Hans Zimmer (Chronique | Musique) Producteur – Compositeur – Superstar

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Après avoir parlé du grand Ennio Morricone il y a quelques mois de cela (lire la chronique), attaquons-nous à un compositeur connu de tous. Un compositeur dont la renommée est telle qu’il possède à la fois son nombre impressionnant de fans, mais également de détracteurs. Lançons une nouvelle Civil War avec cette chronique musicale en deux parties, dédiée à Hans Zimmer !


Hans Zimmer est sans doute l’un des compositeurs contemporains les plus célèbres. Au fil des années il a su toucher un public de plus en plus large, grâce à ses collaborations avec quelques-uns des grands réalisateurs de sa génération, dont Ridley ScottTerrence Malick ou encore Chistopher Nolan. Avec ces réalisateurs comme avec d’autres, Zimmer a surtout pu toucher de près ou de loin à de nombreux genres cinématographiques. On peut relever des films aussi différents les uns des autres que Thelma et LouiseLe Roi Lion ou encore The Dark Knight.

Depuis quelques années il est impossible ou presque d’échapper aux tubes tirés de Gladiator, Inception, ou encore Pirates des Caraïbes. À la télévision, dans toute émission culinaire qui se respecte, ou dans la galaxie de compilations et parodies que l’on trouve aisément sur la toile. Plus récemment, c’est même une publicité d’assurances qui a repris le « Melanesian Song » du film La Ligne Rouge. Au-delà des utilisations erronées qui vont comme dans ce dernier cas jusqu’au contre sens, il est facile d’en venir à penser qu’Hans Zimmer a pris une place conséquente dans l’imaginaire collectif.

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Et comme chaque superstar qui se respecte, il fait autant l’objet de critiques sévères que de dévouements fanatiques, tout cela dans une démesure jusqu’alors inédite pour un compositeur de musique de film. Si bien qu’aujourd’hui tout semble passer par le prisme « pro » ou « anti-Zimmer ». Chaque camp, puisqu’il s’agit de ça, passe rarement au-delà du ressenti personnel, préférant réagir à chaud. Pour preuve il n’y a qu’à chercher les réactions que provoque sa tournée en cours. Il est rare de lire ou d’entendre des avis construits et pertinents. Pourtant en faisant l’effort de s’attarder un peu sur le sujet, il n’est pas difficile de trouver des arguments allant dans un sens comme dans l’autre. Ce qui évite sans nul doute de verser dans l’excès.

Les critères évoqués plus haut orientent à croire que plus ou moins tout le monde connaît le parcours d’Hans Zimmer. Dans le détail la réalité est plus contrastée. Sans généraliser, beaucoup sont ceux qui après deux ou trois films cités pensent avoir fait le tour de l’œuvre du compositeur. Souvent d’ailleurs, on a tendance à surtout penser aux titres sortis durant les dix dernières années et qui ont fait le plus parler d’eux. Or pour comprendre le rôle que joue Zimmer dans le paysage actuel de la musique de film, il est essentiel de revenir aux débuts de son parcours, pour ensuite se concentrer sur le studio qu’il dirige.


Après un court passage dans le groupe de pop The Buggles connu pour Vidéo Killed The Radio Star , Hans Zimmer devient assistant de Stanley Myers au début des années 1980. Il co-compose avec l’anglais pour certains longs métrages et se forme aussi à la production. La double casquette de compositeur-producteur est ce qui va faire l’essence et la particularité de Zimmer dans le paysage hollywoodien. Après avoir produit la bande originale récompensée de  Le Dernier Empereur réalisé par Bernardo Bertolucci en 1987 il s’impose en tant que compositeur avec le score de Rain Man. Celui-ci offre au film réalisé par Barry Levinson une dimension à la fois aérienne et très humaine via un mélange de nappes de synthés et par l’utilisation de la flûte. Mais nous reviendrons à son rôle de compositeur surtout dans une deuxième partie. Dès lors, Hans Zimmer part aux États-Unis où sa carrière va décoller pour de bon.

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Il ouvre là-bas le studio Media Ventures, plus tard rebaptisé « Remote Control Production » avec lequel il va pouvoir donner sa chance à d’autres artisans de la musique de film. En tout cas, c’est le but affiché, en réalité ce studio va aussi permettre à Zimmer de s’entourer de tous les éléments importants à la conception d’une musique de film et tirer avantage de savoir-faire qu’il n’a pas. Le trouble va souvent être jeté entre les deux fonctions du studio. En effet, si parfois il co-compose une bande originale avec un compositeur moins connu, c’est le nom « Hans Zimmer » qui va être mis en avant sur la pochette du disque.

Les exemples sont nombreux, mais celui de La Ligne Rouge est parlant, car six compositeurs additionnels ont été sollicités. Il s’agit ici d’une technique marketing devenue banale, mais qui s’avère efficace. Une B.O est plus facile à vendre si l’acheteur voit écrit le nom de quelqu’un qu’il connait que s’il voit une équipe d’inconnus, pourtant essentiels.


Devenu une marque à l’internationale, Zimmer continue d’exploiter sa plus grande qualité, trouver les bonnes personnes avec qui collaborer. Cet altruisme lui sert aussi, et peut-être surtout, à pallier les lacunes qu’il peut avoir. Il est en effet parmi ceux qui ont donné une place majeure aux orchestrateurs, un domaine pour lequel il n’a pas été formé. Les orchestrateurs sont pour faire simple les personnes chargées d’adapter une partition pour un orchestre, et donc de déterminer quel instrument jouera telle ou telle partie. Pour certains cela donne un aspect impersonnel à ses compositions. D’autant plus quand depuis Inception (ou en tout cas en grande partie à cause de ce film) les productions « typées Zimmer » sont la norme. Impossible d’échapper aux fameux « BWAAAAM » des bandes-annonces de plus en plus grotesques.

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D’un autre point de vue, ce son de cuivre assourdissant trouvait ses justifications dans le long métrage réalisé par Christopher Nolan. Le succès du film et de sa B.O ont défini des normes commerciales de production dont Zimmer a pu tirer avantage. Cela grâce avant tout au lancement des carrières de Steve Jablonsky (Transformers), Ramin Djawadi (Iron Man) ou encore Junkie XL (Divergente ; Batman V Superman) qui ont tous a fortiori le son du Remote Control et certains tics de compositions hérités du chef.  Si parfois cette démarche a donné de bonnes choses, les dérives sont nombreuses. Les musiques dites « de bandes annonces » évoquées plus haut, mais aussi des B.O à côté de la plaque à tous les niveaux tant elles essayent de coller à une idée toute faite de musique d’action (entre autres).

Dernier exemple en date, le Tarzan composé par Rupert Gregson-Williams, qui certes ne bénéficie pas d’un matériau de base solide, mais qui arrive à sonner faux à chaque instant. Cela va de pair avec une production musicale qui s’accélère et qui a moins le temps de composer qu’à une époque bénite des Star Wars ou autres Conan. Les compositeurs ont en effet en moyenne deux à trois mois pour composer pour deux heures de film, là où au siècle dernier cette étape pouvait durer six mois. Les productions ont alors tendance à être plus stéréotypées, moins riches, mais doivent être autant voire plus rentable. Ce qui n’est pas à imputer directement au Remote Control et à Zimmer, mais celui-ci en profite autant que les autres. Pour être efficace (comprendre : rentable) le studio mise sur le spectaculaire parfois tape-à-l’œil. Ce qui a de quoi donner du grain à moudre à ses détracteurs, prônant la médiocrité de Zimmer. Ses admirateurs sont à l’inverse heureux de retrouver une « patte » bien définie, qui sonne bien « épique » et qui rend bien entre deux chansons pop en soirée.


J’ose croire que si vous lisez cette chronique vous ne faites pas partie de cette minorité bruyante et trop visible qui sous un prétexte ou un autre oublie de prendre les choses pour ce qu’elles sont. Il serait dommage que la passion justifie les débordements et les insultes. Détester ou aduler Hans Zimmer ne fait sans doute pas de quelqu’un un meilleur cinéphile ou béophile (terme spécial vous ne trouvez pas ?) qu’un autre. Après tout, ce n’est « que » de la musique et.. Ah oui ça rend bien un joli discours sur un thème de La Ligne Rouge.


On vous donne maintenant rendez-vous dans quelques semaines pour la seconde partie de cette longue chronique musicale dédiée au compositeur Hans Zimmer.

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