Monsieur Link, un pas en arrière pour les productions Laïka ?

Synopsis : Monsieur Link est une créature surprenante, étonnamment intelligente et surtout incroyablement attachante. Dernier vestige de l’évolution humaine et unique représentant de son espèce, Monsieur Link se sent seul… Pour l’aider à retrouver ses parents éloignés, il approche l’explorateur Sir Lionel Frost, le plus grand spécialiste des mystères et des mythes. Accompagnés par l’aventurière Adelina Fortnight qui possède l’unique carte qui leur permettra d’atteindre leur destination secrète, ils se lancent dans une odyssée à travers le monde.

Fondé en 2005 par Philip Knight et Will Vinton, avant d’être repris par Travis Knight, PDG depuis 2009, Laïka a depuis su se faire une réputation au sein des amateurs du genre, mais également auprès d’un public beaucoup plus large. Coraline, ParaNorman, Les Boxtrolls puis Kubo et l’armure magique en 2016. Il aura suffi de quatre (pour ne pas dire deux, une réputation formée dès la sortie du somptueux ParaNorman avant de revenir en force en 2016) films au studio et à ses animateurs afin de s’implanter dans le milieu du cinéma d’animation. Aujourd’hui affublé d’œuvres qui usent et abusent du numérique, pour le meilleur comme pour le pire, Laïka prouve que l’animation est un genre qui peut utiliser le numérique avec parcimonie et simplement en guise de complément à une, ou plusieurs, autres techniques. Mise en exergue dans les années 90 avec la magnifique série Wallace & Gromit, la stop motion est une technique d’animation devenue populaire en ce temps auprès du grand public (mais existante depuis les années 30 pour ne pas dire avant). Une technique finalement plus proche du spectateur, car on sent la main des artistes à chaque nouvelle frame. Les quelques saccades dans les mouvements, des animations sommaires et des personnages qui ont de réelles gueules. On s’éloigne d’une certaine recherche d’hyperréalisme majoritairement recherchée par les studios qui usent du numérique, afin de se plonger dans du pur surréalisme.

Des œuvres aux styles artistiques et aux histoires fantastiques et surréalistes (palettes colorimétriques, action/réaction qui prônent le spectaculaire ou l’humour…), qui vont dégager de ce même surréalisme une certaine magie et poésie. Un tout embelli par l’aspect « homemade » de la stop motion dont on comprend avec une aisance incomparable, la difficulté de réalisation. Aardman Animations et Laïka sont deux studios qui prônent l’utilisation d’une même technique d’animation, mais qui ne sont en aucun cas comparables. L’un reste fidèle à ses habitudes avec un parti-pris enfantin et très familial, alors que l’autre plonge sans aucune peur dans le fantastique pur et dur, mettant en scène diverses mythologies et cultures qui ne nous sont peut-être familières. Deux points de vue qui se complètent afin d’offrir à la stop-motion toutes ses lettres de noblesse et de lui permettre d’atteindre un public qui n’aura jamais été aussi large. 2019 est l’année des retours avec un film Laïka et un film Aardman Animations. En attendant de découvrir la nouvelle aventure de notre mouton préféré, il est temps de partir à l’aventure aux côtés de l’explorateur Sir Lionel Frost. Écumer le monde à la recherche de créatures mythologiques dont on rêve tous intérieurement de voir de nos propres yeux, un jour où l’autre.

Une fois n’est pas coutume, Monsieur Link est une merveille d’animation. Tel qu’il a été expliqué précédemment, la stop motion fait encore et toujours des ravages. Elle est une technique qui a un charme qui lui est propre, cet aspect homemade qui persiste alors que les techniques d’animation permettent aujourd’hui d’avoir des animations extrêmement fluides et rapides. Les personnages bougent superbement, ils sont dynamiques, réactifs et grâce au modeling, il suffit d’un plan rapproché sur un visage afin de communiquer une émotion qui va créer une empathie immédiate entre le personnage et le spectateur. Si la stop-motion est réellement l’élément clé du film, la patte Laïka fait encore et toujours des merveilles dans la construction d’un univers par le biais d’une colorimétrie et de la composition des cadres. Une réalisation et un rythme de montage au service d’une histoire et d’une atmosphère. Chaque œuvre Laïka est en ce sens unique, car ils adaptent la technique en fonction de l’atmosphère que le réalisateur cherche à inculquer à son film. Changement complètement de registre après un Kubo et l’armure magique extrêmement vif, avec un Monsieur Link lent et nonchalant. Si l’histoire est toujours empreinte de fantaisie, elle se veut ici plus réaliste et surtout beaucoup plus bienveillante et universelle. Un public cible plus jeune, afin de leurs éduquer des valeurs saines et bonnes sur des notions fondamentales comme le vivre ensemble, le respect de l’autre et l’amitié.

Un film plus accessible et une morale bien plus prononcée. Si la beauté des productions fait toujours effet, Monsieur Link donne néanmoins l’impression d’un léger retour en arrière vis-à-vis des précédentes productions. Si elle sait ce faire spectaculaire et variée, la mise en scène a tendance à s’orienter davantage vers la deux dimension (personnages face à la caméra avec un arrière-plan derrière eux), offrant cette impression au spectateur d’avoir des personnages qui évolue sur un carton-pâte. La magie du cinéma fait ensuite son apparition, effaçant rapidement cette sensation grâce à de magnifiques panoramas, une colorimétrie riche et prononcée, ainsi que des décors variés qui font de Monsieur Link un réel film d’aventure pour les plus jeunes, mais cette impression demeure malheureusement lorsque l’on se remémore le film, jours et semaines après le visionnement. Il y a en ce Monsieur Link la recherche d’une fantaisie, propre à toutes les créations du studio. Mais une fantaisie inscrite dans une mythologie réaliste, fondamentalement cohérente avec cette volonté générale de faire un film qui parlera et plaira avant tout au jeune public. Si ce dernier sera ravi de ce qu’il découvre, émerveillé par les décors, par le design des créatures, par le rythme trépidant de l’aventure (qui oscille joliment entre action et humour), les cinéphiles et adultes devraient rester davantage de marbre et en retrait face à une œuvre moins inspirée et audacieuse que ce dont à quoi Laïka a pu nous habituer.


« Plus simple, plus accessible que Kubo et l’armure magique et ParaNorman, mais une générosité d’écriture et une beauté visuelle incroyable. »


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