Le Jeu réalisé par Fred Cavayé [Sortie de Séance Cinéma]

Synopsis : « Le temps d’un diner, des couples d’amis décident de jouer à un « jeu » : chacun doit poser son téléphone portable au milieu de la table et chaque SMS, appel téléphonique, mail, message Facebook, etc. devra être partagé avec les autres. Il ne faudra pas attendre bien longtemps pour que ce « jeu » se transforme en cauchemar. »


Les lumières de la salle de cinéma s’allument, tu te repositionnes sur ton siège pour avoir fière allure parce que la position “je m’installe comme à la maison” ce n’est pas trop ça, et là, ton ami(e) se retourne vers toi et te pose la question fatidique…

Après avoir proposé Radin pour sa première incursion dans l’humour, Fred Cavayé poursuit dans la veine comique pour sa nouvelle réalisation : le Jeu. À l’origine, un scénario diabolique : et si durant une soirée, on posait les téléphones portables au centre de la table avec la possibilité pour tout le monde de lire ce qui va s’y inscrire, voire décrocher l’appel entrant. Dernier rempart de notre vie privée, le téléphone portable est le bastion qui renferme tout ce que l’on souhaite cacher. D’où des codes, des mots de passe et l’envie de ne pas dévoiler ce dernier jardin secret. Inspiré d’un scénario italien, que l’Espagnol Alex de la Iglesia a déjà adapté, Fred Cavayé a modifié quelques personnages et certaines situations pour que l’histoire convienne au public français.

Le casting est aux petits oignons pour une comédie qui rappelle le Prénom. Comme dans l’adaptation théâtrale d’Alexandre de la Patellière et de Matthieu Delaporte, on respecte une unité de lieu et de temps : un diner dans un appartement.  Mais ce grand frère illustre n’allait-il pas écraser les personnages et l’histoire de ce Jeu cruel ? Surtout que le début du film laisse présager le moins bon des comédies françaises. Avec une entrée en scène “dispute mère-fille” qui se chamaille et un Stéphane De Groodt, chirurgien esthétique, qui regarde les dernières paires de seins sur lesquels il a travaillé, on pourra envisager le pire. Pourtant, il faut laisser les invités arriver pour comprendre à quel point le réalisateur va s’éloigner de la comédie pure pour une farce humaine autour des non-dits et mesquineries quotidiennes. Si le premier message qui arrive sur le portable empêche d’envisager le futur jeu de massacre qui va s’opérer, c’est l’humour noir et l’envie de comprendre ce que cache chaque convive qui va réveiller et titiller le spectateur. Chacun a un secret à défendre. Chacun souhaite conserver son périmètre privé. Et pour réussir cela, tout est possible : inverser les téléphones, répondre à côté de la plaque aux conversations téléphoniques. Mais au fur et à mesure, l’excitation de découvrir davantage l’intimité des amis procure une sensation jouissive et non malsaine. Le réalisateur réussit à nous entraîner dans ces joutes verbales en créant un sentiment d’attente fort jusqu’à l’arrivée du message suivant sur l’écran. C’est la véritable force de ce scénario très malin : à aucun moment, le spectateur se sent mal à l’aise de vouloir rentrer dans ces vies et découvrir jusqu’à leurs secrets les plus détestables.

Pour réussir ce tour de force, Fred Cavayé s’entoure d’un casting qui joue sa partition aux petits oignons. En première ligne, Stéphane De GroodtBérénice Béjo et Grégory Gadebois. À eux trois, ils emmènent la soirée de la partie “rire” à la partie “émotion”. En effet, Fred Cavayé dose ce qui lui manquait dans Radin à savoir le subtil mélange entre rires et larmes. Il se rend même sur le terrain de la pudeur sans jamais être vulgaire. Et même si Vincent Elbaz compose un rôle de gros beauf, il s’en sort avec la sympathie qu’il provoque sans cesse au cinéma. Son couple avec Doria Tillier fonctionne sur la base d’un amour fou semblant solide. Et face à eux, le vieux couple, composé de Suzanne Clément et Roschdy Zem, apporte suffisamment de folie dans leurs vies extraconjugales pour que l’on croie pleinement en ce couple en crise. Mais quelle crise est-elle présente entre ces deux acteurs ?

L’humour est très présent, mais c’est l’émotion qui envahit le spectateur et l’étreint à la fin du film. Une émotion réelle, car il est extrêmement facile de s’identifier à ces amis attablés qui décident de jouer au “jeu stupide des portables que tout le monde pourra lire à la moindre sonnerie”. De l’émotion quand les secrets révèlent des comportements déviants, des envies d’adultères, une vie privée que l’on ose présenter aux autres de peur d’être la risée ou le sujet des moqueries ou encore de la faiblesse dans les relations humaines. Reste alors au réalisateur à décocher le coup final : un twist étonnant. Fred Cavayé réussit le tour de force de vous clouer dans votre fauteuil et vous offre cette leçon essentielle : ne pas avoir envie de céder à ce jeu cruel du portable au milieu de la table. Moralité ? Il vaut mieux ne pas vouloir jouer au petit Jeu de la vérité à tout prix et garder son portable comme dernier rempart de vie privée… seulement si vous avez des choses à cacher, car après tout, entre amis, on se dit tout ?!


« Au fur et à mesure, l’excitation de découvrir davantage l’intimité des amis procure une sensation jouissive (…) le réalisateur réussissant alors à créer ce sentiment d’attente fort jusqu’à l’arrivée du message suivant sur l’écran. »


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