Grave réalisé par Julia Ducournau [Sortie de Séance Cinéma]

Synopsis : “Dans la famille de Justine tout le monde est vétérinaire et végétarien. À 16 ans, elle est une adolescente surdouée sur le point d’intégrer l’école véto où sa sœur ainée est également élève. Mais, à peine installés, le bizutage commence pour les premières années. On force Justine à manger de la viande crue. C’est la première fois de sa vie. Les conséquences ne se font pas attendre. Justine découvre sa vraie nature. “


Les lumières de la salle de cinéma s’allument, tu te repositionnes sur ton siège pour avoir fière allure parce que la position “je m’installe comme à la maison” ce n’est pas trop ça, et là, ton ami(e) se retourne vers toi et te pose la question fatidique…

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Portrait de Julia Ducournau et critique de son court-métrage Junior

Toronto International Film Festival, Fantastic Fest, Rio de Janeiro International Film Festival, Chicago International Film Festival, sans parlé du Festival Premier Plan d’Angers ou encore de l’Absurde Séance, du Festival du Film Fantastique de Gerardmer et de sa présence en compétition à la Semaine de la Critique. Grave a écumé les festivals de cinéma depuis le mois de mai 2016 et continu encore sur sa lancée. Véritable phénomène français de ce début d’année 2017, le premier long-métrage écrit et réalisé par la Française Julia Ducournau n’aura cessé de faire parler de lui. Les spectateurs malades pendant et après les projections n’auront que fait démultiplier cette attention portée à l’égard de cette œuvre qui s’annonçait déjà comme atypique. Atypique dans le paysage cinématographique français, mais pas forcément atypique à l’international. Annoncé en grandes pompes comme le “renouveau” du cinéma de genre français, Grave ne l’est fondamentalement pas. Pour la simple raison que le film n’aspire pas à être ce “renouveau”. Avec Grave, Julia Ducournau développe ce qu’elle avait déjà instauré il y a six ans de cela dans le court-métrage nommé Junior. Racontant l’histoire de la jeune Justine, alors âgée de 13 ans, Junior se servait des codes de l’horreur et du cinéma de monstres pour parler en sous texte du passage de l’enfance à l’adolescence et de la transformation physique de la femme. Grave poursuit cette lignée et va cette fois se servir de l’horreur pour traiter du passage de l’adolescence à l’âge adulte, mais pas que. La force viscérale de ce film, force que l’on ne retrouve cependant pas dans le montage et la brutalité des actions, réside dans son écriture et sa mise en scène.

Justine a bien évoluée depuis Junior et l’excellente Garance Marillier avec !

Grave est un film maîtrisé, et où, chaque scène et chaque placement d’acteur va avoir son importance afin de caractériser les personnages, développer une thématique ou plus concrètement : faire avancer l’histoire. Une histoire simple dans ses grandes lignes, mais qui, grâce à une écriture riche et maline, réussit à traiter en sous-texte de thématiques aussi riches que variées. Le passage à l’âge adulte, la difficulté de s’intégrer à l’université, la sexualité, l’affiliation parent/enfant… Beaucoup de questions vont être traitées (survolés pour certains, mais on en demande pas forcément plus, car rien que cette simple exploitation va permettre à l’histoire de s’enrichir), mais des questions très concrètes, et surtout limpides et simples de compréhension pour tout spectateur qui cherchera à y voir autre chose que l’histoire d’une jeune fille cannibale. Puisque oui, Grave est un film de genre, et a été vendu comme un film de genre gore et trash à souhait. Oui le film est gore, mais il n’est en rien trash, gratuit dans sa violence ou encore outrancier. Difficile d’être choqué devant ce film. C’est son aspect terre-à-terre, ultra-réaliste dans la mise en scène et surtout l’écriture humaniste envers les personnages, notamment Justine, qui va rendre les scènes sanglantes captivantes et difficiles. Sans pour autant mettre mal à l’aise au point d’en avoir des hauts de cœur. Rassurez-vous, votre déjeuner devrait survivre à la séance !

Grave est un film complet. À la fois drôle grâce à quelques blagues judicieusement placées et bien senties afin de faire redescendre la tension, mais également tendre et touchant grâce à une caractérisation fine et une interprétation remarquable. Garance Marillier nous éblouit, développant avec force un jeu tout en subtilité, oscillant entre la rage et la peur de l’inconnu. Touchante et effrayante à la fois, une grande actrice en devenir. Il n’est pas sans défauts, mais va à l’essentiel et réussit tout ce qu’il entreprend. Un vrai film de genre, avec le travail technique qui vont avec : de la bande originale quelque peu électronique inspirée (peut-être trop présente), à la direction artistique allègrement référencée au film de genre italien et plus globalement au film de genre moderne post Suspiria et consœurs. Un travail technique permettant à l’œuvre de développer son aspect surréaliste, faisant contrepoint parfait avec la mise en scène très terre-à-terre et le traitement réaliste des personnages. Grave, n’est peut-être pas le renouveau annoncé, mais certainement le bon en avant inespéré pour le cinéma de genre français qui s’offre une belle petite perle qui pourrait bien en engranger de nouvelles.

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