Mignonnes, dénoncer et éduquer sur la féminité adolescente

Synopsis : « Amy, 11 ans, rencontre un groupe de danseuses appelé : « Les Mignonnes ». Fascinée, elle s’initie à une danse sensuelle, dans l’espoir d’intégrer leur bande et de fuir un bouleversement familial… »


Les lumières de la salle de cinéma s’allument, tu te repositionnes sur ton siège pour avoir fière allure parce que la position “je m’installe comme à la maison” ce n’est pas trop ça, et là, ton ami(e) se retourne vers toi et te pose la question fatidique…

Prix de la meilleure réalisation au dernier Festival de Sundance, Mention Spéciale du Jury International à la dernière Berlinale, Mignonnes, premier long métrage de la cinéaste Maïmouna Doucouré, nous arrive précédé d’une excellente réputation. À l’image de son court-métrage Maman(s)Mignonnes place son point de vue à hauteur d’enfant, dans le regard d’une préadolescente. On suit l’histoire d’Amy (Fathia Youssouf, petite révélation), 11 ans, fascinée par un groupe de jeunes danseuses, «Les Mignonnes ». Le jeune fille s’initie alors à une danse sensuelle et sexualisée afin d’intégrer la bande de filles, auquel elle cherche à s’identifier. 

Dans son postulat de départ, Mignonnes n’est pas sans rappeler un autre long sorti en 2014, avec lequel le premier film de Maïmouna Doucouré partage quelques similitudes, notamment dans ses thématiques. Il s’agit de Bande de Filles de Céline Sciamma. Les deux longs métrages sont à leur manière des récits d’émancipations sur l’adolescence, portés par des regards de cinéastes féminins forts et engagés, avec un véritable propos sur ce qu’est d’être une adolescente, et une femme en devenir, dans notre société contemporaine. On retrouve dans Mignonnes cette question du besoin d’appartenance à un groupe, à une bande comme dans le film de Céline Sciamma, afin de s’affirmer dans sa féminité.

Dans ce premier film,  Maïmouna Doucouré évoque l’hypersexualisation des préadolescentes à travers la danse sensuelle qu’elle revendique comme prétexte pour filmer le corps féminin de son personnage en pleine métamorphose, créant un décalage entre le corps en transition et sa sexualisation via une danse provocante. Car oui, par moment, Mignonnes provoque, dérange et interroge dans sa représentation de l’hypersexualisation du corps adolescent, mais cela dans le but de mieux nous faire comprendre notre rapport à une jeunesse contemporaine en manque de repères féminins, n’ayant que les réseaux sociaux comme modèle pour construire leur identité. 

Maïmouna Doucouré a repéré ses cinq jeunes actrices lors d’un casting sauvage parmi 700 jeunes filles. Devant la caméra, la cinéaste les sublime comme des diamants bruts, dans leur élan de jeunesse. Elle filme à hauteur d’enfant, à partir du regard de son personnage principal, Amy, dont l’on suit l’évolution dans son émancipation. Le parcours du personnage à l’écran est retranscrit par un travail remarquable sur la photographie. Avec son directeur de la photographie, Yann Maritaud, la cinéaste a réfléchi à des compositions de couleurs afin que l’environnement reflète l’état d’esprit de son personnage. Des couleurs lumineuses et colorées lorsqu’Amy retrouve la bande de filles et s’affirme dans sa féminité, là où l’image est beaucoup plus sombre et l’environnement étroit lorsqu’elle est chez elle : les couloirs de l’appartement se resserrent sur elle lorsqu’elle est enfermée dans les coutumes de sa famille et de sa religion.

La cinéaste filme l’émancipation de son personnage comme un véritable chemin de croix. De l’apparition des premières règles comme un film d’horreur aux dimensions fantastiques, en passant par la descente aux enfers et la chute provoquée par la cruauté destructrice des réseaux sociaux, avant la prise de conscience et l’élévation comme métaphore de son affirmation en tant que femme, dans ce dernier plan qui cite directement le Billy Elliot de Stephen Daldry (2000), film référence sur l’émancipation d’un adolescent par la danse. 

Le premier long métrage de Maïmouna Doucouré n’est pas exempt de défauts, notamment ceux propres à un premier film, un trop plein de thématiques à traités, certaines maladresses dans le propos et la mise en scène qui finissent par prendre néanmoins sens dans la conclusion du film. Mais Mignonnes n’en reste pas moins un touchant récit d’émancipation sur l’adolescence qui vise juste dans son propos et sa mise en scène. 


Au cinéma dès le 19 août 2020 en France.

« Véritable éloge de la féminité adolescente à travers un récit d’émancipation touchant et juste dans son propos. LeMignonnes de Maïmouna Doucouré nous emportent complètement par leur énergie et leur élan de jeunesse. Un premier film coup de cœur. »

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