ne pas être prise en photo). Une société trop égocentrique pour ne pas réussir à apercevoir l’être humain derrière l’acteur. Sans être la charge féroce qu’il prétend être, sans dénoncer complètement le star-système et les méfaits du jeunisme dans le cinéma, Guillaume Canet propose une satire par moment hilarante (Marion Cotillard est géniale quand elle se moque de son image), souvent mélancolique et par moment un peu longue. Un film qui aborde la crise de la quarantaine et qui parlera à tout le monde, là où Les Petits Mouchoirs ne visaient qu’une génération précise de spectateurs qui ont érigé l’amitié en totem.

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