Les Sorcières de Zugarramurdi [Critique]

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“En plein jour, un groupe d’hommes braque un magasin d’or de la Puerta del Sol à Madrid. José, père divorcé en plein conflit avec son ex-femme, Tony, son complice, sex-symbol malgré lui, Manuel, chauffeur de taxi embarqué contre son gré dans l’aventure, et Sergio, le fils de José, partent en cavale. Objectif : atteindre la France en échappant à la police… Mais arrivé près de la frontière française, dans le village millénaire de Zugarramurdi, le groupe va faire la rencontre d’une famille de sorcières, bien décidées à user de leurs pouvoirs maléfiques pour se venger des hommes…”

Dire que les réalisateurs mexicains et espagnols envahissent de plus en plus nos écrans depuis plusieurs années est un doux euphémisme. En effet, entre le phénomène Alfonso Cuaron, Guillermo del Toro, Alexandro Amenabar, Carlos Reygadas, les frères Pastor et j’en passe, il y en a pour tous les goûts et c’est souvent un pur plaisir pour quiconque aime le réalisateur et son genre de prédilection. Il en reste un autre et pas des moindres qui répond au nom de Alex de la Iglesia. Après avoir effectué un passage par le registre dramatique avec le très réussi Balada Triste de la Trompeta, il est de retour cette année avec un film qui fera plaisir à ses fans qui se nomme Les Sorcières de Zugarramurdi. Derrière ce nom imprononçable se cache une comédie jubilatoire qui mise tout sur des situations burlesques et un scénario complètement déjanté. Si Alex de la Iglesia venait à plaider la folie à son audience, le jugement serait immédiat. Dès la première semaine, le spectateur sait qu’il a mis les pieds dans un territoire qui n’est pas le sien, mais celui du réalisateur. Véritable instigateur de ce pur “wtf”, Alex de la Iglesia a un contrôle intégral sur son film et sur le spectateur. Avec Les Sorcières de Zugarramurdi, le réalisateur espagnol ne se dévoile pas au spectateur à travers un récit poétique et touchant, mais lui offre un peu moins de deux heures de plaisir coupable tout droit sorti de son esprit dérangé. Car oui pour faire un tel film il faut être dérangé et prendre part à une thérapie.

Alors que le film débute tout doucement en centre-ville avec un montage qui nous dévoile des individus déguisés en Bob L’Éponge, Minnie et en Soldat, il y en a surtout un qui se fait remarquer. Déguisé en Jésus Christ portant une croix, sur son dos on comprends, qu’il n’est pas là pour faire la manche ou une manifestation. Un déguisement atypique me direz-vous et étrangement on s’attends très rapidement au pire. Jusqu’au moment où l’individu déguisé en Jésus Christ ouvre sa croix et en sort un fusil à pompe. En quelques minutes, le spectateur a compris que le metteur en scène ne s’est privé de rien et compte bien aller au bout de son délire. Enchaînant les rebondissements invraisemblables et inattendus, le scénario est une succession de gag tous aussi jubilatoire et délirant les uns que les autres. Jusqu’au plan final, on est en droit de s’attendre à n’importe quoi venant de ce metteur en scène et de ce film imprévisible et jamais vulgaire. Intelligent dans son écriture, le film use de tous les styles de comédie possible afin de ne pas tomber dans la redondance et une boucle sans fin qui userait le spectateur. On retrouve du comique de situation, du comique de geste, du comique du mot et même du comique de caractère par le biais de personnages déjantés, mais pas caricaturaux et le tout est assez bien rythmé afin de permettre au spectateur de respirer entre deux éclats de rire. On remarquera quelques facilités scénaristiques mises en place pour garder une certaine fluidité dans la narration ainsi que plusieurs clichés “comiques”, mais ces derniers ne dérangent pas dans la mesure où le spectateur s’amuse et prend du plaisir.

Dynamique et saccadé grâce à son montage (voir même trop dynamique lors de phases d’action et lors d’utilisation de montage parallèle au début et à la fin du film), ce montage inculque un certain rythme au film, mais lui permet surtout de sauver un élément qui a été mis de côté. Ce dernier n’est autre que la réalisation. Convenue et sans grande originalité, car focalisée en permanence sur l’action, celle-ci est décevante, car plus de mouvement dans la caméra et plus de folie dans le cadrage aurait permis d’avoir un film déjanté et assumé sur tous les plans. Ce n’est pas le cas, mais il en reste tout de même un film scénaristiquement bien écrit et déjanté qui s’assume grâce à des dialogues sauvages, des séquences d’ores et déjà cultes et un casting qui s’amuse. La non-prise au sérieux du casting est indispensable pour l’immersion du spectateur et le pari est tenu. C’est techniquement faible (réalisation convenue à laquelle il manque de la folie, effets spéciaux très mauvais…), mais c’est fun et ça s’assume. Un très bon moment en compagnie d’Espagnols complètement dingues !

3.5

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