La Chambre Bleue [Critique]

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“Dis- moi Julien, si je devenais libre,  tu te rendrais libre aussi ?
– Tu dis ?…
Un homme et une femme s’aiment en secret dans une chambre, se désirent, se veulent, se mordent même. Puis s’échangent quelques mots anodins après l’amour.
Du moins l’homme semble le croire.
Car aujourd’hui arrêté, face aux questions des gendarmes et du juge d’instruction, Julien cherche les mots.
« La vie est différente quand on la vit et quand on l’épluche après-coup. »
Que s’est-il passé, de quel crime est-il accusé ?…”

Mathieu Amalric est un acteur français dont la carrière a réellement décollé aux yeux du grand public en 2007 avec une prestation remarquable dans le film Le Scaphandre et La Papillon. Au-delà de ce film, il réside en cet homme un acteur talentueux dont la carrière débuta au début des années 90. En parallèle de son activité d’acteur, Mathieu Amalric est un réalisateur et scénariste à part entière. Investi au plus profond de projets, qui le tiennent à cœur puisqu’il ne les choisit pas sur un simple coup de tête – il dit vivre sur l’instant et aimé suivre son instinct, qu’il le mène soit vers un projet personnel ou un film de commande pouvant le toucher -, il participe constamment à l’écriture du scénario de ses réalisations, tout en étant très souvent devant et derrière la caméra. Alors qu’on l’attendait avec l’adaptation du célébrissime roman de Stendhal, Le Rouge et Le Noir – sur lequel il travaille depuis des années, mais n’arrive pas à écrire le scénario parfait à ses yeux -, Mathieu Amalric nous revient avec un petit film d’auteur nommé La Chambre Bleue. Avec seulement quelques noms au générique et un budget minime d’un million d’euros tout de même, on ne pouvait pas s’attendre à un film digne d’une ouverture du Festival de Cannes – souvent artificiels et creux, mais aux budgets dantesques -, mais ce qui est intéressant, c’est qu’on ne savait pas à quoi nous allions avoir à faire.

Petit thriller manichéen, La Chambre Bleue dispose d’un synopsis fort intéressant et intrigant puisqu’il met une ambiance en place en seulement quelque mot. Ce synopsis résume parfaitement le film et son montage. Contrairement à un thriller lambda qui passerait par une phase d’introduction avant de dévoiler le crime afin de finir sur le procès, ce film mélange les deux premières phases grâce à un montage intelligent et à une réalisation permettant au réalisateur de faire ce qu’il souhaite lors du montage. La Chambre Bleue fait partie des films qui pourraient se passer de dialogues et dont les images parlent d’elles-mêmes. Réalisés en grande partie à l’aide de plans fixes, ces derniers, judicieusement choisis, permettent aux spectateurs de chercher et d’effectuer leur propre enquête sur les personnages, ainsi que sur le crime qui a eu lieu, mais quel crime ? Parce que oui, alors qu’on nous présente dès la première scène un homme et une femme qui semble être fou d’amour l’un pour l’autre, l’homme est maintenant entendu par la police, mais nous n’avons pas pourquoi. Toujours dans l’optique d’offrir un thriller dans lequel les spectateurs doivent avoir envie d’en savoir toujours plus afin d’être surpris, Mathieu Amalric se sert des interrogatoires menés par la police afin de faire avancer en parallèle l’histoire qui va nous mener à une ou plusieurs chutes.

Cette façon de faire est très intéressante, car elle permet aux spectateurs de ne jamais rester passifs et d’être constamment plongés dans les plans afin de déceler l’indice qui va lui faire comprendre la chute avant même qu’elle ne nous soit dévoilée. Les personnages se dévoilent à nous au fur et à meure et de ce fait, nous pouvons comme cela avoir notre point de vue sur ce crime mystère. Pouvant être grossièrement décrit comme un Jeu de Cluedo traitant de sujets sensibles, mais réels comme l’infidélité et la folie de l’homme, Mathieu Amalric permet à son film de sortir du lot de grâce à une narration intéressante et une réalisation audacieuse, aux plans judicieusement choisis pour mettre en avant des décors riches en informations, qu’ils soient physiques ou sous la forme de sous-entendu. Néanmoins, on regrettera tout de même une perte d’inventivité et d’originalité dans la mise en scène à partir de la moitié du film jusqu’à son final. Même s’il ne réalise pas le film de l’année avec La Chambre Bleue, Mathieu Amalric intrigue, surprend et réjouit par le biais d’un thriller qui rend, avec parcimonie, hommage aux plus grands du genre – Truffaut, De Palma… -, que ce soit lors de plans fixes, notamment sur les corps, ou avec une esthétique et une mise en scène soignée. À ce niveau, Mathieu Amalric sublime le corps de l’actrice Stéphanie Cléau, sa compagne dans la vie. Actrice qui peine à convaincre malheureusement, contrairement à une Léa Drucker sur la réserve qui réussi à émouvoir alors que Mathieu Amalric fait le travail, sans pour autant bouleverser les codes.

4/5

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