Mauvaises herbes réalisé par Kheiron [Sortie de Séance Cinéma]

Synopsis : «Waël, un ancien enfant des rues, vit en banlieue parisienne de petites arnaques qu’il commet avec Monique, une femme à la retraite qui tient visiblement beaucoup à lui. Sa vie prend un tournant le jour où un ami de cette dernière, Victor, lui offre, sur insistance de Monique, un petit job bénévole dans son centre d’enfants exclus du système scolaire. Waël se retrouve peu à peu responsable d’un groupe de six adolescents expulsés pour absentéisme, insolence ou encore port d’arme. De cette rencontre explosive entre « mauvaises herbes » va naître un véritable miracle. »


Les lumières de la salle de cinéma s’allument, tu te repositionnes sur ton siège pour avoir fière allure parce que la position “je m’installe comme à la maison” ce n’est pas trop ça, et là, ton ami(e) se retourne vers toi et te pose la question fatidique…

Les Mauvaises Herbes sont un titre intrigant pour le second film de Kheiron. Elles sont définies comme des espèces végétales envahissantes. Elles peuvent endommager toutes les bonnes plantes tout autour. Et pourtant, certaines sont utiles… et c’est sur ce constat que des mauvaises herbes peuvent aider les autres pousses à évoluer et surtout s’enrichir que l’histoire du film se pose. Mais dans cet enrichissement, il y a la fameuse idée d’aller placer un élément perturbateur parmi des éléments perturbants… pour regarder ce qui se passe. Plutôt que d’envisager un affrontement continu, Kheiron propose de voir comment les mauvaises herbes que sont ces adolescents dont le système scolaire ne veut pas, peuvent changer au contact d’un adulte finalement aussi paumé qu’eux… et adepte de toutes les combines aussi dingues qu’incroyables.

Pour son second film, l’acteur-réalisateur pose la situation de départ identique à celle de Nous trois ou rien : un pays en guerre avec cette fois un enfant dont la famille a été massacrée. Un enfant à part, débrouillard, dans les rues d’un Liban dévasté. Un petit garçon qui rencontre une bonne soeur. Elle va l’aider et l’élever pour qu’il devienne un homme, quelqu’un de différent, quelqu’un de bien… ce sont ces scènes du passé qui sont les ponts essentiels pour éclairer le présent. Éclairer la relation entre Waël et ces six ados épatants. Et si ces derniers semblent stéréotypés (le petit loubard, la fille trop intelligente qui pose problème, le petit Rom qui ne sait s’exprimer…), les jeunes sont d’une fraîcheur agréable que ce seul aspect critiquable du film s’envole totalement.

Et puis, si dans Nous trois ou rien, Kheiron s’entourait de ses amis humoristes, il a choisi ici de se jeter dans le vide avec six jeunes adolescents et deux pointures du cinéma : Catherine Deneuve et André Dussollier. Quel plaisir de le voir diriger deux monstres sacrés du cinéma français. Ce n’est pas une gageure de dire que ces deux-là s’amusent comme larrons en foire. Au point que l’on peut se demander s’ils ne sont pas aussi jeunes que les adolescents qui leur donnent la réplique… ah la jeunesse ! Alors oui, Kheiron réussit le tour de force de rendre Catherine Deneuve comique au point même de nous rappeler qu’elle n’est jamais aussi intéressante que lorsqu’elle joue la comédie. Le film charrie les images du Le Sauvage de Rappeneau ou encore de Potiche et même Courage fuyons. C’est cette Catherine que Kheiron redécouvre avec une entrée en scène composée de petites arnaques et des combines tordantes. Puis l’arrivée très eighties dans le collège qu’occupe Victor, joué par André Dussollier, vaut son pesant de cacahuètes.

Le film ne donne pas de leçons et pourrait par moment nous permettre d’envisager que le réalisateur vit dans un monde de Bisounours mais ce serait omettre la bonté de l’acteur. La simplicité et la générosité qui sont la sienne. C’est un homme profondément humain. Kheiron a un talent indéniable pour raconter des histoires drôles mais toujours avec un fond dramatique. Tout comme dans son premier film, l’acteur-réalisateur oscille sans cesse entre le rire et les larmes. Et si finalement, ce sont ces dernières qui coulent sur les joues du spectateurs, elles sont juste de joie et de bonheur. L’amour dispensé dans chaque plan, la débrouillardise de chaque situation (les scènes du passé éclairant celles du présent) et les dialogues percutants sont autant de plaisir à rire, s’émouvoir et enrager par moment.

Le scénario est ciselé aux petits oignons et même si certaines situations sont prévisibles, le final reste assez inattendu. Kheiron prouve de nouveau qu’il est un magicien des mots et de la bonté. On pourra lui reprocher une image simpliste par la photographie de Jean-Paul Agostini qui ne change pas de celles des comédies françaises traditionnelles. Mais le film est un pur moment de bonheur. Il donne la pêche, le sourire et permet de croire en l’être humain. Un film sur l’entraide pour entrevoir de belles choses car c’est ensemble que l’on s’unit, c’est ensemble que l’on avance, c’est ensemble que l’on est plus fort. Kheiron prouve qu’en dépassant les différences de chacun, on peut se réunir pour affronter le monde qui nous entoure et finalement trouver le bonheur. Une jolie fable indispensable en cette période de fin d’année et de temps quelque peu troublés. Kheiron sait doser l’humour pour apaiser les drames qui couvent. Avec humilité, l’acteur-réalisateur parle d’une certaine jeunesse grâce à une batterie de bons sentiments et beaucoup de délicatesse. Résultat : c’est le sourire aux lèvres que l’on ressort de la salle de cinéma.


«Kheiron a un talent indéniable pour raconter des histoires drôles mais toujours avec un fond dramatique. »


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