Lean on Pete (La Route Sauvage) réalisé par Andrew Haigh [Sortie de Séance Cinéma]

Synopsis : « Charley Thompson a quinze ans et a appris à vivre seul avec un père inconstant.
Tout juste arrivé dans l’Oregon, le garçon se trouve un petit boulot chez un entraineur de chevaux et se prend d’affection pour Lean on Pete, un pur-sang en fin de carrière.
Le jour où Charley se retrouve totalement livré à lui-même, il décide de s’enfuir avec Lean on Pete, à la recherche de sa tante dont il n’a qu’un lointain souvenir.
Dans l’espoir de trouver enfin un foyer, ils entament ensemble un long voyage…. »

Les lumières de la salle de cinéma s’allument, tu te repositionnes sur ton siège pour avoir fière allure parce que la position “je m’installe comme à la maison” ce n’est pas trop ça, et là, ton ami(e) se retourne vers toi et te pose la question fatidique…

Réalisateur du long-métrage intitulé Week-end paru en 2012 ou encore du film 45 ans avec au casting Charlotte Rampling, le cinéaste anglais Andrew Haigh change une nouvelle fois de pays, mais également de registre. Ce qui est une première. Si ses deux précédents longs-métrages racontaient l’histoire d’amour entre deux hommes, ou bien, entre un homme et une femme, la forme d’amour exploitée au travers du film Lean on Pete, n’est pas la même. En l’espace de trois films, Andrew Haigh explore la thématique de l’amour sous toutes ses formes. De la forme la plus passionnelle et charnelle, au simple attachement sentimental. Un attachement que tout à chacun peut ressentir, et ce, que ce soit envers un ami humain ou une amie humaine, une connaissance ou encore un animal. En ce sens, et malgré des défauts flagrants, Lean on Pete est certainement le film le plus abouti de la carrière du cinéaste anglais. Un film plus riche et complet dans son exploration des sentiments.

“Road Movie initiatique, qui même s’il ne bouleverse pas, réussit à capter l’attention du spectateur grâce à une belle plume et un interprète principal des plus surprenants.”


Une mère portée disparue, un père incapable de se comporter comme tel, et aucun autre membre de sa famille pour le supporter. Débrouillard, Charlie va et vient, rencontrant par hasard un homme grâce auquel, ou à cause duquel, sa vie va prendre un tournant inattendu. Road Movie initiatique, Lean on Pete fait partie de cette mouvance de plus en plus présente dans le cinéma indépendant américain, qui consiste à créer un attachement ou une empathie envers un personnage de la plus brutale des manières. Si à un certain moment la tendance était au « feel good » pour développer l’empathie envers les personnages, avec le temps les histoires sont devenues plus difficiles avec des personnages qui doivent faire face à des obstacles à la limite de l’insurmontable. Des histoires de c fait plus réalistes et moins édulcorées, à l’image d’une société qui ne se cache plus derrière des bons sentiments factices. Une naïveté mignonne en surface, mais loin des problèmes auxquels tout à chacun peut être confrontés. L’empathie et l’attachement émotionnel par l’identification, même si les films relatent des histoires qui vont extrêmement loin afin de pousser le spectateur dans ses derniers retranchements et de l’amener vers la morale finale avec plus d’aisance. Morale de l’histoire qui est ici assez ambigüe et pas suffisamment claire pour convaincre.

Si le chien est considéré comme le meilleur ami de l’homme, l’être humain a la faculté émotionnelle de s’attacher envers n’importe quel animal. Un animal qui deviendra son confident et avec lequel il se sentira bien, et ce, même s’il n’est pas doté de la parole, ni ne savons s’il comprend. Un confident dans les moments les plus douloureux et pour lequel auquel il est aisé de s’attacher sur le plan émotionnel. S’il n’est ici pas question d’un chien, il est question d’un cheval. Un animal que le cinéaste Andrew Haigh ne va pas chercher à humaniser en tant que tel, mais au travers du regard et de l’affection que lui porte le protagoniste. Un animal auquel on s’attache par le prisme du personnage principal auquel on s’attache. Une utilisation intéressante du point de vue permettant au film de conserver ce même point de vue du début à la fin du récit. Un récit linéaire, classique dans sa structure, mais en rien prévisible vis-à-vis des évènements que va traverser le personnage. Empruntant la voie du road movie initiatique, Lean on Pete va mener son personnage principal de situation en situation. Des péripéties toutes plus difficiles et dangereuses pour lui, mais vers lesquels il c’est dirigé volontairement. Basé sur le roman rédigé par Willy Vlautin, Lean on Pete est un drame difficile, mais réaliste sur l’appréhension du monde et de la société lorsque l’on passe de l’adolescence à l’âge adulte. Chaque choix de vie va avoir son lot de conséquences qui peuvent être positives ou négatives. Certains mauvais choix de vies pouvant tendre vers quelque chose de fondamentalement positif dans la façon de grandir, de murir et d’appréhender les choses à l’avenir.

C’est fort, c’est très beau et émotionnellement chargé, car en plus de l’attachement envers le protagoniste, le spectateur est en mesure de réfléchir sur sa propre existence. Toute proportion gardée bien évidemment. Au-delà de ça, le scénario du film pâtit de ce choix de point de vue à plusieurs niveaux et notamment lorsqu’il est question des personnages secondaires. Bien interprétés, intéressants à découvrir, mais rapidement laissés pour compte les uns après les autres une fois que le jeune homme reprend la route. On aimerait en savoir plus sur eux, savoir ce qu’il en devient par la suite et quelles sont leurs réactions. Une envie qui aurait nécessaire conduit à allonger un film déjà assez long, pour ne pas dire longuet par moment. Un rythme calqué sur celui du personnage, donc assez nonchalant puisque craintif et toujours dans l’appréhension de ce qui va arriver. Quelques coupes auraient pu être possibles, tout comme quelques ajouts de soubresauts de vivacité dans le montage ou même la mise en scène. Mise en scène de qualité, mais académique et qui manque clairement de punch et de créativité à certains moments clefs de l’histoire. Si Lean on Pete saura vous toucher grâce à une belle plume, ainsi qu’à un interprète principal des plus surprenants, Charlie Plummer pour ne pas le nommer, il ne marquera cependant pas autant qu’un Katie Says Goodbye ou encore Une Femme Heureuse qui sortent dans la même période.



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