Ridley Scott – Retour sur le style d’un réalisateur étrange

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Ridley Scott est très certainement l’un des réalisateurs populaires les plus curieux. Présent sur les plateaux hollywoodiens depuis maintenant près de 40 ans, le réalisateur britannique de 77 ans n’a cessé de surprendre. S’essayant à tous les genres, son œuvre fait souvent débat au sein des cinéphiles. Certains y voient un tyran technique, un grand esthète, un plasticien brillant, mais un réalisateur légèrement girouette. D’autres, un auteur virtuose multipliant les choix d’exécution esthétique dans le but de s’approprier tous les genres phares Hollywood. Un auteur prisonnier d’obsessions étranges, enchainant des projets différents mais trouvant une cohérence thématique et formelle sur la durée. Car oui, si l’œuvre de Ridley Scott est si spéciale, c’est qu’elle est le fruit d’un virtuose. Un virtuose particulier, qui est passé du cinéma expérimental au cinéma de masse.

Ridley Scott a émergé à une époque particulière. Il est issu de ce qu’on pourrait appeler “la nouvelle vague” anglaise. Faisant partie d’une génération de jeunes réalisateurs britanniques issus du monde de la pub et du stylisme, il a émergé à la fin des années 1970, à une époque où Hollywood était en plein renouvellement de ses genres. Un courant qui a fasciné le public des années 1980 par la splendeur de ses inventivités visuelles. C’est le style pictural de Ridley Scott que l’on va analyser ici. Un style qui s’est défini dans ses premiers films, devenus maintenant mythiques, Alien et Blade Runner.

Ridley Scott est ce qu’on pourrait appeler un “cinéaste peintre” à l’instar de John Ford. Avant de se lancer dans la réalisation de pubs, et par la suite dans le cinéma, il a suivi une formation de peintre aux Beaux-Arts. Cette influence de la peinture se sentira dans ses films. Le cinéma de Ridley Scott ne cherche en effet pas la virtuosité technique dans le sens où il ne va pas déployer des mouvements de caméra complexes comme ce que font les réalisateurs maniéristes (Alfred Hitchcock, Martin Scorsese ou Brian De Palma). Le cinéma de Scott cherche plutôt un sens de la valorisation visuel en travaillant l’espace de l’image, à l’instar d’un peintre. Ridley Scott ne cherche à retranscrire qu’une chose dans une scène : l’essence d’une atmosphère. Même si le cadrage est bien sur important, ce qui compte réellement pour  le cinéaste britannique, c’est ce qui est présent dans le cadre. Un cadre sert pour lui à la composition picturale en représentant ce que ressent ou représente un personnage en parsemant le cadre d’allégories (lumière, fumée, chromatismes particuliers…).


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L’obsession thématique centrale de Ridley Scott est l’enfermement. Ce thème est présent dans l’intégralité de ses films et se traduit également picturalement. Ridley Scott opte en effet souvent pour des focales courtes qui ont pour effet, en conservant une profondeur de champs, d’aplatir l’image et donc les personnages, pour les rendre prisonniers d’un décor et d’une atmosphère d’ensemble.

A titre d’exemple, dans l’image qui suit, Ridley Scott est en train de nous prévenir que ses personnages sont emmurés face à une impasse qui les dépasse :


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Son style se reconnait aussi souvent dans son usage d’une photographie tamisée, en contre-jour, et par des effets d’atmosphère dans les décors, comme si une fine brume les enveloppait. Son chromatisme fétiche est le bleu d’hiver, accompagnant souvent la détresse de ses personnages :


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Ce formalisme obsessionnel a définit tout un pan de l’esthétique des années 1980 tout en influençant le style visuel de nombre d’autres cinéastes (David Fincher dans SevenChristopher Nolan dans Batman Begins). Il est hérité de celui du grand modèle de Ridley Scott, son idole : Stanley Kubrick. Comme Stanley KubrickRidley Scott cherche à déployer l’espace de l’image dans le but de la changer en dispositif expérimental.

Un dispositif dont le spectateur est l’objet. Son but est de “mettre en sommeil” les facultés analytiques de l’intelligence du spectateur. Son cinéma a pour but de filmer à la source le fonctionnement du cerveau du spectateur pour le mettre par la suite en forme de façon allégorique : l’inconscient freudien dans Alien et la confusion du cerveau humain dans Blade Runner.


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Cette expérimentation dans laquelle s’est lancé Ridley Scott au début de sa carrière n’a pas complètement été du goût du public. Après l’échec commercial de Blade Runner (devenu avec le temps une des plus grandes œuvres du cinéma contemporain) Ridley Scott n’a plus su comment orienter son cinéma. Ayant vu sa créativité brisée, il s’est par la suite orienté vers le thriller urbain à la fin des années 1980 en essayant de renouveler le style néo-noir (Someone to Watch Over Me et Black Rain), adaptant la lecture allégorique et mentale des ses films de science-fiction à la vie réelle et au présent.

Après avoir renoué avec la réussite esthétique et commerciale avec le road-movie Thelma & Louise primé aux Oscars et à Cannes en 1991, il se convertit totalement et définitivement (non sans talent) au cinéma de masse avec Gladiator en l’an 2000 après quelques projets hasardeux durant les années 1990. Renvoyant maintenant l’image du plus hollywoodien des vieux réalisateurs, capable de faire un gros film par an, il affiche un amour immodéré des tournages en enchainant de façon surprenante les projets, comme le faisaient à leur époque John Ford ou Michael Curtiz quitte à parfois faire des petits films. Ridley Scott, à la base auteur partisan du cinéma expérimental de Kubrick et Antonioni s’est changé en esthète de luxe du cinéma populaire hollywoodien.

Cette dualité du cinéma de Ridley Scott, c’est sa signature. La marque d’un auteur torturé, brisé, tiraillé entre le divertissement et l’accomplissent de quelque chose de plus grand. Un auteur étrange, attachant, qui nous a offert certaines des plus grandes épopées du cinéma actuel.

 

Depuis le 21 octobre 2015, vous pouvez retrouver dans les meilleures salles, le dernier film réalisé par Ridley Scott : Seul sur Mars. Une odyssée humaine, drôle et spectaculaire avec Matt Damon, Jessica Chastain, Kate Mara, Jeff DanielsChiwetel Ejiofor et bien d’autres encore. Ci-dessous, la bande-annonce du film et si vous le souhaitez, vous pouvez retrouver notre avis en détails dans notre critique du film en question.


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