Light of my Life, un monde déshumanisé dans un conte dystopique minimaliste

Synopsis : « A la suite d’une pandémie qui a anéantie la moitié de la population mondiale, un père et son fils se retrouvent pris au piège dans les bois. »


Les lumières de la salle de cinéma s’allument, tu te repositionnes sur ton siège pour avoir fière allure parce que la position “je m’installe comme à la maison” ce n’est pas trop ça, et là, ton ami(e) se retourne vers toi et te pose la question fatidique…

Avant tout et surtout acteur depuis plus de vingt ans maintenant, Casey Affleck a pendant plusieurs années vécues dans l’ombre de son frère (Ben Affleck ndlr). S’il est aujourd’hui reconnu grâce à ses interprétations dans des films d’auteur singuliers souvent très percutants grâce à des personnages psychologiquement fragiles, pour ne pas dire fracturés, Casey Affleck c’est au départ, une carrière très nébuleuse. Un adolescent qui rêve de cinéma, qui veut faire du cinéma et qui pour cela, enchaîne les projets aujourd’hui difficilement descriptibles. Casey Affleck, une filmographie représentative de l’état de toute une époque. De Committed à Mais qui a tué Mona ?, en passant par la saga American Pie, jusqu’au drame Desert Blue réalisé par Morgan Freeman (pas celui que vous croyez, l’autre, celui qui a réalisé American Psycho 2… non je vous assure vous ne voulez pas en savoir plus), mais également une adaptation futuriste de Hamlet avec Ethan Hawke dans le rôle-titre, mais également Kyle MacLachlan au casting. Une carrière fascinante depuis le point de vue d’une personne confortablement installée en 2019, mais une carrière qui finalement depuis le début laissait présagée le Casey Affleck de 2019. Un nom : Gus Van Sant. Auteur singulier et majeur pour tout un pan du cinéma, Gus Van Sant semble avoir façonné l’amour du jeune acteur pour le cinéma d’auteur intimiste. Si ce dernier déclare qu’il a été sa plus grande source d’inspiration, ce n’est pas pour rien. Le regard que pose Gus Van Sant sur ces personnages et la manière qu’il a de les mettre en scène avec bienveillance malgré leurs troubles et fragilités, se retrouvent au sein des œuvres qui ont par la suite créé l’image professionnelle dont dispose l’acteur américain aujourd’hui.

L’assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford, Gone Baby Gone, The Killer Inside Me, Les Brasiers de la Colère, A Ghost Story, Les Amants du Texas et évidement Manchester by the Sea. Des histoires, des personnages, des interprétations remarquables et difficilement comparables de l’une à l’autre. À l’image d’un certain Joaquin Phoenix, Casey Affleck fait partie de ces acteurs de talents qui dégagent quelque chose de particulier. Prêts à tout donner pour un rôle, donnant cette impression d’être à la fois sympathique, gentil, mais également fragile et détestable. Mystique et fascinant, surtout pour un acteur qui aime se fondre dans des récits dont le cœur n’est pas fondamentalement l’histoire, mais ce que vont créer les personnages entre eux. Pour son second (ou premier tout dépend de votre point de vue vis-à-vis du film I’m Still Here) passage derrière la caméra, Casey Affleck choisit de se heurter au cinéma post-apocalypse. Lorsque l’on pense post-apo, l’imaginaire collectif veut que l’on pense immédiatement à des paysages désertiques, de grandes villes dévastées où la nature a repris ses droits et à des bâtiments désaffectés où chaque intersection de couloir peut mener vers une nouvelle pièce sombre et insalubre. Lorsque l’on a du temps et de l’argent, le montrer est une bonne chose, car c’est créer un attachement et une immersion du spectateur, par le spectaculaire. Ne pas avoir les moyens, c’est jouer avec l’imaginaire collectif et la représentation que le spectateur se fait de quelque chose pour lui faire imaginer à quoi ressemblent les paysages, les grandes villes et plus généralement, la vie dans un monde après une infection à grande échelle. Casey Affleck n’avait pas les moyens, il ne s’en cache pas et c’est une excellente chose. Si l’on pense évidemment et énormément au roman La Route écrit par Cormac McCarthy, mais également à son adaptation cinéma signée John Hillcoat, Light of my Life partage fondamentalement beaucoup plus avec un certain A Ghost Story.

Si Light of my Life conte l’histoire d’un père et de son enfant en proie à un monde dont la femme a été tuée par un virus et donc en pleine auto-destruction, survivant grâce à ses dernières ressources, cette même histoire n’est finalement qu’un contexte. Qu’une base pour permettre de conter l’histoire d’un père et de son enfant. L’histoire d’une affiliation, l’histoire d’un père prêt à tout pour son enfant alors que le monde ne cherche qu’à lui prendre. L’histoire de deux personnages liés par la nature et la force des choses, des événements. Un film de personnages qui va développer la relation entre les deux, ainsi que le point de vue sur la situation et la personnalité de chacun des deux au travers d’une mise en scène aussi minutieuse que minimaliste. Les personnages se déplacent, bougent leur campement et vont d’une place à l’autre pour survivre. Des moments de rushs au sein d’une globalité qui tient davantage de la nonchalance. Il n’y a pas de quoi se presser, il ne faut pas se dissiper au contraire, il faut être prudent et se faire oublier au milieu de ce chaos ambiant. Un chaos que l’on ne voit jamais, mais que l’on imagine grâce aux dialogues, à l’utilisation de personnages secondaires qui viennent enrichir l’histoire (et créer des moments d’action plus intenses, car ils représentent un danger incertain) et à un travail aussi pointilleux qu’astucieux sur la direction artistique.

Créer une ambiance oppressante, stressante par l’insalubrité des décors employés. Des livres au sol, de la poussière sur des photos de famille, une usure et humidité apparente sur les fenêtres… pleins de détails qui vont permettre au film de créer un univers fondamentalement pas apparent à l’image. Un univers auquel le spectateur va croire et une direction artistique que vont sublimer le metteur en scène et son directeur de la photographie. Pour ce film, le méconnu, mais déjà confirmé et exceptionnel Adam Arkapaw (directeur de la photographie du cinéaste Justin Kurzel pour les films Macbeth, The Light Between Oceans et Assassin’s Creed) confirme cette volonté de faire beaucoup avec peu. Oppresser les personnages avec des éléments naturels et diégétiques. L’encadrement d’une porte, de la lumière diffuse, des branchages, des arbres… et surtout jouer avec la lumière et l’absence de lumière pour iconiser ses personnages. Des personnages seuls, seuls contre le monde, mais ensemble. Choisir avec élégance et simplicité le contre-jour pour illustrer tout cela. La symbolique est simple, mais c’est aussi suffisant qu’esthétiquement brillant. Du bonheur pour les yeux et un parti pris cohérent avec le propos même du projet qui est de faire beaucoup avec peu.

Une ambiance envoûtante développée par un montage et une mise en scène qui prend son temps (mais qui sait insuffler du rythme lorsqu’il en faut), une direction artistique aussi minutieuse que considérable, une bande originale douce et aux moments de stress prononcés grâce à l’usage harmonieux d’instruments à cordes (affiliation logique au récent travail du compositeur français Olivier Derivière pour le projet A Plague Tale : Innocence de chez Asobo Studio, mais le violoncelle en moins) et des interprétations touchantes et attachantes. Du haut de ses onze ans au moment du tournage, la jeune Canadienne Anna Pniowsky développe au fil de l’avancée du film, un jeu tout en douceur. Mélancolique, triste, mais également mentalement forte à l’image de son père. Une très belle prestation qui complète celle d’un Casey Affleck qui ne s’approprie pas toute la lumière. Par sa mise en scène, il crée et développe une affiliation et complicité tendre entre les deux personnages. Deux beaux personnages que l’on aime voir, découvrir et évoluer au fur et à mesure de leur périple. Light of my Life est une œuvre qui en rebutera certains à l’image de l’accueil réservé au film A Ghost Story. Un film qui prend son temps, une réalisation constituée à 99% de plans fixes, de lents déplacements, de longues discussions et des moments de silences, mais si vous acceptez ce parti-pris et vous vous laissez bercer, vous en sortirez ravis, touchés et peut-être impressionnés par le travail mené par cette petite équipe constituée de grands talents. Il ne sera pas vu par beaucoup, mais si vous le pouvez, si vous le voulez, tentez : Light of my Life.


Light of my Life, sortie limitée aux Etats-Unis et au Canada le 09 août 2019 et également disponible en vidéo à la demande dans ces mêmes régions depuis la même date.
Au cinéma en France dès le 12 août 2020.

« Utiliser le post-apo comme un simple contexte dans une oeuvre minimaliste et singulière, artistiquement envoûtante et aux interprétations attachantes. »

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