Phantom Thread réalisé par Paul Thomas Anderson [Sortie de Séance Cinéma]

Synopsis : « Dans le Londres des années 50, juste après la guerre, le couturier de renom Reynolds Woodcock et sa sœur Cyril règnent sur le monde de la mode anglaise. Ils habillent aussi bien les familles royales que les stars de cinéma, les riches héritières ou le gratin de la haute société avec le style inimitable de la maison Woodcock. Les femmes vont et viennent dans la vie de ce célibataire aussi célèbre qu’endurci, lui servant à la fois de muses et de compagnes jusqu’au jour où la jeune et très déterminée Alma ne les supplante toutes pour y prendre une place centrale. Mais cet amour va bouleverser une routine jusque-là ordonnée et organisée au millimètre près. »

Les lumières de la salle de cinéma s’allument, tu te repositionnes sur ton siège pour avoir fière allure parce que la position “je m’installe comme à la maison” ce n’est pas trop ça, et là, ton ami(e) se retourne vers toi et te pose la question fatidique…

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Du haut de ses 47 ans et de la façon dont en parle une communauté de cinéphiles aguerris dont nous faisons partie, Paul Thomas Anderson semble être un cinéaste parmi les plus grands. Une image, une renommée prouvant qu’il ne faut pas avoir à son palmarès une filmographie comptant trente à soixante films pour être reconnue à sa juste valeur. Paul Thomas Anderson c’est en 2018, quatre courts métrages, 8 huit longs métrages, et ce, en l’espace de trente ans. Ce n’est rien comparé aux monstres qui lui font face, mais c’est tout autant qu’un Quentin Tarantino et comparé à ce dernier, aussi cinéphile et talentueux soit-il, Paul Thomas Anderson représente une communauté de puristes bien plus assidus. Le patronyme de ce n’est pas reconnu tel un Tarantino, que tout à chacun connaît grâce à des films ou des discussions abordant le cinéma, mais son savoir-faire l’est par les connaisseurs, et ce n’est pas à omettre ou reléguer au second plan. Paul Thomas Anderson est sur une autre planète, et que l’on aime ou non son cinéma, il est respecté par ses tiers qui reconnaissent son savoir-faire absolument prodigieux. Parce que le cinéma et la critique plus particulièrement, est affaire de subjectivité, je n’aime pas tous les films que compte la filmographie du cinéaste américain et notamment son Inherent Vice. Trop long, boursouflé et confus sur certains points, mais il n’en demeure pas un film jubilatoire à voir ou analyser. Une oeuvre audiovisuelle d’une maîtrise et d’une cohérence parfaite sur chacun des points qui la comporte. Et il en va de même pour chacun des films signés: Paul Thomas Anderson. Le sujet, l’époque et les personnages ne m’étaient pas suffisamment proche dans leurs tourments que des Freddie Quell (The Master, 2012), Dirk Diggler (Boogie Nights, 1997)ou encore Frank T.J. Mackey (Magnolia, 1999). Phantom Thread ne déroge pas à la règle est demeure un pur « A Film by Paul Thomas Anderson », même s’il ose de nouvelles choses, permettant au cinéaste de ne pas se reposer sur ses acquis.

La fin d’une ère pour un nouveau commencement. Annoncé comme le dernier film dans lequel jouerait l’acteur oscarisé à trois reprises (1990 pour My Left Foot, 2008 pour There Will Be Blood et 2013 pour LincolnDaniel Day Lewis, il ne serait aucunement surprenant que ce soit véritablement le cas. Phantom Thread est une oeuvre élégante et qui paraît légère et douce grâce à une colorimétrie assez terne qui mise essentiellement sur des couleurs qui n’agressent pas la rétine. Du blanc, du blanc cassé, le gris et le kaki sont les couleurs qui viennent en tête lorsque l’on songe au film alors que fondamentalement, chaque plan dispose avec parcimonie quelques touches de couleurs allant du bleu au rose et en passant par le violet. Mais elles ne sont pas mises en lumière afin quelles paraissent vivent, mais ne sont que des petites touches à l’image d’un raccord qui serait effectués sur une robe. Le ratio utilisé (1.85) n’écrase pas l’image par des bandes noires horizontales et les focales utilisées, majoritairement courtes, n’écrasent pas perspectives, adoucissant une fois de plus le film sur son aspect visuel. Un travail visuel somptueux et en adéquation avec l’éclairage et la gestion des sources de lumière, jamais dirigées vers l’image et donc vers le spectateur. Des lumières intradiégétiques tamisées, d’un orange naturel qui vient donner du cachet à l’image et apporter la chaleur amoureuse et brutale que ne peut amener le protagoniste. Une imagerie en corrélation avec le monde qui sert de background au film, celui de la haute couture, mais en opposition avec la personnalité de celui autour duquel tourne l’histoire: Reynolds Woodcock incarné par Daniel Day-Lewis.

Couturier de renom comme le stipule le synopsis, Reynolds Woodcock est quelqu’un d’élégant, de raffiné, mais qui est également maniaque et imbu de sa personne. Il aime la solitude, avoir son havre de paix pour travailler et qu’on ne le dérange sous aucun prétexte, sans pour autant être oublié ou mis de côté, bien au contraire. Reynolds Woodcock est un homme complexe, un homme qui a du caractère, une forte personnalité, mais également fantomatique lorsqu’il le désire. Grâce à une direction d’acteur précise et surtout à un acteur, Daniel Day-Lewis, qui joue majoritairement sur l’intériorisation des sentiments et un panel extrêmement réduit d’expressions, tant faciales que corporelles, Reynolds Woodcock dépasse rapidement le stade de simple personnage de film. Il prend littéralement vie sous les yeux du spectateur, sans que ce dernier ne sache véritablement s’il aime ou le déteste, grâce à des nuances et cette ambivalence entre un égocentrisme détestable et la démonstration d’avoir envie d’essayer d’aimer et rendre heureuse celle avec laquelle il partage sa vie. Une caractérisation qui dépeint sur l’atmosphère que dégage le film dans sa généralité, car appuyée par une bande originale omniprésente, aussi étouffante et grinçante que douce et attendrissante. Une bande originale signée Jonny Greenwood d’une beauté folle, qui retranscrit avec perfection les nuances du protagoniste, et donc sa partie détestable, faisant donc du film une œuvre aussi détestable que magnifique. Démonstration qui fonctionne également en prenant en considération le personnage principal féminin incarnée par Vicky Krieps, qui n’est autre que son homologue féminin. Puisque oui, Phantom Thread est une romance. Un film d’amour dur, brutal, mais sincère et d’une beauté admirable grâce à l’attachement des personnages principaux l’un à l’autre, et à leur démonstration d’un besoin existentiel d’être liés.

Phantom Thread est une oeuvre Andersonienne sous toutes les coutures même si elle recèle dans sa doublure quelques secrets. Une oeuvre qui prend son temps, au scénario qui s’applique à faire vivre ses personnages secondaires qui ont du caractère, des choses à raconter et un véritable background (personnages secondaires féminins brillamment interprétés par  Vicky Krieps et Lesley Manville), et qui cinématographiquement, frôle la perfection. De longs tracking shots, la caméra se meut dans les décors suivant les actions et directions prises par les personnages. Très renfermé, à l’image de sont protagoniste, les plans sont moins longs et exubérants, mais toujours subtils, élégants et justifiés par l’action, les rendant invisibles si le spectateur ni porte pas attention et se laisse bercé par la mélodie des images. Cependant, Phantom Thread demeure le film le plus calme à ce niveau avec beaucoup de plans fixes et de “simples” champs/contrechamps. En rien un mal, ces derniers étant justifiés et utiles à l’avancée du récit et au développement des personnages. Phantom Thread est un film de maniaque, un film de cinéphile et de puristes, que certains détesteront, mais que d’autres adoreront pour les exacts mêmes points. Une oeuvre cinématographique dont on sort ne sachant quoi penser sur le coup, à l’image de la perception que l’on se fait du protagoniste, mais qui a force de maturité dans notre esprit ne fait que grandir et prendre en estime. Paul Thomas Anderson est indéniablement un grand, qui réalise des films majestueux qui ne plaisent pas toujours sur le coup, qui font ressentir des émotions éparses, mais qui restent dans les mémoires. Et ce Phantom Thread semble bien parti pour devenir un futur très grand dans la nôtre de mémoire.


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