Nous Sommes les Autres réalisé par Jean-François Asselin [Sortie de Séance Cinéma]

Synopsis : « Un homme disparaît subitement. La nature ayant horreur du vide, Frédéric Venne, Myriam et Robert Laplante, voudront transformer leur vie pour remplir cette place vacante. Est-ce pour combler le vide de leur propre existence ? »


Les lumières de la salle de cinéma s’allument, tu te repositionnes sur ton siège pour avoir fière allure parce que la position « je m’installe comme à la maison » ce n’est pas trop ça, et là, ton ami(e) se retourne vers toi et te pose la question fatidique…

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Xavier Dolan, Denis Villeneuve pour la première partie de sa carrière, ou encore Denis Arcand, voici les trois noms de cinéastes québécois que les spectateurs français peuvent et connaissent certainement. À l’image du cinéma français, danois, anglais ou encore espagnol pour ne citer qu’eux, le Québec possède son lot de cinéastes, comédiens et techniciens de talent. Lorsque ce ne sont pas les distributeurs qui sont réticents à l’idée d’importer certaines œuvres cinématographiques, ce sont les producteurs américains qui viennent récupérer les talents du pays en question. En subsiste un cinéma qui résiste envers et contre tous, mais qui n’est, à l’image d’autre, pas suffisamment reconnu au travers le monde. Profitons de notre longue escapade montréalaise afin de ramener auprès des spectateurs et cinéphiles français intéressés, des avis et commentaires sur des films qui ne verront certainement pas le jour dans les salles obscures. Après avoir parlé de cinéma de genre avec Les Affamés réalisé par Robin Aubert, et avant d’en venir au film Tadoussac réalisé par Martin Laroche, attardons-nous sur un certain Nous Sommes les Autres, premier long-métrage signé Jean-François Asselin. Réalisateur de la récente série Plan B, Jean-François Asselin n’en est donc pas à son premier coup d’essai, mais le passage au long-métrage est toujours un exercice périlleux.

L’exercice d’écriture et/ou de réalisation d’épisodes de séries télévisées n’est pas le même, il est tout aussi complexe, et si l’on cherchait la comparaison, on irait du côté du court-métrage, déclarant que passer de la série télévisée au long-métrage revient à passer du long-métrage au court-métrage. Il faut aller à l’essentiel, faire plus court et ne pas s’épancher sur de simples détails ou personnages futiles, pour avoir un déroulement fluide et correct de l’histoire. S’il remplit avec brio le cahier des charges, le long-métrage réalisé par Jean-François Asselin pêche par ses quelques longueurs que l’on ne pourrait cependant pas critiquer ouvertement. Des longueurs que ressent le spectateur à cause de moments de flottement, de plans où le silence est d’or, mais des plans, des silences et des flottements nécessaires à l’instauration d’une ambiance et au bon développement du suspense. Nous Sommes les Autres est un film à suspense tel qu’un certain David Fincher pour les Américains, aime le faire. Véritable jeu de faux-semblants, le film Nous Sommes les Autres conte l’histoire de Myriam qui en rentrant de son jogging va se rendre compte que sa maison a été cambriolée et son mari disparu. Le début d’une enquête dont la disparition de l’homme est l’élément déclencheur, sans qu’il n’en soit pour autant l’aboutissement. Si l’on s’intéresse au départ à cet homme et à ce qu’il a bien pu lui arrivé, ce questionnement va être relégué au second plan par l’arrivée de deux personnages masculins dont les destins vont être bousculés. Pris dans un engrenage infernal, par ce qui, pourrait sembler être un piège qui se referme doucement sur des proies dociles et malléables à la guise du chasseur.

Plus qu’un simple scénario à enquête, le scénario du film Nous Sommes les Autres s’intéresse à l’humain et à la psychologie de l’homme. Jusqu’à quel point peut-on manipuler un humain de sexe masculin et comment savoir s’il est question de manipulation ou non ? Nous Sommes les Autres est un film qui sait maintenir son suspense, et qui, grâce à la belle caractérisation de ses personnages et au travail riche et approfondi des rapports qu’ils entretiennent les uns avec les autres, maintient le spectateur en haleine d’un bout à l’autre. Certaines pistes s’offrent au spectateur, mais il n’est jamais certain que sa réponse sera la bonne, jusqu’au plan final. Plan final qui, de par ailleurs, peut laisser place à l’interprétation de tout à chacun même si, il est fortement (et peut-être trop) évocateur. Un scénario malin, au suspense accrocheur et bien travaillé, même si, on lui reprochera de se disperser avec un troisième personnage (incarné par Jean-Michel Anctil) aux enjeux plus évasifs. Comme une impression de personnage ajouté suite à un premier jet auquel il manquait un personnage dont l’histoire et la psychologie puissent être plus proches de celle d’un spectateur lambda, à la vie simple et posée.

Au delà de ce scénario, fondamentalement bon, Jean-François Asselin étonne et épate avec un premier long-métrage visuellement somptueux. Un éclairage magnifique, fortement contrasté qui appuie les ombres, rendant les noirs plus obscurs et profonds; une colorimétrie terne qui alterne entre un froid légèrement bleuté et des tons plus chauds (costumes noirs, pull ocre…) et sombres, en parfaite cohérence avec la séquence en question et la torpeur psychologique des personnages; ainsi qu’un cadrage géométrique et finement adapté au filmage en cinémascope afin de jouer au maximum sur l’horizontalité et la profondeur de champ. On remarquera cependant un effet anamorphique sur les bords du cadre. Un effet qui amplifie l’aspect surréaliste du récit, mais pourrait surtout déranger l’œil du cinéphile avisé. Malgré ce détails qui n’en dérangera que certains, sur le plan visuel, le film ne laisse pas de marbre et au-delà d’être superbe à regarder, cette imagerie parfaite vient embellir le propos et l’ambiance froide, malsaine, de l’œuvre dans sa globalité. Même si pas parfait et critiquable sur divers éléments, Nous Sommes les Autres n’en demeure pas moins un thriller haletant, visuellement magnifique, excellemment mis en scène et aux personnages incarnés avec brio par des acteurs habités. Emile Proulx-CloutierPascale Bussières et Jean-Michel Anctil en tête. Trois acteurs impressionnants, qui ne jouent pas, mais incarnent littéralement leurs personnages respectifs. Un casting de grande qualité pour un thriller qui l’est tout autant.

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