Hellboy, l’expérience Ludovico venue des enfers

Synopsis : « Hellboy est de retour et il va devoir affronter en plein cœur de Londres un puissant démon revenu d’entre les morts pour assouvir sa vengeance. »


Les lumières de la salle de cinéma s’allument, tu te repositionnes sur ton siège pour avoir fière allure parce que la position “je m’installe comme à la maison” ce n’est pas trop ça, et là, ton ami(e) se retourne vers toi et te pose la question fatidique…

Apparu pour la première fois en 1994 avec la dualogie Les Germes de la Destruction sur un scénario écrit par John Byrne et des dessins signés Mike Mignola, Hellboy est depuis ce temps devenu un personnage de graphic novel qui ne c’est pas contenté de vivre sur des pages imprimés. Entre longs-métrages en prises de vues réelles et films d’animation, Hellboy est entré dans notre monde de la pop culture, devenant un personnage clé pour beaucoup d’adeptes. Et il est vrai qu’il est un personnage clivant, de par son allure et sa caractérisation très authentique, oscillant entre la naïveté enfantine attendrissante et la condescendance adolescente sur certains points. Ce qui fait de lui un personnage complexe et très intéressant. Démon provenant des enfers, devenu un atout au service de la société afin de protéger notre belle planète Terre de méchants démons, Hellboy doit faire face à de nombreux dilemmes liés à ce qu’il est fondamentalement : un démon. Un démon qui ne ressemble en rien à un être humain, un démon à la force surhumaine, mais également capable de déchaîner les enfers sur Terre. Il est un personnage complet et complexe, ce qu’avait parfaitement compris un Guillermo del Toro qui en avait saisi la substantifique moelle romantique au point de faire de faire de sa dualogie une réelle réflexion sur l’amour et la passion, servis par de magnifiques morceaux d’action et de bravoure. Deux monuments dont on ne verra jamais la fin à cause d’un box office négatif, poussant les producteurs à réaliser un reboot de la franchise, décrétant que les spectateurs attendaient du spectacle, de l’humour et du gore. Notre but va être de vous parler de cette version 2019 de Hellboy, sans jamais réaliser la moindre comparaison avec les films écrits et réalisés par Guillermo del Toro. Ce qui n’est pas gagné!

Il y a deux ans de ça, nous étions dans la ville de Cannes dans le sud de la France afin de couvrir le plus grand festival de cinéma au monde : le Festival de Cannes. C’est au détour d’une de nos promenades dans les dédales du Marché du Film que nous avions découvert les premières affiches, créées afin de vendre le projet, d’un projet encore titré Hellboy : Rise of the Blood Queen. Le projet avait donc officiellement un titre et donc un arc narratif, à savoir celle de Nimue the Blood Queen. Véritable nouvelle aventure avec un nouveau casting (devant comme derrière la caméra), sans que ce ne soit un reboot ou alors reboot complet de la franchise ? Si la question était de mise à l’époque, elle ne l’est plus aujourd’hui. On oublie le sous-titre, aujourd’hui le film s’intitule Hellboy et tel que l’a déclaré Mike Mignola lors de la New York Comic-Con 2018 : “J’ai été surpris par l’orientation choisie pour ce nouveau film, car l’histoire se déroule au milieu de toute l’histoire du personnage, mais je me suis vite rendu compte que c’était l’arc narratif parfait pour inculquer un ton différent de ceux des précédents films. Et on c’est arrangé afin de lier à cette histoire, qui n’est donc pas le début des aventures du personnage, les origines de Hellboy afin de pouvoir raconter les origines du personnage.” Suite ou reboot ? Hellboy est une suite non avouée qui désavoue les précédents films. Là est fondamentalement tout le problème premier de ce film : il cherche à contenter tous les publics.

Si dès la première séquence Neil Marshall démontre la volonté de ne pas refaire ce qui a déjà été fait (Hellboy ne se cache pas et est reconnu), il ne va cesser les coups de coude envers les puristes afin de leur faire comprendre : regarde c’est ce que tu réclamais on l’a fait. Sauf que non, il ne le fait même pas complètement (et l’image de présentation n’a pas été choisie au hasard) parce qu’il se doit de contenter tout le monde. Est-ce un film d’action à forte orientation horrifique ou un actionner sériesque jusqu’au-boutiste ? Il se veut être les deux et à trop vouloir en faire, il ne réussit qu’à devenir un patchwork d’idées sans âme, ni implication de la part d’un réel auteur. Un enchaînement de séquences, liées par des dialogues souvent savoureux, aux ambiances diamétralement opposées. Si Neil Marshall ne renie jamais son amour pour le cinéma d’horreur et d’épouvante (la séquence du Babayaga est certainement la plus belle esthétiquement et la plus réussie), on ressent de manière frénétique la main de producteurs qui cherchent sans cesse à lui rappeler qu’il faut ajouter de l’action et de l’humour. Un humour extrêmement bas du front, rarement drôle pour ne pas dire jamais et suffisamment mal employé pour desservir le personnage. Démon au corps musclé et à la carrure impressionnante, Hellboy n’en demeure pas moins un être humain en proie aux tourments d’un adolescent. Ce qui peut être drôle, touchant et attendrissant. À cause d’un humour pas drôle, mal dosé et d’une direction d’acteur complètement à la ramasse, Hellboy apparaît ici comme un gamin capricieux, énervant et antipathique. Il est détestable au plus haut point, tout simplement parce qu’ils voulaient lui inculquer une caractérisation de rebelle cool. Une cool attitude désastreuse pour le personnage que l’on veut voir dépérir au fin fond d’une caverne fermée à tout jamais, mais également pour le film dans sa généralité.

Une “cool attitude” qui passe par des répliques désastreuses, ainsi que par des scènes d’action dénuées de plaisir pour un spectateur qui reçoit un mash-up bruyant et énervant de plans didactiques découpés à la serpe, de CGI pas achevés (le manque de budget alloué au projet et la fadeur de la mise en scène se dévoilent au travers d’incrustations laborieuses dont le résultat chaotique n’est pas la faute des studios de post-production en charge), ainsi que d’une accumulation de plusieurs pistes sonores que sont les dialogues, les bruitages intra-diégétiques, les bruitages ajoutés, ainsi qu’une piste musicale. Pistes musicales qui oscillent entre pop et rock tel un jukebox en roue libre qui ne sait quoi choisir entre Psycho de Muse, The Devil you Know de X Ambassadors, Figure it Out de Royal Blood, une reprise espagnole de Rock me like a Hurricane ou encore la bande originale composée par Benjamin Wallfisch. Par moment, ils se font même le plaisir de cumuler une piste originale et une musique tirée de la Score. Plus on est de fou plus on rit après tout. Une accumulation de bruits inaudibles et assourdissants sans aucune notion de mixage. Le but étant que ça aille vite et que ce soit cool. Suicide Squad vous vous dites ? On est au-delà de ça, parce qu’il n’y a en ce Hellboy aucune cohérence artistique. Chaque séquence semble indépendante l’une de l’autre et la colorimétrie renforce cette impression. Si les intérieurs sont néanmoins bien travaillés grâce à l’apport d’Alison Harvey qui en tant que décoratrice plateau, réussit à délivrer de beaux intérieurs qui essayent d’inculquer un certain charme et une tonalité au film. Des intérieurs majoritairement sublimés par une gestion des éclairages loin d’être moches (toujours inspirés par l’art gothique et le cinéma d’épouvante), mais jamais mis en avant par la caméra à cause d’une mise en scène vide de sens et d’une réalisation aussi fade que didactique. À partir du moment où sont utilisés plus de dix axes de caméra pour filmer une simple conversation dans un couloir entre trois personnages, on sait qu’il y a un problème et que Hellboy n’est finalement qu’un cas d’école parmi tant d’autres.

Hellboy version 2019 est un cas d’école. Même pas besoin de vous accrocher les paupières afin que vos yeux restent scotchés à l’écran fasciné par ce que vous voyez et dans l’attente de ce que vous allez voir par la suite. Patchwork sans âme, ni audace ou intérêt, Hellboy ne ressemble à rien. Neil Marshall semble dépassé par le projet, ne sachant véritablement s’il doit instaurer une ambiance horrifique ou enchaîner les séquences d’action sur fond de rock pop bruyant et horripilant. Une fois n’est pas coutume, Hellboy ne lorgne pas avec le mauvais goût lors de ses séquences d’action, il l’embrasse telle la terre promise. C’est chaotique au point d’en devenir fascinant. Sans parler de son scénario rudimentaire qui en oublie littéralement d’expliquer les pouvoirs de Nimue the Blood Queen, dont on a toujours pas compris ce qu’elle était capable de faire, à part, rien. Elle ne fait vraiment rien, c’est fascinant. Néanmoins, tout n’est pas dépourvu d’intérêt, car s’il ne possède aucune cohérence artistique, Hellboy est un film qui démontre le talent de quelques techniciens. De la décoratrice plateau en passant par les responsable des maquillages. S’il ne s’en sert à aucun moment à cause de son scénario calamiteux, Hellboy met en avant plusieurs créatures dont Guillermo del Toro ne renierait pas le design. Des créatures vraiment intéressantes et qui ont du caractères visuellement à défauts d’être bien exploitées ou mises en scène. De beaux maquillages, lorsqu’elles ne sont pas en CGI. Et finalement, même en ne faisant qu’écrire un simple article, on a réussi une chose que le film ne réussit pas : avoir un but. Après tout on a réussi à ne pas comparer le chef d’oeuvre de 2004 à cette chose aussi bruyante que fascinante !


« Hellboy, ou la représentation cinématographique d’une orgie sexuelle. Tu pourrais y prendre du plaisir, mais tu vas surtout chopper les pires maladies au monde. »


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