Mistress America (Critique | 2016) réalisé par Noah Baumbach

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Synopsis : “Étudiante en première année dans une université de New York, Tracy se sent bien seule : elle ne fait ni les rencontres exaltantes auxquelles elle s’attendait, ni ne mène la vie urbaine trépidante à laquelle elle aspirait. Jusqu’au jour où elle est accueillie par sa future demi-soeur Brooke, New-Yorkaise pure et dure habitant à Times Square. Séduite par les extravagances de Brooke, Tracy découvre enfin le Manhattan dont elle rêvait…”

Dans le monde du cinéma indépendant américain, Noah Baumbach fait bonne figure. Sa carrière en tant que réalisateur a officiellement débuté en 1995 avec la sortie de son premier long-métrage, Kicking and Screaming. Mais c’est à partir de 2005 et de la sortie du film Les Berkman se Séparent, puis avec la sortie de Greenberg en 2010 qu’il s’est fait une image. L’identité Noah Baumbach a fait surface, délivrant des films humains portés sur des personnages aux vies tout à fait banales. Noah Baumbach cherche avec son cinéma à coller avec notre réalité. À faire transparaître chez ses personnages un flegme, un naturel permettant aux spectateurs de s’identifier. Une manière tout à fait originale de jouer avec le spectateur afin de l’atteindre et de l’émouvoir avec facilité. Frances Ha, paru en 2012 représente la quintessence du cinéma de Noah Baumbach. Un film naturel et flegmatique. À la fois drôle et émouvant, il fait voguer le spectateur au grès des émotions que fait transparaître Greta Gerwig, muse resplendissante du réalisateur américain. En 2015, le réalisateur avait déçu bien des spectateurs avec son While We’re Young. Chronique d’un couple dont la crise de la quarantaine va le pousser à s’identifier à un couple de jeunes amoureux. Un film foutraque et au ton beaucoup trop conventionnel et moralisateur pour toucher autant qu’avaient pu le faire les précédentes réalisations de Noah Baumbach. Neuvième réalisation et pas des moindres, Mistress America pointe le bout de sa pellicule au début de l’année 2016 dans les salles françaises, quelques mois à peine après la déception While We’re Young.

Pour ce nouveau long-métrage, le réalisateur opère un retour aux origines de son cinéma. Une envie de retrouver sa muse Greta Gerwig et de revenir à ce qui plaisait aux spectateurs, à savoir la vie étudiante et les tourments, l’insouciance de l’indépendance. La première étape du travail de Noah Baumbach avec ce long-métrage consiste à vulgariser son cinéma et plus particulièrement Frances Ha. L’intégralité de l’arc narratif consacré à la vie de Frances dans le film homonyme va être ici présent, mais vulgarisé sur 10 minutes. En l’espace de dix minutes, Noah Baumbach réussit par le biais d’un nouveau personnage et d’une nouvelle muse, à faire vivre aux spectateurs les moments doux et amer qui faisaient l’essence de son chef-d’oeuvre. Comme une mise en bouche. Plus que l’introduction d’un personnage et les présentations avec le spectateur, c’est l’introduction d’une nouvelle actrice dans le monde de Noah Baumbach, en attendant l’arrivée de celle qui a permis à son cinéma d’atteindre son apogée, Greta Gerwig. En amont, le spectateur s’est attaché à cette nouvelle actrice, la trouve sensible et touchante grâce à une mise en scène minimaliste. Elle est à l’image du spectateur, comme perdu au milieu d’une grande ville qu’il connaît à peine. Un personnage à l’opposé de sa demi-sœur qui la surplombe avec son énergie débordante et une vie sociale trépidante. Une opposition. La rencontre entre deux tempéraments, qui va être résumé en un seul plan. Un plan en contre plongée sur Time Square avec Greta Gerwig en son centre, en haut des marches et Lola Kirke en amorce. Un plan suffisamment limpide par sa mise en scène et son cadrage pour faire comprendre l’opposition et la complémentarité qui va pouvoir s’opérer entre les deux personnages. Lola Kirke souriante, en amorce, qui ne bouge pas, face à une Greta Gerwig souriante elle aussi, mais bien plus extravagante. Cette dernière prend le dessus par son énergie, sa détermination et son extériorisation. Une passation de pouvoir entre l’ancienne muse de Noah Baumbach qui n’a plus rien à prouver et Lola Kirke, nouvelle tête d’affiche, nouvelle muse du réalisateur. Il va lui falloir prouver qu’elle est tout aussi énergique et caractérielle pour lui tenir tête et réussir à faire passer Greta Gerwig au second plan. Ce qui n’est pas chose facile.

Mistress-America-Lola-KirkeMistress-America-Greta-Gerwig


Mistress America, c’est une passation de pouvoir entre deux muses. C’est également l’envie d’un réalisateur de ne pas chercher à faire qu’une simple redite du succès Frances Ha, tout en en reprenant la recette afin de contenter l’attente des spectateurs. L’envie de faire autre chose, tout en conservant la même tonalité, la même ambiance. Un moment centré sur Tracy, le personnage interprété par Lola Kirke, le scénario va, avec l’arrivé de Greta Gerwig se recentré. On ne va pas changé de point de vue pour autant. Le film va avec fluidité et naturel bifurquer vers la relation entre les deux demie-sœurs. Chercher la complémentarité et la façon dont elles vont pouvoir s’entre aider. Une première heure de film qui va de cette manière réussir à recréer cette émotion et ce naturel qui fait le charme du cinéma de Noah Baumbach. De longs dialogues, mais dictés par des personnages qui s’opposent avec des forts caractères. Ce qui donne lieu à des moments d’émotions, de comédies et de disputes. La disputes pouvant également entraîner le sourire grâce à la création habile, mais toujours avec naturel, de contre points, que ce soit par la mise en scène ou des acteurs souvent justes et remarquables. Des acteurs qui ont des réactions tout à fait naturelles, sans chercher le surjeu afin de créer un ressort comique (un personnage en retrait, qui laisse un personnage en colère s’extérioriser en le regardant sans rien dire, mais presque avec le sourire aux lèvres). A ce niveau, et durant toute sa première heure, Mistress America est une belle réussite. Une comédie drôle et à la limite du burlesque par moment grâce à une belle caractérisation des personnages. On reste dans la bienveillance la plus totale, mais une bienveillance en accord avec ce que souhaite voir le spectateur, un spectateur attaché aux personnages. Un film qui ne cherche pas à surprendre, mais à offrir au spectateur ce qu’il souhaite voir.

Malheureusement, Noah Baumbach retombe dans un second temps dans les travers de son précédent long-métrage. Avec While We’re Young, Noah Baumbach ne trouvait jamais véritablement le bon accord, le bon ton. Le film divaguait selon les envies des personnages et s’enchevêtrait dans un trop de plein de personnages. Dans sa seconde partie, Mistress America va emprunter quelques défauts de ce dernier. Trop de personnages, certains ne seront que de simples faire valoirs anecdotiques et un seul et même décor. Faisant perdre au film l’atmosphère urbaine qui faisait partie intégrante de son charme. Ce qui va également opérer un changement radical dans la mise en scène. Les personnages vont se marcher les uns sur les autres et celle à laquelle le spectateur s’était attaché va être volontairement rétrogradée au second plan. Tracy interprétée par Lola Kirke va se retrouver au bord du cadre, simple spectatrice jusqu’à ce que survienne une prise de position de sa part, qui va lui permettre d’avancer et de réveiller son personnage. Noah Baumbach résume parfaitement cette situation le temps d’une séquence, en effectuant une mise en abîme du fait d’être que simple spectateur. Néanmoins, le film conserve sur toute sa durée un ton et des fulgurances de mise en scène qui vont lui permettre d’être bien plus qu’une simple comédie bienveillante aux personnages hauts en couleur.


 

En Conclusion :

Beaucoup de similitudes avec le cinéma de Woody Allen (insouciance chez la protagoniste, façon de faire des décors/environnement un personnage à part entière…), mais une atmosphère qui reste celle du cinéma bienveillant et humain du cinéma de Noah Baumbach. Drôle, frais et touchant, grâce à une mise en scène minimaliste et une façon de cerner ce qu’il y a de plus beau chez ses personnages. Sa bande sonore et les quelques ressorts comiques utilisés (personnage qui tombe, mimiques d’exaspération en plan serré…) permettent au film de ne jamais sombrer dans le pathos et de conserver cette bienveillance et jovialité. Et ce, même lors de disputes ou conflits qui n’apporterons que des choses positives. Avec Mistress America, Greta Gerwig confirme qu’elle est une excellente actrice, pouvant avec rôle suffisamment nuancé, réussi à toucher puis à agacer et inversement. A l’image de la jeune et belle révélation Lola Kirke qui suit le même chemin, avec quant-elle un personnage plus léger, mais tout aussi nuancé. En conservant cependant une timidité et une insouciance face à sa demi-sœur et à sa nouvelle vie, lui offrant davantage de charme. Un excellent cru signé Noah Baumbach qui étoffe son cinéma et revient à ses fondamentaux.

[usr 3.5]


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