Gerald’s Game réalisé par Mike Flanagan [Sortie de Séance E-Cinéma]

Synopsis : “Les jeux sexuels de son mari tournent mal, et elle se trouve menottée au lit dans un chalet isolé – assaillie par des visions, et face à des secrets et à un choix cruel.”


Tu éteins les lumières de ton salon, tu allumes ta télé ou ton ordinateur et lance le film. Oui, l’on n’est pas dans une salle de cinéma, mais bien dans un salon pour regarder un film en DVD, Blu-Ray ou VoD. Certains films n’ont pas le privilège de la sortie cinéma, mais se savourent tout de même chez soi.

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Tobe Hopper, Stanley Kubrick, Brian de Palma, David Cronenberg, Frank Darabont, Bryan Singer, John CarpenterRob ReinerGeorge A. Romero ou encore Stephen King lui-même pour les plus connus. L’œuvre de Stephen King est si ample, si riche et variée sur le plan thématique que les adaptations cinématographiques et les noms de cinéastes qui s’y frottent sont de plus en plus nombreux. Après l’échec de Nikolaj Arcel (lire la critique du film La Tour Sombre) et le succès international de Andy Muschietti (lire la critique du film Ça), voici le tour de Mike Flanagan d’offrir à l’année 2017 son adaptation de l’une des nouvelles du King. Gerald’s Game, adaptation de la nouvelle Jessie publiée en 1992, conte l’histoire de Jessie Burlingame qui va devoir faire preuve de réflexion et combattre ses démons afin de survivre et s’échapper de ce lit qui la retient prisonnière. Contrairement aux deux films précédemment cités, Gerald’s Game n’est pas un film distribué au cinéma. Production Netflix, ce dernier est proposé depuis le 29 septembre 2017 sur la plateforme de streaming légale. Ce n’est pas une première pour le cinéaste américain qui s’est fait remarquer en mai 2016 avec la sortie sur cette même plateforme, de l’une de ses précédentes œuvres : Hush – Pas un Bruit (lire notre critique).

À l’instar de la majorité des œuvres de Stephen King, Jessie était jugée comme une nouvelle inadaptable en l’état. Le cinéma est un art qui a les capacités de passer outre l’impossible. À savoir passer outre le réalisme des situations et montrer à l’image le subconscient de personnages, ou toute sorte de choses et d’éléments immatériels. Le son, la mise en scène, le cadrage (la notion de hors champ)… les possibilités offertes par le cinéma sont grandes et le cinéaste Mike Flanagan l’a bien saisi. Déjà avec Hush – Pas un Bruit (ainsi qu’avec son Ouija : Les Origines, même si, film à part au sein de sa filmographie), le réalisateur avait démontré avoir un esprit inventif et créatif. Adapter cette nouvelle de Stephen King, dont l’essentiel de l’action se déroule sur le lit d’une chambre à coucher, n’est de sa part pas une surprise. En l’espace d’une heure et quarante minutes, le cinéaste, épaulé par le chef opérateur Michael Fimognari, réussissent l’exploit de ne pas inculquer un sentiment de redondance. Peu de redite dans les cadres choisis, et ce, même si le spectateur a connaissance de l’entièreté de la pièce dès la séquence d’introduction. À l’inverse du film Room (Lenny Abrahamson, 2016) et dans la continuité du travail opéré au sein du film Hush – Pas un Bruit, Mike Flanagan cherche à ce que le spectateur ait connaissance du lieu principal. Ici l’intérêt de ce parti pris d’ordre artistique va résider dans l’incursion du rêve, et donc de l’irréel, dans le réel. Rendre le spectateur confus. Qu’est-ce qui est de l’ordre du fantasme ? Jessie Burlingame est-elle consciente ou est-ce son subconscient parle, qui lui parle ?

Un scénario freudien dans l’âme, qui nous ramène directement à la topique du “ça, du moi et du surmoi”. Une topique dont Stephen King s’est certainement servi afin d’écrire sa nouvelle, et qui ici, va permettre au film de développer une problématique psychanalytique des plus fortes. Amplifiant de ce fait, l’aspect perverse d’une histoire dont la personnalité de sa protagoniste ne laisse pas de marbre un spectateur qui assiste en sa compagnie au (re)visionnage et à la remémoration d’évènements des plus dérangeants. Avec leur façon de cadrer (cadrage très serré et jouant sur deux plans, position du personnage oblige), Mike Flanagan et Michael Fimognari transcrivent avec précision l’état psychologique présent [le(les) présent(s) de la diégèse, un présent étant une des étapes psychologiques] d’une Jessie Burlingame merveilleusement incarnée par l’actrice Carla Gugino. Une interprétation persuasive et impliquée, qui donne de la crédibilité au personnage et au film dans son entièreté. Le spectateur y croît, croît à l’histoire de ce personnage, tout en ayant conscience et en se posant la question de l’implication du subconscient dans le développement psychologique du personnage.

Si l’analyse comparée était obligatoire, et ou, s’avérait nécessaire, l’on pourrait aisément conclure en disant que le spectateur qui avait été surpris et captivé par Hush – Pas un Bruit en 2015, se trouvera en terrain conquis avec ce Gerald’s Game. Même si plus inspiré sur le plan de la mise en scène grâce à une histoire plus psychologique et complexe sur lequel le cinéaste peut s’appuyer, on y retrouve les mêmes qualités et défauts que dans son précédent film proposé exclusivement sur Netflix. Un véritable sens du cadre et une esthétique impeccable (avec un très beau travail sur la lumière extérieure qui renforce la paranoïa constante et vient enrichir l’œuvre dans sa globalité). Mais un tout qui malheureusement accuse de certaines longueurs. Des creux qui, même si toujours comblés par un ou plusieurs rebondissement (scénaristique comme technique), se font malheureusement ressentir et font perdre au long-métrage son entrain. Gerald’s Game n’en demeure pas moins un film dont la cohérence globale (une folie scénaristique renforcée par des choix de cadres, de mise en scène et esthétiques) et l’excellente qualité d’interprétation vous pousseront à aller jusqu’au bout afin d’en découvrir le mot de la fin.

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