Joy (Critique | 2015) réalisé par David O Russell

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Synopsis : “Inspiré d’une histoire vraie, JOY décrit le fascinant et émouvant parcours, sur 40 ans, d’une femme farouchement déterminée à réussir, en dépit de son excentrique et dysfonctionnelle famille, et à fonder un empire d’un milliard de dollars. Au-delà de la femme d’exception, Joy incarne le rêve américain dans cette comédie dramatique, mêlant portrait de famille, trahisons, déraison et sentiments.”

Il est l’une des plus grandes révélations de ces dernières années. Comme Quentin Tarantino, David Fincher ou encore Paul Thomas Anderson, le célèbre David O Russell fait partie de la nouvelle génération de réalisateurs autodidactes du milieu des années 1990. Contrairement à leurs mentors du nouvel Hollywood, ces jeunes génies se prennent à cultiver le post-modernisme. Leur cinéma n’a qu’un but : rendre perpétuellement hommage au style des réalisateurs des années 1970 sans chercher à recréer un nouvel âge d’or hollywoodien comme aurait pu constituer celui du cinéma classique des années 1930. Comme les autres membres de cette école, O Russell tient le devant de la scène depuis maintenant près de quinze ans. Auteur des célèbres The Fighter, American bluff ou encore Hapinness Therapy, le réalisateur de 57 ans fait partie des plus grands chouchous de l’Académie des Oscars et de la critique spécialisée. Dans ce cadre, son nouveau film, Joy, faisait partie des plus grandes attentes de l’année. Force est de constater qu’il s’impose hélas comme une petite déception. Loin d’être un mauvais film, sa nouvelle réalisation constitue malheureusement une potentielle impasse stylistique.

Car de style, O Russell n’en manque pas et n’en a jamais manqué. Grand directeur d’acteur, ce cinéphile malin écrit ses films en plus de les réaliser. Focalisant le gros de son travail sur l’écriture et la direction des personnages, le cinéma de David O Russell déborde de vitalité et d’énergie, révélant souvent un certain goût pour le théâtre. Le personnage russellien crie, hurle, bouge dans tous les sens. En une phrase, il fait vivre le cadre, mettant souvent la mise en scène d’O Russell au diapason de sa démesure. Là est la potentielle limite de son nouveau film. Se focalisant beaucoup trop sur la théâtralité des échanges des personnages qui tourne malheureusement trop souvent à vide, étouffant ainsi les principaux enjeux thématiques de son intrigue, le film peine malheureusement à trouver un réel langage. Joy s’impose en effet comme un film qui s’emporte et se complait dans un style décalé, enferrant son réalisateur dans une démarche ambiguë ne sachant pas réellement où il va. O Russell sombre ici dans un tourbillon chaotique de tons et de thèmes hétérogènes.

Parce que oui, on ne sait pas vraiment ce qu’il a envie de nous raconter, ni même comment il veut nous le raconter. Sans se poser de limites, le réalisateur américain nous livre une histoire manquant d’unité dans son rythme scénaristique et dans le ton de ses séquences. Dans la première partie de son film, O Russell nous présente le cadre étouffant dans lequel évolue son héroïne. Affichant son goût pour le burlesque et l’hystérie, il nous livre ici le portrait d’une famille atypique comme dans Hapinness Therapy. Une famille qui a du mal à fonctionner, mais qui, au lieu d’émouvoir, énervera terriblement. Trop d’hystérie et de théâtralité gratuite et souvent vide empêche le réalisateur de se poser et de bâtir les jalons émotionnels de portraits réellement convaincants. Les mimiques des protagonistes sont grossières, chaque acteur cabotine ici à outrance.

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Car oui, David O Russell semble là se complaire dans une espèce de spectacle qui ne dit pas son nom. Son objectif, même s’il ne l’assume pas pleinement, est moins d’émouvoir que de faire vibrer gratuitement le spectateur. O Russell semble ici afficher son amour gratuit et enfantin de la forme, la théâtralité gratuite, le mouvement, la saturation d’effets divers. Sa mise en scène fonctionne en effet souvent grâce à des effets de juxtapositions de musique pop, de cris d’acteurs burlesques et de mouvements de caméras criards. Aucune des situations ni des problèmes au sens dramaturgique ne semblent surgir d’une quelconque immanence interne au film, mais plutôt d’effets mécaniques extérieurs, comme si O Russell avait tout programmé d’avance et qu’il réglait toute situation ou faisait retranscrire toute ambiance grâce à ses sparadraps et effet mécaniques. Parce que oui, la trame de Joy manque de cohérence et de ton réellement homogène.

Après un premier acte versant dans le burlesque donc, le film se lance dans son deuxième mouvement : celui qui nous présentera Joy devenir une star du petit écran à travers un bras de fer avec Bradley Cooper qui excelle ici dans son rôle de directeur marketing punchy. Le film prend ici une toute autre dimension. Il brille par l’interprétation de ses acteurs dont les interactions fonctionnent très bien. O Russell laisse ici s’exprimer pleinement sa mascotte à qui il doit tout son succès : Jennifer Lawrence. Entre timidité et ridicule volontaire, la jeune actrice de 25 ans apporte toute une nuance à son personnage, créant un lien direct entre le public, elle et le reste du casting. Le duo Lawrence-Cooper fonctionne ici à merveille et sauve la première partie du film. Le métrage se perdra à nouveau dans un troisième acte décrivant Joy devenir une femme d’affaire incollable. Ce dénouement trop court et pas assez développé paraitra écrasé et parachuté.

Après deux heures d’un métrage plutôt foutraque, Joy égraine des thèmes qu’il ne peut totalement traiter. L’accomplissement de soi, l’Amérique des années 1970, la place de la femme, le rêve américain, la famille, la réussite individuelle semblent simplement introduits sans cohérence dans une petite fresque vampirisant ses thèmes à cause d’une trame sans réel souffle ni rythme ou ton. Oscillant trop entre le drame et la comédie, le décalé et le sérieux ou le cabotinage et le premier degré, O Russell se laisse aller en roue libre et se risque au final à ne plus parler de rien. Une fresque sur la vie de Joy paraît ici trop peu développée pour être pleinement convaincante, la mise en scène d’une tranche de vie aurait pleinement suffit. Le mélange des genres n’aurait pu en réalité pleinement marcher que si le réalisateur avait cherché à incorporer une part d’ambivalence dans chaque image ou séquence théâtrale au lieu de la filmer pour elle-même.

JOY


En Conclusion :

En livrant le portrait d’un membre désenchanté des classes moyennes américaines, O Russell rend ici plus hommage aux frères Coen qu’à Scorsese (contrairement à ses derniers films). Sans trouver le bon ton ni même la bonne approche thématique, O Russell se perd dans son propre style. Malgré quelques belles séquences (tout n’est pas à jeter dans ce film, loin de là) et une Jennifer Lawrence époustouflante, son cinéma ne vibre plus, n’attendrit plus. Sans être un film complètement désagréable, Joy constitue hélas une potentielle impasse dans le style de David O Russell. Après ce neuvième long-métrage, ce jeune auteur talentueux se confronte à la cruelle nécessité du renouvellement au risque de décevoir.


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