Les Invisibles réalisé par Louis-Julien Petit [Sortie de Séance Cinéma]

Synopsis : « Suite à une décision municipale, l’Envol, centre d’accueil pour femmes SDF, va fermer. Il ne reste plus que trois mois aux travailleuses sociales pour réinsérer coûte que coûte les femmes dont elles s’occupent : falsifications, pistons, mensonges… Désormais, tout est permis ! »


Les lumières de la salle de cinéma s’allument, tu te repositionnes sur ton siège pour avoir fière allure parce que la position “je m’installe comme à la maison” ce n’est pas trop ça, et là, ton ami(e) se retourne vers toi et te pose la question fatidique…

Le sujet de ce troisième film est difficile : les centres d’accueil pour femmes SDF. Le sujet n’est pas fait pour être une comédie : il parle de solitude, de difficulté et de la complexité de s’en sortir quand on a touché le fond. Le sujet pourrait terrifier surtout en cette période si compliqué pour notre pays. Et pourtant, Louis-Julien Petit parvient à éviter tous les écueils du film larmoyant, sur la misère sociale pour proposer un film optimiste, réjouissant et qui procure un bien fou. On le sait depuis Discount, le réalisateur sait parler des laissés-pour-compte de la société, de celles et ceux que l’on ne voit pas, les petites vies dépassées et mises de côté à cause de la mondialisation et du monde moderne.

Après l’installation des caisses automatiques et le suicide en entreprise, Louis-Julien Petit décide de parler des Invisibles, ces femmes (même si le sujet est valable pour les hommes) que l’on ne voit plus. Ces femmes à la rue qui mendient et dont on détourne le regard pour éviter de prendre conscience des difficultés de notre monde. Détourner notre regard de ces femmes et ces hommes qui veulent retrouver une place dans la société. Ces femmes et ces hommes tombés dans une situation de pauvreté dont ils veulent se sortir… mais pour cela il faut une main tendue. Et c’est tout le travail de ce centre d’accueil de SDF. Un centre social comme tant d’autres où le quotidien est difficile. Un centre d’accueil de jour pour permettre à ces femmes de se poser, se restaurer, prendre une douche, discuter, échanger, retrouver du lien social… mais ce centre va fermer et les travailleuses sociales doivent tout faire pour permettre à ces femmes accueillies de retrouver le chemin de la réinsertion. Mais comment se réinsérer quand on n’a plus rien pour vivre, dormir, se retrouver ?

Louis-Julien Petit aurait pu proposer un film sur la misère sociale dans le Nord mais au lieu de cela, il décide d’offrir une histoire positive sur l’accompagnement, sur la volonté d’élever ces femmes, de les sortir d’une condition liée à des accidents de la vie, à des parcours qui ont connu une rupture. Rupture au point qu’elles ne portent plus leurs vrais prénoms, elles sont devenues Invisibles pour la plupart alors pourquoi exister réellement. Et c’est de ce postulat sur les prénoms et noms pris dans l’actualité comme Lady Di, Salma Hayek ou même Brigitte Macron, que le film apporte une touche de bonne humeur essentielle. Adapté du livre de Claire Lajeunie, Sur la route des Invisibles, qui faisait suite au documentaire qu’elle avait réalisé, le réalisateur s’est emparé du sujet pour prolonger ce portrait des femmes dans la rue. Louis-Julien Petit fait de ces oubliées, des femmes qui reprennent une place : il les fait revenir dans la lumière en transformant leur faiblesse en force. Des femmes qu’il comprend puisqu’ils les a aussi rencontrées. Il est allé dans des centres d’accueil à travers toute la France pour comprendre. Ce travail de rencontre a été opéré également par ses actrices telle Audrey Lamy. Elle a travaillé avec le centre de Grenoble. Ou encore Sarah Suco : elle a fait la manche à plusieurs reprises pour comprendre ce que ressentent ces personnes dans la rues face à la honte et la violence des regards fuyants.

Avec tout ce travail, le réalisateur a réussi à éviter l’écueil de la chronique sociale qui se serait rapprochée du sujet du documentaire de Claire Lajeunie. Pour se faire, il décide de se plonger dans le quotidien des travailleuses sociales en s’attachant à ce centre qui va offrir à ces femmes dans la rue : un lieu d’accueil réel, prendre le temps de rester auprès d’elles, de mieux les connaître. Les actrices qui composent ces femmes venant dans le centre de L’Envol sont des femmes qui ont connu la rue et les difficultés du regard des autres, du rejet, de l’abandon. Des auditions face caméra illustreront le film tout en leur demandant de changer leur prénom. Pourquoi ? Simplement parce que Louis-Julien Petit souhaitait que ces femmes prennent un nom d’emprunt d’une femme qu’elles admirent comme Édith Piaf, Marie-Josée Nat ou encore Simone Veil et bien entendu Salma Hayek. Avec ces prénoms, ces Invisibles regagnent la lumière. Pour mieux les encadrer, le réalisateur les a entourés d’un casting d’actrices professionnelles qu’il n’a pas ménagées. Il retrouve Corinne Masiero dans ce Nord qui leur va si bien à tous les deux. L’actrice est sensibilisée à la lutte contre la précarité et l’exclusion, elle a vécu ce que ces femmes ont connu, a fait les mauvaises rencontres et a sombré dans la petite délinquance et la drogue. Ce film lui tient à cœur bien plus que tous ses précédents rôles. Et ainsi, elle s’efface derrière son personnage pour devenir Manue, la directrice au grand cœur. Si les Invisibles deviennent visibles, les actrices professionnelles disparaissent derrière ces travailleuses sociales indispensables, au bout du rouleau, volontaires mais dont l’armure se fissure pour laisser émerger des femmes dont les peines sont de cœur, la solitude existe aussi pour ces travailleuses qui se sentent dépassées par le manque de moyen. On apprécie la candeur de Noémie Lvovsky et l’énergie exubérante de Déborah Lukumuena, découverte dans Divines.

Sans jamais rien dénoncer, Louis-Julien Petit pointe là le défaut de l’accompagnement social en France : peu de moyens, pas d’envie d’aider les travailleurs sociaux qui au quotidien, sur le terrain, font des merveilles et espèrent les petits miracles sans pour autant toujours y arriver. Pourquoi ? Parce que Les Invisibles montrent surtout que l’État se désengage de cet accompagnement alors qu’avec quelques moyens supplémentaires, il serait possible de permettre à toutes de s’en sortir. Ce constat est amené par touche pour ne jamais tomber dans le pathos car Les Invisibles restent avant tout un film solaire comme dans les comédies sociales anglaises telles que The full monty ou encore Pride. Une réussite en tout point et un film qui procure une énergie folle et nécessaire pour avoir envie (enfin) de changer le monde !

Un film sincère, juste, terriblement attachant et drôle en tout point malgré un sujet sensible et actuel. Son quatuor d’actrices entouré de ces femmes invisibles offrent le portrait d’une France du partage et de l’entraide où la tête haute, ces Invisibles (re)deviennent des femmes pour tenter de se sortir de leur quotidien.


« Louis-Julien Petit fait de ces oubliées, des femmes qui reprennent une place : il les fait revenir dans la lumière en transformant leur faiblesse en force. »


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