RBG réalisé par Betsy West et Julie Cohen [Sortie de Séance Cinéma]

Synopsis : « À 85 ans, Ruth Bader Ginsburg est devenue une icône de la pop culture. Juge à la Cour Suprême des Etats-Unis, elle a construit un incroyable héritage juridique. Guerrière, elle s’est battue pour l’égalité hommes/femmes, et toutes formes de discrimination. Son aura transgénérationnelle dépasse tous les clivages, elle est aujourd’hui l’une des femmes les plus influentes au monde et le dernier rempart anti-Trump. Betsy West et Julie Cohen nous font découvrir la fascinante vie de celle que l’on nomme désormais “Notorious RBG”. »


Les lumières de la salle de cinéma s’allument, tu te repositionnes sur ton siège pour avoir fière allure parce que la position “je m’installe comme à la maison” ce n’est pas trop ça, et là, ton ami(e) se retourne vers toi et te pose la question fatidique…

Portrait pop de la juge de la Cour Suprême, RBG conte la vie passionnante de Ruth Bader Ginsburg, une star sans le vouloir. Surnommée the Notorious R.B.G en hommage au rappeur Notorious B.I.G, elle apprécie ce surnom au regard des nombreux points communs qu’elle partage avec le rappeur. Voilà résumé le personnage : de l’humour, de la force et un décalage certain. Une voix surtout dissidente alors qu’elle semble vulnérable quand on la rencontre. Et elle défend inlassablement les plus faibles, les minorités et se bat toujours pour le respect de la Constitution. Dans ce documentaire épatant, les deux réalisatrices (Betsy West et Julie Cohen) dépeignent le parcours d’une femme portée aux nues par son mari et qui a réussi à devenir l’une des neuf personnes les plus importantes dans le pays. Aux USA, être membre de la Cour Suprême, c’est être membre de la dernière institution qui permet au peuple de se voir garantir sa liberté en lien avec la Constitution. Cette instance a agi dans tous les procès évoquant les discriminations. Avec RBG, les réalisatrices font le pari de dépeindre l’évolution des USA via le parcours d’une femme discrète, travailleuse acharnée à l’opinion bien tranchée. Un parcours qui épouse les combats pour les minorités invisibles devenues des voix fortes aux USA. Les femmes tout d’abord puis la communauté afro-américaine, les Latinos et la communauté LGBTQ. Ruth Bader Ginsburg fait partie des 5 juges votant l’abrogation du mariage traditionnel aux USA entre un homme et une femme pour l’ouvrir aux personnes de même sexe.

Bien plus qu’une narration chronologique, les deux réalisatrices esquissent le portrait d’une femme placée au bon endroit au bon moment, alors qu’elle ne demandait pas tant d’honneur. Sa rencontre avec son mari Marty sera l’élément déterminant dans la construction de son parcours. Bien qu’élevée à la dure par ses parents, Ruth Bader Ginsburg sait qu’elle devra s’imposer pour réussir. En rencontrant Marty, elle va recevoir un soutien inattendu : celui d’un homme qui va la pousser à devenir l’une des voix qui comptent en Amérique. Par l’intermédiaire de rencontres, d’interview de femmes majoritairement et de ses camarades de la Cour Suprême, loin d’être tous progressistes, une femme des temps modernes apparaît. Et le plus fort de ce travail méticuleux de rencontres, d’images d’archives, d’échanges, est que l’histoire de Ruth épouse les évolutions des USA comme si elle était à la manœuvre des grands jugements qui vont faire tomber les discriminations. Ruth Bader Ginsburg ne cache rien dans ce documentaire : son parcours, ses erreurs, ses fiertés. Telles ses enfants et petits-enfants pour qui elle a conservé une énergie intacte. CEs derniers leur témoignent d’un amour inconditionnel alors que RBG appartient au peuple. Enfin, elle permet de découvrir certains rituels comme les coquetteries qui font que la robe du juge de la Cour Suprême permet de comprendre les résultats des décisions du vote collégiale avec lesquelles elle est en accord ou non.

Portrait d’une juge de la Cour Suprême, pop et décalée, surtout progressiste, RBG est aussi le reflet des combats sous Trump : une voix qui compte dans l’Amérique d’aujourd’hui. Alors libre de parler, de penser et d’agir ? Pas toujours… ainsi en 2016, elle aura cette sortie remarquée contre le candidat Trump : “il est un imposteur”. Dès ce moment, elle perd certain de ses soutiens. Dans un pays où cette femme libre a érigé la possibilité pour toutes et tous de s’élever et vivre selon ses goûts, émettre un jugement de valeur sur un candidat amené potentiellement à diriger l’État est une sortie inacceptable. La juge de la Cour Suprême doit défendre la Constitution, la sauvegarder, la protéger donc ne pas intervenir publiquement dans le choix du peuple… Aussi cette sortie contre Trump bien que logique, fut mal accueillie. Et bien que des excuses aient été formulées, elle n’a pas démissionné pour autant. Malgré elle ou grâce à elle, elle est devenue une voix dissidente du pays alors pourquoi se priver de cette voix-là.  Âgée aujourd’hui de 85 ans, elle reste à la Cour Suprême pour accomplir un travail d’opposante. Peut-elle démissionner ? Elle en a le droit… mais elle déclare dans ce documentaire avoir encore tant à accomplir. Quand elle ne sera plus capable d’exercer son métier de juge alors elle retirera. Sauf si la Mort décide de l’emmener avec elle avant son choix personnel de quitter ce poste. RBG est le portrait d’une femme simple, volontaire, courageuse : un petit bout de femme dont la voix résonne dans la Amérique actuelle alors que le pays sombre dans l’intolérance. Un documentaire nécessaire et épatant.


« Portrait d’une juge de la Cour Suprême, pop et décalée, surtout progressiste, RBG est aussi le reflet des combats de l’Amérique sous Trump. »


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