[INTERVIEW] Nicolas Hugon – Atomic Ed et le cinéma de genre en France

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Synopsis : “Alors que sa petite ville est plongée dans l’horreur, à cause d’un mystérieux tueur en série, Ed, à l’aube de l’âge adulte n’a d’yeux que pour Julia. Mais lorsque le danger frappe à sa porte, Ed n’a pas d’autres choix que de prendre ses responsabilités et une arme improvisée pour devenir celui qu’il a toujours rêvé d’être.”

Le cinéma de genre fantastique n’est pas le cinéma le plus courant en France. Le cinéma de genre est présent, mais se trouve être cruellement minoritaire. Subsistent quelques exceptions qui nous prouvent que l’on a des réalisateurs talentueux en France. Alexandre Aja, Benjamin Rocher ou encore Éric Hannezo dernièrement avec son très bon Enragés ont réussi à percer, mettre en scène et sortir dans un large panel de salles obscures leurs films de genre respectifs. Malheureusement, on se rend compte que pour faire les films qu’ils souhaitent, les metteurs en scène français doivent s’exiler ou faire appel à des boîtes de productions internationales. Difficile de faire un film de genre 100% français.

À l’heure où le cinéma français est mené à la baguette par des comédies populaires majoritairement inintéressantes et dont l’audace s’avère tout aussi inexistante qu’une bonne vanne, pour voir un bon film de genre il faut aujourd’hui se tourner vers internet. Internet et son nombre conséquent de jeunes réalisateurs qui se servent de ce média pour venir à la rencontre de leur public. Sortir quelques petits courts-métrages avant de se lancer dans un projet de plus grande envergure. C’est le cas du jeune metteur en scène Nicolas Hugon. Réalisateur et co-réalisateur des films Game of the Dead et Seul à Seul, c’est le cinéma de genre qui l’intéresse et auquel il s’attaque. Du cinéma fun, décomplexé et complètement barré.

Pour sa nouvelle réalisation, Nicolas Hugon s’attaque à une oeuvre plus ambitieuse comme nous le démontrent les informations distillées sur la page Ulule du projet (voir la page). Parce que oui, pour faire un court-métrage ambitieux il faut des moyens et pour faire du cinéma de genre, il faut faire appel à ceux qui l’aime. Atomic Ed, où le film dans lequel le protagoniste va faire de raquettes de tennis des armes mortelles pour lutter contre le danger qui menace sa ville ! Avec un tel synopsis et un tel teaser, comment ne pas vouloir en voir plus. Afin d’en savoir plus sur cet intrigant projet, ainsi que sur celui qui en est la tête pensante, nous avons interviewé son réalisateur : Nicolas Hugon. Ce fut l’occasion de parler du projet Atomic Ed, mais également du cinéma de genre et des films qui ont pu l’inspirer.

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CinéCinéphile (Kevin)Comme pour tout bon début d’interview, peux-tu rapidement te présenter pour les lecteurs ?

Nicolas Hugon – Nicolas Hugon, 36 ans, réalisateur. J’ai grandis en région parisienne, passionné de cinéma avec un fort attrait pour le genre fantastique et je réalise des courts-métrages depuis mon enfance.

Avec l’arrivée du numérique et la démocratisation des moyens de production, j’ai eu l’opportunité de faire de la création d’images mon métier en réalisant clips, teasers, et films de communication tout en continuant de développer des projets plus personnels.

 

CC – Passionné par le cinéma, as-tu un parcours particulier (fac, école…) ou es-tu complètement autodidacte ? 

NH – J’ai appris et je continue d’apprendre le cinéma en regardant des films, des making-of et surtout en essayant moi-même d’en faire… Je n’aurais jamais pensé en faire mon activité professionnelle, pour moi ce n’était qu’un hobby avec lequel je me faisais plaisir ce qui dans mon esprit était incompatible avec la notion de “métier”. Avec deux potes, Mathieu Lesueur et Bertrand Chanal on a fini par créer notre boite de prod, La Casquette Productions (voir le site internet de la boîte de prod).

 

CC – Sur tes deux précédents films, tu étais scénariste en plus d’être réalisateur, est-ce une étape à laquelle tu tiens personnellement ou pourrais-tu dissocier l’écriture de la réalisation ?

NH – Je ne suis en aucun cas scénariste! J’aime mettre mon nez dans l’écriture du scénario, l’orienter vers quelque chose que j’ai envie de montrer au spectateur… Mais je préfère laisser le plus gros du boulot d’écriture à quelqu’un de compétent dans ce domaine. Il se trouve que je l’ai trouvé en la personne de Cyril Delouche, un ami d’enfance qui a un réel talent dans ce domaine, autodidacte comme moi. On discute énormément des situations, des thèmes et des directions qu’on veut prendre, mais la plupart du temps il bosse seul et je me contente de lui faire des retours.

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CC – En regardant tes deux précédents films que sont Game of the Dead et Seul à Seul, on observe que tu conserves un ton décalé, tout en réussissant à le nuancer. L’on reste dans du film de genre fun et décomplexé, sans sombrer dans la redondance. Avec Atomic Ed, quel est ton objectif ? Retour au gore explosif du premier cité ou à “l’absurdité” (personnages loufoques…) du second ?

NH – C’est vrai que j’ai un peu trop tendance à aborder mes films avec un ton puéril et rigolard. J’aime avant tout amuser le spectateur et c’est ce que j’ai fait jusqu’à présent d’une manière plus ou moins réussie…

Avec Atomic Ed, j’ai d’autres envies, le film aura moins le côté  “blague potache” que les précédents. Il sera aussi beaucoup plus sombre, mais je veux garder le côté “fun et décomplexé” comme tu l’as si bien résumé.

L’autre but du film est aussi d’ancrer un univers fantastique dans une banlieue française en évitant d’essayer de faire du cinéma américain, mais en essayant de trouver une identité inédite,  apporter un truc nouveau en bref.

 

CC – Le cinéma de genre fantastique est un genre complètement invisible en France, tout du moins dans les cinémas français. Seuls les passionnés réussissent à le faire (sur)vivre, mais les metteurs en scène français de talent que l’on peut avoir doivent partir à l’étranger pour pouvoir vivre de leur passion. À ton avis, pourquoi le public français est-il réticent envers ce cinéma ?

NH – Nous sommes nombreux à nous poser la question de savoir pourquoi ce cinéma-là ne trouve pas sa place en France alors qu’il a l’air d’être apprécié à l’international.

Je ne saurais donc pas te répondre, en tout cas c’est certain qu’il y a un souci qui vient de la distribution de ces films, mais cette frilosité des distributeurs et des producteurs vient du nombre de flops qu’il y a eu ces dernières années avec les sorties de ce genre de films en France. C’est une sorte de cercle vicieux dont il faut absolument qu’on sorte, et j’ai bon espoir qu’on y arrive très prochainement.

Il y a aujourd’hui tout un tas de projets qui arrivent à être produits et distribués en marge du système, avec les nouveaux acteurs que sont Netflix et consorts, mais aussi les plateformes de financement participatif et l’émergence des méthodes de Cinema guérilla portée par des passionnés. Je pense que le genre en France attend juste son prochain gros succès pour renaître de ses cendres et le public sera à nouveau au rendez-vous dans les salles où ailleurs !

CC – Finalement, ne serait-ce pas avant tout un problème lié aux financements et aux producteurs et sociétés qui n’auraient pas suffisamment confiance envers le genre ? Ulule, Kickstarter… le financement participatif est donc une bénédiction pour le genre.

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Haute Tension, réalisé par Alexandre Aja (2003)

CC – Il existe cependant quelques exceptions qui confirment la règle, comme Alexandre Aja, Pascal Laugier, Benjamin Rocher ou encore Éric Hannezo dernièrement avec son très bon Enragés (remake du film de Mario Bava). Des réalisateurs qui te plaisent généralement et dans lesquels tu retrouves ta passion pour ce même cinéma ?

NH – J’ai adoré Martyrs de Pascal Laugier, qui pour moi il a apporté un truc qu’on avait jamais vu même dans le cinéma ricain! Il a été au bout de son délire sombre sans concession et c’est pour moi ce qui a fait le succès du film.

Alexandre Aja, c’est un peu un modèle pour moi, c’est un amuseur, il fait du cinéma fun super plaisant pour le spectateur et poursuit une carrière qui fait rêver. Je l’adore!

Benjamin Rocher est pour moi dans cette même vague de cinéma amusement et son parcours que je suis depuis ses débuts est super intéressant.

Je n’ai pas encore vu le film de Éric Hannezo, je vais essayer de rattraper ça au plus vite!

Bien sûr, j’admire tous ces réalisateurs qui ont apporté leur pierre à l’édifice du cinéma de genre français avec leur identité.

Je citerais aussi Quentin Dupieux, qui lui est complètement à part et développe son truc bien à lui, un délire auquel j’adhère à 200%.

 

CC – Bien évidement j’ai parlé de Benjamin Rocher, car le rapprochement entre Atomic Ed et l’excellent Goal of the Dead se fait immédiatement. Était-ce pour toi une inspiration, plus ou moins proche ? Si tu as, ne serait-ce que vu le film, qu’en as-tu pensé ?

NH – C’est drôle que tu insistes sur Benjamin parce qu’on se croise de manière irrégulière et j’aime beaucoup la personne qu’il est.

On s’est rencontré la première fois sur le tournage du court métrage qui a servi à trouver les financements pour La Horde, “Rivoallan“, où je me suis retrouvé dans l’équipe déco…

J’ai beaucoup apprécié son côté sympathique et très accessible.

Apres j’ai aussi kiffé Goal of the Dead. Il a réussi avec ce film à faire du fantastique franchouillard! C’est-à-dire qu’il est parvenu à adapter un style ultra codifié et typiquement américain , le film de zombis, dans un contexte typiquement français, avec un humour bien français et des personnages qu’on aurait pu retrouver dans n’importe quelle comédie française. Pour moi c’est une réussite, et ils ont aussi innové sur leur système de distribution du film, en organisant une tournée de projos limitée avant une sortie en VOD, le genre de modèle inédit qui je l’espère fera des petits.

Après, c’est vrai, maintenant que tu me le dis que j’ai été inspiré par ce côté “film fantastique franchouillard”, ou en tout cas c’est ce vers lequel j’ai eu envie d’orienter Atomic Ed.

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CCLa question à un million : mais pourquoi les raquettes de tennis ?

NH – Ouh là, je ne sais même plus d’où ça vient! C’est une idée de Cyril Delouche, mon scénariste.

On adore tous les deux les personnages de bricoleurs/inventeurs comme Daryl dans Les Goonies, MacGyver et je pense qu’on est resté traumatisé par les séquences de bricolage de l’Agence tout Risque !

 

CC – Quels sont tes films fétiches, les films de genre qui t’ont inspiré pour ce nouveau projet et plus en général qui t’on donné envie de faire du cinéma de genre ?

NH – Y en a bien trop! Je suis encore traumatisé par l’exorciste que je ne peux pas regarder seul encore aujourd’hui bien que je l’adore! Ado, je vouais un culte à Peter Jackson (période Bad Taste et Brain Dead) et Sam Raimi (période Evil Dead), mais aussi à John Woo, d’ailleurs je pense que The Killer est mon film culte. Je peux aussi citer Robocop et Starship Troopers de Verhoven ou Une Nuit en Enfer de Rodriguez,  j’adore aussi Scorcese, Tarantino… J’ai des goûts assez classiques au final.

 

CC – Plus généralement, quels sont les derniers films que tu as vus et qui t’ont marqué ? VoD, DVD, Cinéma ou une série, ce qui te fait plaisir de nous partager !

NH – J’ai de plus en plus de mal à être marqué par des films… Mais récemment, je pourrais citer It Follows, Under the Skin, Green Room, The Witch… Souvent des films plutôt indés, j’ai de plus en plus de mal avec les gros films excepté Mad Max bien sûr qui m’a mis une grosse baffe.

En français, je te citerais, Comment c’est loin de Orelsan que j’ai trouvé vraiment sympathique.

 

CC – Merci d’avoir pris le temps de répondre à mes questions et courage pour la production et le tournage du film Atomic Ed que l’on va attendre de pied ferme !”

NH – Merci à toi, on va faire de notre mieux!


Pour ceux qui sont intéressé, la page Ulule du projet Atomic Ed est d’actualité et ce, jusqu’au 22 juillet compris. N’hésitez pas à aller voir les anciens projets auquel à pu participer Nicolas Hugon et qui sont disponibles sur Vimeo ou encore Dailymotion.

voir page Ulule du film

voir le court-métrage Seul à Seul

voir le court-métrage Game of The Dead



 

Affiche Teaser du film Atomic Ed

Affiche atomic ed light

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