Happy End réalisé par Michael Haneke [Sortie de Séance Cinéma]

Synopsis : «”Tout autour le Monde et nous au milieu, aveugles.” Instantané d’une famille bourgeoise européenne. »

Les lumières de la salle de cinéma s’allument, tu te repositionnes sur ton siège pour avoir fière allure parce que la position « je m’installe comme à la maison » ce n’est pas trop ça, et là, ton ami(e) se retourne vers toi et te pose la question fatidique…

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De retour en compétition en 2017 pour une troisième palme d’or à Cannes, le cinéaste autrichien Michael Haneke revient avec son nouveau film : Happy End. L’histoire se situe à Calais où l’on suit le quotidien d’une famille bourgeoise qui fait face à plusieurs situations, notamment un accident dans un chantier, une entreprise familiale dirigée par la fille Anne Laurent (Isabelle Huppert). Mais aussi l’arrivée dans la famille de la petite dernière, Eve (Fantine Harduin), fille d’un premier mariage du frère Thomas (Mathieu Kassovitz), dont la mère se retrouve dans le coma à cause d’une overdose aux antidépresseurs. Ainsi que la tentative de suicide du grand-père fortuné George Laurent (Jean-Louis Trintignant) pour couronner le tout. Le ton est tout de suite donné, nous suivons une famille peu ordinaire, avec ses dérives, ses névroses, et surtout très bourgeoise, quelque chose que le metteur en scène souligne à chaque instant comme dans plusieurs de ses œuvres.

Une obsession pour le milieu bourgeois chez le cinéaste dont on peine assez souvent à se demander où est sa position par rapport à ce qu’il nous raconte sur ce milieu. La mise en scène est extrêmement cadrée, des plans fixes, longs et lents. Michael Haneke est dans une certaine complaisance de sa mise en scène, alternant entre le classicisme et une forme de modernité actuelle, en passant par les nouvelles technologies de notre époque.

“Un casting prestigieux (Jean-Louis Trintignant, Isabelle Huppert, Mathieu Kassovitz, Toby Jones, etc…) dont Michael Haneke ne fait absolument rien.”

Et c’est là qu’apparaît le principal défaut du film Happy End ; dans son utilisation des nouveaux médias dans la mise en scène. Le film s’ouvre sur une scène filmée avec un iPhone, avec l’application Snapchat, où la jeune Eve filme sa mère dans la salle de bain. Avec des messages apparaissant sur l’écran, elle commente les actions de sa mère. Une forme de mise en scène où Michael Haneke semble tenter de s’approprier les codes des nouvelles technologies de notre génération pour faire de l’exercice de style pur. Sauf que cela ne donne à voir qu’un cinéaste d’une génération passée qui ne comprend guère l’utilisation de ses technologies et regarde de haut notre génération avec un certain mépris.

Michael Haneke dresse un portrait de famille glaciale où chaque membre n’est identifié que par ses défauts, plutôt que ses qualités. Il fait par la même occasion un constat de notre actualité en nous montrant des images du journal télévisé pour nous montrer l’état d’un monde en crise. Et au milieu du monde qui s’écroule, le cinéaste filme une famille bourgeoise, aveugle et égoïste, dans des intérieurs chics et froids, à l’image de la propreté de sa mise en scène.En filmant l’infidélité d’un père à travers des messages obscènes qu’il envoie sur Facebook, le cinéaste autrichien montre un certain dégoût pour cette nouvelle ère dans laquelle s’inscrit cette famille qui est entourée de ses nouvelles technologies par lesquels le cinéaste passe pour les juger derrière sa caméra.

On ressort de Happy End en n’ayant l’impression d’avoir assisté à un discours moralisateur sur notre génération par un cinéaste qui filme en regardant avec complaisance la froideur de sa mise en scène. Un portrait cynique, avec des personnages que le cinéaste nous forcerait presque à détester dès leurs premières apparitions. Michael Haneke filme le néant dans un monde moderne qu’il ne comprend pas, où lui seul comprend ce qu’il filme à travers l’image de iPhone d’une petite fille qui filme sa mère et son Hamster en train de mourir d’overdose. Une scène d’une cruauté perverse et complaisante qui n’est pas sans rappeler la marche mortuaire du film Amour et le massacre d’une famille « bourgeoise », de nouveau, dans Funny Games. Nul doute que le dernier film de Michael Haneke n’a rien d’une « Happy End » comme le promettait le titre avec ironie. Mais il s’agit encore moins d’une fin heureuse pour le spectateur qui ressort avec l’impression d’être détesté par le film et le cinéaste, au même titre que ses personnages.

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