Never Rarely Sometimes Always, faire corps avec son personnage féminin

Synopsis : « Deux adolescentes, Autumn et sa cousine Skylar, résident au sein d’une zone rurale de Pennsylvanie. Autumn doit faire face à une grossesse non désirée. Ne bénéficiant d’aucun soutien de la part de sa famille et de la communauté locale, les deux jeunes femmes se lancent dans un périple semé d’embûches jusqu’à New York. »


Les lumières de la salle de cinéma s’allument, tu te repositionnes sur ton siège pour avoir fière allure parce que la position “je m’installe comme à la maison” ce n’est pas trop ça, et là, ton ami(e) se retourne vers toi et te pose la question fatidique…

Grand Prix du Jury (Ours d’Argent) à la Berlinale 2020, Never Rarely Sometimes Always est le troisième long métrage écrit et réalisé par Eliza Hittman, après It Felt Like Love en 2013, Beach Rats en 2017, ainsi que les épisodes 5 et 6 de la deuxième saison de la série Netflix : 13 Reasons Why en 2018. La cinéaste américaine poursuit son étude de la féminité adolescente, entamée avec It Felt Like Love qui questionnait la sexualité de son personnage féminin en pleine construction de son identité. On y suit deux adolescentes, Autumn (Sidney Flanigan, une révélation) et sa cousine Skylar (Talia Ryder), habitantes de la Pennsylvanie qui entame un road-trip jusqu’à New York pour qu’Autume pratique un avortement face à sa grossesse non désirée. Le long métrage prend alors la forme d’un véritable périple pour Autumn et sa cousine, perdue au milieu d’une ville immense, filmé à l’échelle d’une jeune adolescente. 

Dans la continuité de ses deux précédents films, Eliza Hittman dresse un portrait politique et social de ce qu’est d’être une adolescente dans l’Amérique actuelle. Never Rarely Sometimes Always est un projet de longue date pour la cinéaste. Poussée à réaliser ce troisième film par l’investiture de Donald Trump en 2017, juste après la réalisation de son deuxième long métrage, Beach Rats. Procédé déjà à l’œuvre dans son premier film, mais poussé ici à son paroxysme, Eliza Hittman filme son actrice au corps, au plus proche de son intimité et se limitant au champ de vision de son personnage féminin dont le visage est filmé sans cesse en gros plan.

Outre la dimension politique et militante, discrète, mais bien présente, il est question d’un cinéma organique où la cinéaste privilégie un filmage brut (en 16 mm), afin de capter l’intimité de son personnage. Selon ses mots. Le grain de la pellicule amplifie les textures de son filmage, que ce soit la peau de son personnage qu’elle colle au corps, la sensualité d’un baiser, ou même la densité ambiante de la ville de New York. Un New York immense, en plein bouillonnement, plus vrai que nature et filmé ici à échelle humaine. Les deux adolescentes au centre de l’histoire, errent dans des environnements bruyants. Dans le métro new-yorkais, dans les rues bondées où ressort la pauvreté de Brooklyn en quelques plans, ou encore le climat ambiant de la communauté religieuse lorsque la cinéaste filme un groupe de manifestants devant une clinique pratiquant l’IVG. Un cinéma brut et organique qui n’est pas sans rappeler celui des Frères Safdie avec leur récent Uncut Gems (2019) où New York apparaît sous son jour le plus réaliste. Celui d’une ville éreintante qui transpire d’une misère sociale bien réelle. 

À travers son matériau brut, Eliza Hittman filme avant tout un corps féminin, celui d’une adolescente en quête d’émancipation. Le film fait corps avec son personnage, car c’est par lui que tout passe, qu’il s’agisse de la dimension intime ou politique. Un corps qui saigne, subit et encaisse les coups qu’elle s’inflige dans sa souffrance. La cinéaste tient à bras le corps son actrice sans jamais la lâcher, à l’image de cette scène d’interrogatoire bouleversante. Elle donne son titre au film : la cinéaste filme en gros plan une montée émotionnelle en crescendo sur le visage de son personnage, où se reflète le mal-être commun à des milliers d’adolescentes de l’Amérique actuelle. Le corps organique devient alors le vecteur d’un message politique et intimiste qui dresse le portrait de ce qu’est d’être une femme aux États-Unis, aujourd’hui. 

Plus abouti que ses deux premiers essais dans son dispositif de mise en scène, Eliza Hittman signe avec Never Rarely Sometimes Always un véritable uppercut dans le paysage du cinéma indépendant américain actuel. À travers un cinéma brut et organique qui fait corps avec son actrice, la cinéaste dresse avec Never Rarely Sometimes Always un portrait intimiste et politique de la féminité adolescente dans l’Amérique actuelle. Un bijou qui confirme le talent d’une cinéaste prometteuse. 


« Never Rarely Sometimes Always dresse un portrait intimiste et politique de la féminité adolescente dans l’Amérique actuelle. Un véritable bijou qui détonne dans le paysage du ciné indé américain actuel. »


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