Le Secret des Marrowbone réalisé par Sergio G. Sànchez [Sortie de Séance Cinéma]

Synopsis : «Pour ne pas être séparés, Jack, 20 ans, et ses frères et sœurs plus jeunes, décident de cacher à tout le monde le décès de leur mère qui les élevait seule. Ils se retrouvent livrés à eux-mêmes dans la ferme familiale isolée, mais bientôt, d’étranges phénomènes indiqueraient qu’une présence malveillante hante leur unique refuge… »


Les lumières de la salle de cinéma s’allument, tu te repositionnes sur ton siège pour avoir fière allure parce que la position “je m’installe comme à la maison” ce n’est pas trop ça, et là, ton ami(e) se retourne vers toi et te pose la question fatidique…

cinetick


Présenté en compétition au dernier Festival du Film Fantastique de Gérardmer, Le Secret des Marrowbone est le premier long-métrage du cinéaste Sergio G. Sànchez. Il fut scénariste du premier film de J.A. Bayona, L’Orphelinat, qui avait fait beaucoup parlé de lui, produit par le maître du genre Guillermo del Toro. En quelques mots, nous avons déjà cités les noms les plus importants du cinéma de genre hispanique : Bayona et del Toro étant sans aucun doute les auteurs les plus reconnaissables artistiquement parlant de ce cinéma d’épouvante qui prend la forme du conte macabre aux thèmes récurrents tels que les peurs de l’enfance, le passage à l’âge adulte ou même encore l’acceptation du deuil.

Toutes ces thématiques chères à ce cinéma à la fois terrifiant et poétique sont réunies au sein du premier film de Sergio G. Sànchez. Le film débute comme un conte avec l’ouverture d’un livre cousu à la main, présentant des dessins dégageant un imaginaire très enfantin pour ne pas dire naïf, où une famille de quatre enfants emménage avec leur mère dans une nouvelle maison avec l’idée de prendre un nouveau départ et d’oublier le passé. On retrouve tout de suite cette importance du foyer, de la famille, propre au récit du conte hispanique, que l’on retrouve également dans L’Orphelinat ou encore Le Labyrinthe de Pan. Lorsque leur mère décède, le fils ainé, Jack (George Mackay) fait la promesse de protéger ses frères et sa sœur afin que jamais ils ne soient séparés, décidant de cacher la mort de leur mère jusqu’à ses 21 ans où il sera en âge légal de prendre soin d’eux.

Suite à un événement traumatique que nous ne dévoilerons pas pour ne pas révéler une partie de l’intrigue, d’étranges évènements se produisent dans la maison des Marrowbone. Dès le point de départ, nous sommes plongés dans l’aspect du conte, de la fable sur l’enfance où l’imaginaire des peurs d’enfant prend place en s’ancrant dans une réalité du quotidien. La première chose que réussit parfaitement le cinéaste est de créer une véritable alchimie entre les personnages, un attachement à chacun des quatre membres de la famille notamment par une écriture soignée et poétique, pleine de métaphores sur le passage de l’enfance à l’âge adulte, le tout porté par une excellente direction d’acteurs qui n’est pas sans rappeler celle d’un J. A. Bayona, également producteur du film.

La mise en scène de Sergio G. Sànchez se veut d’une élégance épuré, classique sur la forme, avec une composition de plans très picturaux, dans le but de retranscrire la désillusion progressive de l’enfance en passant des teintes lumineuses de la naïveté et de l’innocence à une ambiance plus sombre, macabre pour ne pas dire une cruauté plutôt osée dans son dernier acte. Et lorsqu’il s’agit de mettre en scène les terreurs d’enfance, le cinéaste emprunte à ses pairs, jouant sur l’imaginaire enfantin pour faire apparaître en crescendo des formes de terreurs lentes qui reposent sur l’attente du spectateur. À l’image de cette scène d’épouvante très réussi où le plus jeune des quatre enfants se retrouve face à sa peur du « fantôme dans le miroir ». Et la chute d’un drap, qui jusqu’ici cachait le « monstre » tombe sous les yeux de l’enfant, le confronte à la peur de son propre reflet, la figure du reflet dans le miroir ayant dans le récit une certaine importance que nous ne dévoilerons pas.

À première vue, Le Secret des Marrowbone partait avec d’excellents atouts. Une mise en scène soignée et élégante dans son classicisme épuré, avec un travail sur l’ambiance oscillant habilement entre la poésie de l’enfance et les terreurs macabres. Le tout porté par de très bonnes interprétations dans l’ensemble et un récit qui joue habilement de son aspect conte, sans pour autant atteindre la maestria de conteurs hors-normes tels que son compère de L’Orphelinat ou encore M. Night Shyamalan. Dont l’inspiration semble assez évidente, notamment dans un dernier acte où les souvenirs du passé se mélangent aux évènements du présent dans un montage alterné avec une tension crescendo assez réussie pour amener au twist final. C’est sur ce point que Le Secret des Marrowbone n’atteint pas la maitrise de ses maîtres, à force justement de trop s’attacher à ses références. Le film réalisé par Sergio. G. Sànchez arrive plusieurs années après un quasi chef-d ‘œuvre tel que L’Orphelinat qui fut accueilli comme un premier film d’une grande maîtrise, propulsé par Guillermo del Toro que l’on ne présente plus, qui remettait en avant ces thématiques liés à l’enfance. Un sujet qui aujourd’hui paraît éculé au possible après de nombreux films traitant le passage à l’âge adulte, à l’image du dernier film de J.A. Bayona, A Monster Calls, qui souffrait déjà de sa forme de redite sur le sujet.

La structure du récit de ce premier long-métrage opère sur des rouages et des articulations déjà-vus et prévisibles, à l’image notamment d’un twist final “Shyamanalesque” attendu, qui n’enlève rien néanmoins à la beauté de l’histoire que nous conte le cinéaste, à défaut de manquer cruellement d’originalité. Malgré cela, Le Secret des Marrowbone figure néanmoins parmi ce qui se fait de mieux dans le genre actuellement par son traitement des thématiques liées aux terreurs de l’enfance revenant à un cinéma d’épouvante à l’ancienne qui commence tout de même à frôler la banalité, malgré des qualités plastiques et scénaristiques indéniables. Le film de Sergio. G Sànchez reste un premier film réussi, un conte macabre dans la lignée des œuvres de J.A. Bayona et Guillermo del Toro, qui arrive malheureusement après des œuvres majeurs d’un genre éculé, malgré un sens du récit et de la mise en scène efficace.

Ce film est interdit aux moins de 12 ans.

[usr 3]


Commentaires Facebook

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *