La Tour 2 Contrôle Infernale (Critique | 2016) réalisé par Eric Judor

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Synopsis : “Octobre 1981.
Ernest Krakenkrick et Bachir Bouzouk sont deux brillants pilotes de l’armée française. Suite à une malencontreuse erreur au cours d’un test de centrifugeuse, ils perdent une partie de leur potentiel intellectuel. L’armée voulant les garder dans l’aviation, on leur trouve un poste de bagagistes à Orly Ouest. Et là …
La genèse des aventures de nos deux laveurs de carreaux de La Tour Montparnasse Infernale.”

En 2001, Éric et Ramzy sont en pleine gloire. Canal Plus fonctionne du tonnerre et réussi par le biais de ses émissions phares et de certains programmes courts, à mettre en lumière de jeunes humoristes talentueux. Jamel Debbouze, Omar Sy, Fred Testo, les Robins des Bois et le duo Éric et Ramzy qui fait également, pleinement partis de cette bande de talents. C’est grâce au programme court H, diffusé sur la chaîne cryptée, qu’ils vont gagner en notoriété et être reconnus de tous. Entre deux saisons de la série déjà culte, ils décident de s’attaquer au grand écran avec l’aide de Charles Nemes à la réalisation. Charles Nemes, ami du duo et par ailleurs, réalisateur de la série H. La bande se retrouve pour un projet de long-métrage qui a toutes les cartes en mains pour être un joli succès. Succès qu’il sera, avec pas moins de 2 millions d’entrées pour un budget inférieur à 10 millions d’euros, marketing compris. La Tour Montparnasse Infernale divise et possède son lot de détracteur. Cependant, elle reste pour toute une génération une comédie qui aura marqué les esprits. Par son décalage, son esprit burlesque et son lot de répliques et situations déjantées, c’est une comédie régressive, qui malgré une technique et réalisation sans âme réussit encore aujourd’hui à faire rire et à divertir les spectateurs. Une comédie aux personnages idiots, mais attachants par le biais d’un scénario qui ne va pas chercher à les rabaisser, bien au contraire. Quinze ans plus tard, ils sont de retour. Le projet fût annoncé et avorté à plusieurs reprises, mais il aura tout de même fini par être lancé et finalisé. Le duo est-il toujours à la pointe de l’humour ou devons-nous dire définitivement adieu aux comédies françaises régressives de qualité ?

Ceux qui ont aimé et pris du plaisir en visionnant La Tour Montparnasse Infernale au cinéma ou chez eux conservaient d’une certaine manière, l’espoir de voir en sa suite, la comédie inespérée. La comédie populaire française qui aurait permis à ce genre à part dans le cinéma français de lui faire sortir la tête de l’eau. Éric et Ramzy avaient fort à faire et n’auront finalement pas su rebondir et offrir aux spectateurs la comédie qu’ils auraient voulue. Depuis quelques années, les deux compères peinent à se renouveler dans le cinéma français. L’un – Ramzy – enchaîne les seconds rôles dans des comédies sans intérêts alors que l’autre – Éric – a réussi un léger et inespéré retour sur le petit écran avec la série Platane ou encore sous la direction l’excellent Quentin Dupieux. En ce qui concerne la réunification des deux, il faudra attendre un retour sur scène ou un autre film, mais ce ne sera pas La Tour 2 Contrôle Infernale. Après Piège de Cristal, place à 58 Minutes pour Vivre et à la prise de contrôle d’un aéroport par un groupe terroriste. Avec un tel synopsis, les scénaristes avaient libre champ pour laisser place à une folie similaire à celle qui avait permis au premier opus de devenir la comédie “culte” qu’elle est aujourd’hui. Avec une telle suite, ou plutôt prequel, puisque les acteurs interprètent les parents des personnages du premier film, Éric et Ramzy semblent ne pas avoir compris ce qui nourrissait l’humour régressif de La Tour Montparnasse Infernale.

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Une comédie régressive, aux personnages tous plus idiots les uns que les autres, mais à des degrés différents. Des personnages qui n’étaient pas que de simples idiots, mais des êtres humains simplets aux caractérisations bien prononcées. La jeune femme qui cache son jeu, le méchant qui veut faire le beau pour attirer la jeune femme, un laveur de carreau doté d’un enfant de huit ans et le second laveur de carreau plus réfléchi, mais obnubilé par son physique et qui veut toujours faire le malin. Ça ne s’arrêtait pas là. Chacun des personnages secondaires avait un rôle bien prédéfini, un rôle qui reposait sur un stéréotype bien représentatif du cinéma d’action. La Tour 2 Contrôle Infernale se base essentiellement sur ce qui a fait le succès du premier film et non sur une envie de faire quelque chose de nouveau. C’est du cinéma de recyclage tant dans la forme que dans le fond. Si l’histoire ne nous importe peu, c’est dans les dialogues et les différentes répliques que le film déçoit. Les gags sont laborieux et ne prennent que très rarement. Là où le premier opus possédait un script qui avait du tonus et du dynamisme dans l’enchaînement des gags, ce prequel est marqué par un flegme redoutable. Les gags se font attendre, les répliques ne viennent pas et pour combler ce manque, les quelques gags qui auraient pu être drôle si rythmés et successifs à d’autres, sont rallongé et étirés jusqu’à la corde. Soucis scénaristique majeur du film, étant de prendre ses protagonistes pour des idiots et de les traiter en tant que tel. Il n’y a aucune empathie à leur égard, ils sont envoyés en pâture afin que le public se moque littéralement d’eux. On est dans un humour moqueur, tout à l’opposé de ce que réussissait à mettre en place le premier film dès sa scène d’exposition.

La Tour 2 Contrôle Infernale repose sur un scénario indigeste qui ne trouve jamais le bon ton, ni le bon rythme afin que les répliques et les gags puissent s’enchaîner avec dynamisme. Reste le casting et en tête le duo Éric et Ramzy. Un duo que l’on aime et dont leur sens de la répartie et leur complicité fait que le spectateur arrive à sourire à quelques maigres reprises. On sourit de temps à autre, mais ils nous font plus de peine qu’autre chose. Notamment en ce qui concerne Éric Judor. Comique à la répartie impeccable et dont les mimiques et exagérations de jeu font très souvent mouche, il s’enfonce d’autant plus avec ce film, qu’il réalise et co-scénarise. Lui qui, avec Platane réussissait à faire rire et faire gagner en empathie son personnage, image fictive de lui-même, se vautre littéralement dans ce nouvel exercice. La Tour 2 Contrôle Infernale aurait gagné à être vu comme un film réalisé par un idiot et non pas comme une comédie dont les choix de cadrages n’ont comme simple intérêt de montrer les personnages. Aller au bout de choses et faire de la caméra un nouveau personnage qui choisit de montrer des choses imprévues et effectuer des mouvements incongrus. Une réalisation à laquelle il manque des choix pertinents, un sens du cadre et majoritairement de l’audace.


En Conclusion :

La Tour 2 Contrôle Infernale, ne fait pas partie de ces comédies populaires françaises que l’on aime détester. C’est une comédie populaire française que l’on aurait aimé adorer et défendre, mais qui n’est malheureusement que recyclage et consternation. Consternation devant une réalisation laborieuse et un scénario qui ne trouve jamais le ton adéquat et le rythme juste afin que les répliques puissent emporter le spectateur. Répliques qui sont aux abonnées absentes, car le film se concentre à faire de ses personnages les plus grands idiots du monde. Des idiots que l’on pointe du doigt et envers lesquels, les scénaristes et le metteur en scène ne cherche jamais à faire naître une empathie. L’empathie étant le point clef afin de faire sourire et d’attacher le spectateur, c’était perdu d’avance.

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