Isle of Dogs réalisé par Wes Anderson [Sortie de Séance Cinéma]


Synopsis : “ En raison d’une épidémie de grippe canine, le maire de Megasaki ordonne la mise en quarantaine de tous les chiens de la ville, envoyés sur une île qui devient alors l’Ile aux Chiens. Le jeune Atari, 12 ans, vole un avion et se rend sur l’île pour rechercher son fidèle compagnon, Spots. Aidé par une bande de cinq chiens intrépides et attachants, il découvre une conspiration qui menace la ville. ”

Les lumières de la salle de cinéma s’allument, tu te repositionnes sur ton siège pour avoir fière allure parce que la position “je m’installe comme à la maison” ce n’est pas trop ça, et là, ton ami(e) se retourne vers toi et te pose la question fatidique…

Neuf ans et deux films en live action après la sortie de Fantastic Mr. Fox, le cinéaste Wes Anderson revient à l’animation. Si pour beaucoup Fantastic Mr. Fox est considéré comme son meilleur film, il nous a surtout depuis prouvé être capable d’autant de créativité et d’ingéniosité dans le film d’animation que dans le film en prise de vues réelle. The Grand Budapest Hotel, son dernier film en date, était un savant mélange entre le maniérisme technique d’un Fantastic Mr. Fox et la drôlerie touchante d’un Moonrise Kingdom. Qu’a-t-il de plus à prouver, maintenant qu’il semble à son apogée ? Rien. Wes Anderson n’a plus rien à prouver et c’est pour cela qu’il revient à l’animation. Utiliser l’animation afin d’essayer de nouvelles choses, s’amuser avec le surréalisme permis par l’animation, tout en conservant cette saveur Andersonienne si particulière.

Sam (Moonrise Kingdom, 2012), Zéro Moustafa (The Grand Budapest Hôtel, 2014), Max Fischer (Rushmore, 1999), Ash (Fantastic Mr. Fox, 2010) et maintenant Atari. Film après film, transparaît dans le cinéma de Wes Anderson un amour pour la figure de l’enfance. Le passage de l’enfance à l’adolescence, voire à l’âge adulte. Ce moment où un petit garçon décide de faire un choix qui va le mener à avoir de véritables responsabilités. Si le personnage en question n’est pas toujours le protagoniste, il va être le moteur de l’action. Celui par lequel va être lancée une course poursuite effrénée qui ne s’arrêtera qu’au moment où il arrivera à son objectif, épaulé par des acolytes qui ne sont autres que sa famille ou la représentation de cette dernière. Ici, une famille de substitution avec les meilleurs amis de l’homme. Racontant l’histoire du jeune Atari parti sur l’île aux chiens afin de retrouver son fidèle compagnon exilé de force par le maire de Megasaki, Wes Anderson met en scène une nouvelle course-poursuite dont la thématique première est l’amour envers son prochain. Aimons-nous les uns les autres, comme dirait l’autre. Paressant niais ou naïf écrit comme cela, ce qui n’est pas du tout le cas grâce à une connivence globale de l’œuvre et une utilisation astucieuse de différents genres de comédies. Du comique de répétition au comique de geste en passant évidement par la parole, le cinéaste sait comment se servir de chacun afin de faire rire. Et ce, sans trop en faire ou faire dans la redite.

“Pas le Wes Anderson’s Movie le plus créatif, ni le plus inventif visuellement, mais indéniablement le plus drôle et le plus touchant.”


Wes Anderson prône un cinéma mignon et coloré, où se rejoignent la romance et la comédie. Les thématiques abordées sont celles que l’on retrouve généralement dans le teen movie, mais au fil du temps, il s’est échappé de ce carcan afin de s’exprimer pleinement. Une vitesse de mouvement accrue, plus de rythme, un travail pictural réalisé sur chacun des plans et surtout des films de plus en plus drôles. S’il dit être inspiré par Bergman, Truffaut, Fellini ou encore Antonioni (ce qui n’est pas faux dans la caractérisation très sensible et émotive des personnages par sa mise en scène et son cadrage), son cinéma se rapproche de plus en plus de celui de l’âge d’or du cinéma muet comique. Film après film, sa mise en scène a gagnée en dynamisme donnant de ce fait l’impression d’une chorégraphie chirurgicale délimitée par le bord du cadre. Wes Anderson fait danser ses personnages (live action et stop motion) comme des marionnettes, joue avec et fait en sorte que le spectateur ne soit jamais à l’arrêt. Isle of Dogs est en ce sens remarquable avec aucune pause ou ventre mou à déplorer. Si les personnages ne sont pas en mouvement dans le cadre, l’un d’entre eux brisera le quatrième mur regardant (pour Fantastic Mr. Fox) ou s’adressant directement au spectateur (pour Isle of Dogs).

Un spectateur sans cesse en activité, qui a toujours quelque chose à regarder (premier ou second plan), et ce, sans compter sur les mouvements de caméra et les cadres maniéristes propres à Wes Anderson. La mise en scène, généralement sur deux plans, permet au réalisateur de jouer avec les axes X et Y (travelling vers l’avant, vers l’arrière et latéraux) pour donner de la vie et de la densité à ses tableaux. Le cinéaste ne jure que par une symétrie parfaite, tous les personnages sont attirés par le centre du cadre, en joue énormément et en rigole en cassant pour la première fois avec Isle of Dogs quelques angles de manière astucieuse. Un maniérisme qui lui vaut quelques critiques de la part de certains qui trouve son cinéma trop propre sur soi, mais c’est bel et bien cet élément qui lui permet de s’exprimer et de caractériser ses personnages à un moment donné. Décadrer un personnage pour expliquer qu’il ou elle n’est pas écoutée, faire une contre plongée afin de démontrer une supériorité… la base du cinéma dira-t-on, mais une base aujourd’hui de plus en plus laissée pour compte. Si le film Isle of Dogs accuse d’un scénario trop dense à cause d’un nombre excessif de personnages secondaires, beaucoup restent au rang de simples faire-valoir ou ressorts comiques, le cinéaste réussit néanmoins à inculquer une personnalité à bon nombre d’entre eux. Et ce notamment par sa mise en scène, son cadrage et quelques dialogues savoureux.

Le pouvoir du cadrage, concevoir des plans visuellement beaux tout en étant significatifs et nécessaire au développement des personnages, sans occulter l’utilité des dialogues tout en jouant avec les barrières de la langue. Autre ressort comique exploité par le cinéaste afin de mettre sur un pied d’égalité chiens et humains, tout en justifiant qu’ils ne se comprennent pas les uns et autres. La signification est simple, mais forte et habile. Pas qu’un simple effet, mais bien un élément scénaristique permettant la justification du fait que les chiens soient dotés de la parole, ainsi que de l’avancée de l’histoire et le développement de la relation entre les personnages principaux. Si Akira est l’élément moteur du récit, les protagonistes sont bels et bien Chief et Spots. Deux personnages rendus touchants et attachants grâce à l’inculcation d’une humanité dans leurs regards respectifs. Visuellement somptueux, les 27 animateurs et 10 assistants qui ont travaillé sur ce film ont créé près de 900 modèles afin de donner vie aux personnages. Si les humains sont volontairement plus raides et moins fluides dans leurs vitesses de déplacement (hommage au théâtre japonais et une volonté de déshumaniser certains humains), il en va de l’inverse pour les chiens. Superbement animés et dotés de cette lueur dans le regard qui veut tout dire. D’autres comme Fox, Duke et Nutemeg marquent également, mais bien moins que les principaux à cause d’une présence à l’écran minime et aux backgrounds moins exploités.

Sans conteste et sans surprise, Wes Anderson signe une petite merveille du cinéma d’animation. La stop motion a un charme indéniable et permet au cinéaste minutieux et maniériste qu’il est, d’avoir les pleins pouvoirs sur chaque détail et notamment la rythmique à adopter afin de faire rire ou d’émouvoir. La mise en scène et le cadrage parlent d’eux-mêmes et les dialogues viennent suppléer le visuel, souvent pour faire pérenniser le sourire sur le visage des spectateur.rice.s. Encore plus que dans Fantastic Mr. Fox, y’a dans ce Wes Anderson du Ray Harryhausen mais inversé avec des humains plus raides et moins humains que les chiens. Un ensemble emporté par une bande sonore entraînante, mais très dur et brutale à l’image du personnage d’Akira (et de son éducation à la dure) faisant ressortir par opposition chaque aspect comique d’un film qui ne se prend pas au sérieux. Pas son film le plus créatif, ni le plus inventif visuellement comparé à The Grand Budapest Hotel (il n’en demeure pas moins magnifique et maîtrisé), mais indéniablement le plus drôle et le plus touchant. On en redemanderais bien !


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