Relaxer réalisé par Joel Potrykus [Fantasia 2018 Film REVIEW]

Synopsis : « Au tournant de l’an 2000, dans un appartement de sous-sol crade et puant, Cam (David Dastmalchian) lance l’ultime défi à son frère cadet Abbie (Joshua Burge à son meilleur) : il devra battre l’infâme « high score » de Billy Mitchell à Pac-Man (en allant au-delà du « glitch » du niveau 256, bien sûr), tout en restant glué au divan coûte que coûte. Impossible, me dites-vous? Et que fera Abbie pour se nourrir et vaquer à ses besoins essentiels, me demandez-vous? Écoutez : il n’est pas question qu’il se lève avant d’avoir fini le jeu, pis c’est ça qui est ça. C’est une question d’honneur, vous comprenez? C’est ce qu’on pensait : à c’t’heure, pesez donc su’ « start »! »

Pour la première année nous sommes trois semaines durant (du 12 juillet au 02 août 2018) au Fantasia International Film Festival. Films du film de tous les genres, mais surtout du fantastique, de l’action et des films complètement décalés que vous ne verrez surement jamais en salles !
Toutes nos Critiques depuis le Festival Fantasia !

Se relaxer (to relax) : verbe dont la signification revient à se détendre ou encore prendre du repos. Joel Potrykus, semble donc vouloir que l’on se relaxe, que l’on se détende par le visionnage de son film Relaxer. Ou ne serait-ce pas l’inverse ? Ne chercherait-il pas à nous mettre en condition, à faire en sorte que le spectateur s’attende à se relaxer pour lui mettre face au regard un film qui le mette dans tous ces états ? Réalisateur qui possède à son actif plusieurs courts-métrages, ainsi que quatre longs-métrages dont les plus récents se nomment Buzzard et The Alchemist Cookbook, ne comptez pas sur un distributeur pour vous permettre de voir un des films écrit et réalisé par Joel Potrykus dans une salle de cinéma. Ce dernier pratique un cinéma indépendant underground dont la volonté première n’est pas de toucher un large public, mais bel et bien de toucher celles et ceux qui sont adeptes d’un tel cinéma. Un cinéma qui s’autorise tout, un cinéma jusqu’au-boutiste à prendre au millième degré qui souhaite divertir et faire rire avant de prôner de belles valeurs ou une morale puritaine. Relaxer, un film réalisé dans une cave entre potes ? Si la métaphore est souvent utilisée pour caractériser les films avec low budget tournés entre amis, ici elle est à prendre au pied de la lettre.

« Une mise en scène et une réalisation volontairement apathiques, comme un acte de rébellion du personnage envers le reste du monde. »

Joel Potrykus vous propose de vous plonger de nouveau (ou pour la première fois pour les plus jeunes) en 1999, à la veille du passage à l’an 2000. Un appartement délabré, sale, puant et infesté, dont on imagine l’odeur nauséabonde simplement par l’image. Deux frères, l’un joue à la Nintendo 64 pendant que l’autre lui impose des challenges et le ridiculise par la parole lorsqu’il n’en arrive pas au bout. Porté par ce qu’il lui reste de fierté Abbie décide d’accepter l’ultime challenge imposé par son frère : ne pas se lever du canapé tant qu’il n’a pas accédé au niveau 256 du jeu PAC-MAN ! La suite ? Avec la courte description faite ci-dessus vous la connaissez surement. Réside en Relaxer la volonté de faire un film qui ne ressemble à aucun autre, tout en traitant de manière sous-jacente de plusieurs types de folies. Une folie fondamentalement humaine ici caractérisée et développée au travers des deux personnages principaux que sont Cam et Abbie. D’un côté la folie d’un homme dont l’emprise envers son frère se résume à le brutaliser et de l’autre, la folie d’un second, tout aussi inconscient, mais porté par l’envie de ne plus se faire ridiculiser et brutaliser par les mots à son encontre. Une folie humaine insensée sur le papier, mais qui fait sens grâce au jusqu’au-boutisme dont fait preuve le scénario. Un scénario qui se résume fondamentalement à être une métaphore exagérée et absurde de la folie qui régnait dans toutes les inconsciences humaines à la veille du passage à l’an 2000. Aucune morale, aucun propos à en tirer, mais une histoire qui se tient et retient le spectateur jusqu’au dernier plan, malgré un ventre mou qui aurait mérité d’être dynamité à l’aide de nouvelles idées de mise en scène.

Véritable huis clos où le décor devient rapidement un personnage à part de l’histoire et avec lequel Abbie, entre autres, va devoir interagir pour survivre, Relaxer est un pur film de mise en scène. Si les paroles sont nécessaires à un moment donné afin de contextualiser l’histoire et de lancer l’action, elles deviennent rapidement secondaires. Ce sont les actes qui importent. Ce que Abbie va faire, ce qu’il va être capable de faire ou non. Joel Potrykus s’amuse avec les situations et avec ce personnage qui a envie d’aller au bout de ce challenge. Le temps n’existe plus, seule la lumière est là pour nous guider et nous faire comprendre si l’on est de jour ou de nuit. Une lumière assez bien gérée et qui permet au film d’avoir une réelle diversité colorimétrique et donc d’enrichir la direction artistique, mais c’est à ce stade que l’on remarque un certain manque au film. Un manque de dynamisme, tant dans l’éclairage que dans la réalisation. À l’instar du cinéma actuel, Relaxer est un film qui prend son temps et le cinéaste Joel Potrykus filme l’inaction tel un acte de révolte.

Les plans-séquences sont nombreux, souvent fixes ou ponctués par de longs panoramiques gauche/droite ou droite/gauche. Ça instaure un climat et une ambiance au film tout en racontant quelque chose sur le personnage concerné, mais à cela il faut ajouter des éléments dynamiques. Surtout lorsque la mise en scène se veut aussi volontairement lente. Un éclairage dynamique et/ou une bande originale pêchue pour ne pas endormir le spectateur. D’où l’arrivée progressive d’un ventre mou au milieu du film, avant que ne surgissent des personnages secondaires qui vont apporter une fraîcheur au film et l’emporter vers un climax aussi déjanté qu’on le souhaitait. Relaxer est un film  nul autre pareil. Une œuvre où l’inaction devient un acte de rébellion. Une œuvre singulière, un huis clos où l’insalubrité de l’unique décor est telle, qu’elle vient titiller les narines d’un spectateur qui a de quoi être rapidement dégoûté par ce qu’il voit. Un film volontairement sale et lent, porté par de lents mouvements de caméra et une mise en scène apathique. Malheureusement une fois l’effet de surprise estompé, apparaît une certaine lassitude qui aurait pu être évité avec un travail accentué sur la lumière, la musique ou encore la réalisation. Changer de concept, partir complètement en vrille afin de réveiller le spectateur et lui mettre un coup de pied au cul. Ce qui arrive néanmoins lors d’un climax aussi attendu que jubilatoire. À noter la superbe prestation des acteurs Joshua Burge et Amari Cheatom, tous deux exceptionnels.


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