Galveston réalisé par Mélanie Laurent [Sortie de Séance Cinéma]

Synopsis : «1988. Les temps sont durs pour Roy, petit gangster de la Nouvelle-Orléans. La maladie le ronge. Son boss lui tend un guet-apens auquel il échappe de justesse. Une seule issue : la fuite, en compagnie de Rocky, une jeune prostituée. Deux êtres que la vie n’a pas épargnés. En cavale vers la ville de Galveston, ils n’ont plus rien à perdre…  »

Les lumières de la salle de cinéma s’allument, tu te repositionnes sur ton siège pour avoir fière allure parce que la position “je m’installe comme à la maison” ce n’est pas trop ça, et là, ton ami(e) se retourne vers toi et te pose la question fatidique…

Adaptation du roman de Nic Pizzolatto, auteur de l’excellente première saison de la série True Detective, Galveston est le premier long-métrage américain de la cinéaste Mélanie Laurent, après ses premières oeuvres que furent Les Adoptés, Respire et Plonger et sa pause documentaire, co-réalisé avec Olivier DionDemain. Galveston se déroule dans l’Amérique profonde de la fin des années 1980 où l’on suit Roy (Ben Foster), une petite frappe ronger par la maladie. Pris au piège dans un piège tendu par son patron, il échappe de justesse à la mort, en emmenant avec lui Rocky (Elle Fanning), une prostituée. Galveston suit deux laissés-pour-compte qui tentent de fuir leurs démons dans l’Amérique brutale et violente de Nic Pizzolatto, une Amérique fidèle donc à celle de la série True Detective.

L’Amérique profonde que filme Mélanie Laurent dans Galveston est issue d’une imagerie bien connue dans le genre du polar américain : ses motels miteux, refuge des marginaux, ses bars où les hommes ressemblent à des cowboys, ses prostituées, ses petits trafics de gangsters qui se terminent la plupart du temps par un règlement de compte. Une Amérique violente et crade que Mélanie Laurent retranscrit avec une esthétique très léchée. La cinéaste et son directeur de la photographie, Arnaud Potier, déjà à l’œuvre sur Les Adoptés et Respire, ont fait un véritable travail d’orfèvre au niveau de la photographie et de la lumière. Des plans extrêmement composés qui fourmillent de détails visuels qui font de Galveston un véritable plaisir visuel pour tout amateur de polar noir. La cinéaste s’autorise par moment des fulgurances visuelles tout droit sorties de l’exercice de style, entre la caméra à l’épaule en mouvement pour filmer le dialogue et le plan-séquence pour des scènes brutales et viscérales qui, à défaut de tomber parfois dans le démonstratif, témoigne d’un véritable savoir-faire de cinéaste derrière la caméra.

Au niveau du récit, le long-métrage de Mélanie Laurent n’est pas d’une grande originalité dans sa trame et son propos. Galveston nous conte un énième récit de rédemption autour de personnages écorchés vifs qui cherchent à fuir leur passé dans une Amérique vue des milliards de fois dans le cinéma indépendant américain actuel. Mais on ne peut que reconnaître à Mélanie Laurent, cette aisance à insuffler à ses personnages une profonde mélancolie qui résonne plus dans les gestes et les regards que dans des dialogues inutilement explicatifs. La cinéaste magnifie son actrice Elle Fanning avec un regard féminin. Mélanie Laurent filme avec délicatesse une jeune fille apprenant à devenir adulte et qui a perdu son enfance et son innocence. Elle parvient à rendre attachant son personnage de truand en lui donnant une profondeur assez inattendue sous les traits d’un Ben Foster rugueux qui semble avoir trouvé sa place dans le cinéma indépendant américain, de Comancheria au récent Leave No Trace.

Avec son esthétique de polar noir léchée et son travail à la photographie soignée, sa reconstitution d’une Amérique profonde poisseuse, brutale et violente à l’image de la série True Detective de son auteur, Galveston fait figure de petit polar américain de bonne facture, confirmant le savoir-faire d’une cinéaste qui s’essaye à un exercice de style plutôt réussi. Mélanie Laurent confirme également son talent dans une direction d’acteurs aux petits oignons, la cinéaste magnifiant ses interprètes Ben Foster et Elle Fanning, sur lesquels elle pose un regard féminin, qui apporte une certaine tendresse à ses personnages de laissés-pour-compte d’une Amérique profonde viscérale. À défaut d’offrir un véritable propos d’auteur que l’on était en droit d’attendre, Galveston est un bon polar.


« À défaut d’offrir un véritable propos d’auteur que l’on était en droit d’attendre, Galveston est un bon polar. »

Avertissement : des scènes, des propos ou des images peuvent heurter la sensibilité des spectateurs.


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