Joe [Critique]

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“Dans une petite ville du Texas, l’ex-taulard Joe Ransom essaie d’oublier son passé en ayant la vie de monsieur tout-le-monde : le jour, il travaille pour une société d’abattage de bois. La nuit, il boit. Mais le jour où Gary, un gamin de 15 ans arrive en ville, cherchant désespérément un travail pour faire vivre sa famille, Joe voit là l’occasion d’expier ses péchés et de devenir, pour une fois dans sa vie, important pour quelqu’un. Cherchant la rédemption, il va prendre Gary sous son aile…”

Réalisateur à la filmographie excentrique, David Gordon Green a su nous divertir dans un premier temps grâce à la comédie réjouissante Délire Express, portée par le duo hilarant formé par James Franco et Seth Rogen. Par la suite, ce même David Gordon Green a cherché à continuer sur cette lancée en essayant de s’approprier un cinéma burlesque proche de celui des Monty Python, mais il s’est malheureusement lamentablement vautré. Navet difficilement oubliable, Votre Majesté restera gravé dans notre mémoire, malgré notre forte envie de l’en enlever. Allez savoir pourquoi, c’est à peine deux ans après son désastre Votre Majesté, que la carrière de David Gordon Green prit un tournant considérable. Fini les comédies burlesques et potaches. Bienvenu à un cinéma plus terre-à-terre et surtout auteuriste dans l’âme. Souhaitant faire passer certains messages, tout en provoquant plusieurs émotions chez le spectateur, David Gordon Green s’épanouit dans ce nouveau registre et nous provoque un plaisir fou. Après Prince of Texas et avant le très prometteur sur le papier Manglehorn, avec Al Pacino, voici que débarque Joe. Personnage désemparé souhaitant seulement vivre sa petite vie paisible avec son chien et les plaisirs qui lui sont offerts entre le club et son travail quotidien, Joe représente l’homme de la terre et en règle générale l’homme n’ayant aucun rapport avec la société consumériste dans laquelle nous vivons.

Ce qu’il y a d’intéressant dans le cinéma actuel, c’est que beaucoup de réalisateurs décident de passé outre noter société et d’ancré leurs histoires dans un monde où la nonchalance frappe chacun et où chacun a le droit de vivre comme il le souhaite tout en ayant à faire face aux difficultés de la vie. Frappant là où ça fait mal, David Gordon Green va droit au but avec un film qui ne se prive pas de choquer, tout en restant dans la démonstration. Histoire pouvant bouleverser tout en faisant réfléchir sur certaines psychologies humaines, Joe est un film qui ose l’affrontement entre deux fortes personnalités. D’un côté Joe, homme terre-à-terre, mais ayant un fond paternel et naturel. De l’autre côté Wade Jones, père alcoolique de Gary Jones, qui ne connaît pas le sens des mots responsabilités et humanité. Tout oppose ses deux hommes et cet affrontement et à la fois brutal et intelligent. Là où l’irresponsabilité du second lui donnera tord et nous prouvera qu’il ne mérite pas de vivre à cause de tels agissements, le premier réussira à resté loyal envers lui-même sans blesser les autres. Chaque homme cache sa part d’ombre, mais chaque homme est sensiblement différent à cause de ses actes passés et ses agissements présents. Intelligemment écrite, cette confrontation monte en gradation tel Le Lac des Cygnes de Tchaïkovski monte en puissance au fur et à mesure de son avancement. Débutant avec nonchalance, comme un round de repérage, la puissance et la rage présente en chacun des personnages va grandir petit à petit, avant d’exploser dans un final à la fois poignant et brutal.

Toujours plus fort dans son écriture, le scénario écrit par Gary Hawkins -dont c’est ici seulement le second scénario alors un grand bravo à lui- développe en parallèle la confrontation entre les deux figures paternelles, avec le mimétisme existant entre Joe et Gary Jones. Si Joe se bat pour faire en sorte que Gary Jones puisse avoir une vie confortable et une véritable figure paternelle en tant que père, c’est parce qu’il se retrouve en ce jeune garçon. À la fois grâce à l’écriture et à la minutieuse réalisation de David Gordon Green, le spectateur effectue dès les premiers instants un rapprochement entre les deux personnages. Grâce à un premier montage parallèle astucieux, le spectateur se demande si les deux personnages ne sont pas en réalité qu’un, tellement leurs agissements paraissent identiques. Ce n’est seulement qu’à la fin de ce court, mais intense montage parallèle , qu’on arrive à voir que les deux personnages ne sont pas qu’un, mais disposent de similitudes, qui les mèneront à ce revoir et à se comprendre.

Intense, profond et bouleversant, le scénario de Joe s’avère minutieux et brutal à la fois. Terrible, mais tellement réaliste, il use avec panache et conviction des thèmes que sont le lien familial et la figure paternelle au sein d’une famille, tout en effectuant une réflexion sur les agissements de l’homme face à son égal. C’est avec une large palette de plans, que David Gordon Green offre à ce superbe scénario, un background impressionnant tout en restant minimaliste sur la forme. Avec sa caméra, le réalisateur ne cherche pas seulement à cadrer le visage du protagoniste, il va également chercher le contre-champs et nous offre parfois quelques moments d’anthologie qui sont beaucoup plus parlant qu’un simple focus sur un personnage. À la fois libre dans son cadre, comme dans sa manière de filmer, David Gordon Green nous offre un film fluide et dynamique qui met à la fois en valeur les formidables prestations des acteurs -Nicolas Cage et Tye Sheridan en tête qui sont absolument remarquables- et le background mis en place avec cette société rurale. Non seulement une surprise, un véritable chef-d’œuvre sorti de nulle part.

5/5

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