Five Feet Apart, le digne successeur du film Nos Étoiles Contraires (?)



Synopsis : Stella Grant, dix-sept ans, est atteinte par la fibrose kystique. Elle a passé une grande partie de sa vie entre les quatre murs de sa chambre d’hôpital. C’est dans ce contexte, qu’elle tombe amoureuse de Will Newman, également atteint de la mucoviscidose. Leurs états de santé respectifs les empêchent de s’approcher trop près l’un de l’autre. De plus, Stella doit tenter de raisonner son amoureux qui ne veut plus prendre ses traitements médicaux.

Le teen-movie est un genre particulier. Idolâtré de certains et détestés par d’autres. C’est un genre auquel beaucoup se sont essayés, mais à l’image de la comédie populaire, fondamentalement peut-on réussi à exploiter le genre avec créativité et malice. Pour cela il faut remonter au cinéma de John Hughes, véritable maître en la matière il faut l’avouer, ou encore aller piocher au sein du cinéma indépendant américain. Quelques belles surprises sortent du lot de temps à autre, mais côté productions américaines grand public, les perles se font rares. Néanmoins, les spectateurs américains et plus particulièrement les adolescents et adolescentes américaines aiment suivre de belles histoires d’amour mises en scènes avec des protagonistes auxquels ils peuvent s’identifier. The Fault in Our Stars (Nos Étoiles Contraires), Midnight Sun ou encore Love, Simon pour nommer que les cas les plus récents. Des longs-métrages adaptés de romans, ou non, qui ont tous la particularité d’être des romances adolescentes avec des personnages principaux qui ne peuvent vivre pleinement leur amour réciproque. Roméo et Juliette n’a cas bien se tenir, car s’il est à l’origine de tout, les concepts sont aujourd’hui tous bons à être utilisés afin de raconter et mettre en scène les mêmes histoires.

Si l’acceptation de la famille ne semble plus est la préoccupation majeure de notre société, subsiste des cas exceptionnels justifiant la création d’une nouvelle love story pour adolescents et adolescentes. Si grâce à son audace de mettre en image et en scène un jeune personnage homosexuel, le récent métrage Love, Simon démontrait un réel intérêt à exister au-delà d’un hypothétique marché à conquérir (disons-le clairement), il est difficile d’en dire de même concernant Five Feet Apart. Teen movie romantique tel qu’il en existe des milliers, Five Feet Apart met en scène deux jeunes adolescents masculin et féminin, tous deux atteints par la fibrose kystique. Ils vont apprendre à se connaître, s’apprécier puis s’aimer malgré la maladie qui leur empêche de se voir à moins de 6 pieds (vous comprendrez en voyant le film pourquoi Five Feet Apart et non Six Feet Apart). Dire de Five Feet Apart qu’il est le nouveau The Fault in Our Stars n’est pas anodin. Telle une oeuvre de Shakespeare, c’est un amour sans cesse contraint par l’omniprésence d’une mort probable de l’un ou l’autre, que les deux protagonistes vont devoir s’aimer. Doivent-ils tout risquer au prix de cet amour ou alors est-ce bel et bien au nom de cet amour qu’ils doivent se séparer ? Vaste question que le scénario tente de développer au travers d’une accumulation de séquences où la dramaturgie va aller crescendo. Si Five Feet Apart part d’une réelle bonne intention, qui est celle de mettre en scène deux personnages atteints d’une maladie, le film démontre finalement posséder tous les maux d’une oeuvre commerciale qui vise un public ciblé grâce aux succès Love, Simon et The Fault in Our Stars.

Mettre en avant la maladie et la difficulté de ces jeunes personnes à vivre comme les autres est l’élément qui sert d’introduction au film. Très certainement ce qu’il fait de mieux, sachant qu’il est essentiel à ce genre de film de réussir son introduction afin de créer un attachement fort du spectateur envers le personnage principal (ici la jeune femme incarnée par l’actrice Haley Lu Richardson). Une maladie qui au fur et à mesure du développement du récit, prend rapidement la place d’un simple prétexte. Elle est prétexte à mettre en scène une romance tout à fait anodine et classique dans le monde du cinéma hollywoodien. Si c’est bel et bien cette maladie qui guide les pas et actions des personnages, centrale au récit et permettant à ce dernier d’être cohérent, remplacez la par n’importe quelle contrainte (la famille dans Roméo et Juliette pour revenir à cette histoire) et vous obtiendrez le squelette d’une romance hollywoodienne post année 2000… et plus si affinité. Il n’y a aucun postulat, aucune constatation sur une réalité que vivent des milliers de jeunes adolescents… simplement la possibilité de faire une énième romance prévisible, conventionnelle, sans audace ou une once de créativité. L’on ne peut cependant pas dire que Five Feet Apart est un film opportuniste qui se sert de la maladie comme d’un prétexte dont il se moque. Au contraire. Même si c’est un prétexte narratif, il est traité avec suffisamment de bienveillance, n’hésitant pas à lorgner avec le danger et potentiellement la mort, afin de faire digérer une morale humainement belle. Extrêmement simpliste et prévisible, mais suffisamment bienveillant et cohérent dans sa construction afin de toucher le public cible, déjà bouleversé par The Fault in Our Stars. La même recette avec un autre contexte, ça fonctionnera évidemment sur ce même public et la nouvelle génération. Les autres, passez votre chemin il n’y a absolument rien à voir.

Teen movie hollywoodien, Five Feet Apart ressemble formellement à n’importe quelle œuvre qui cible le grand public. Une structure narrative linéaire en trois actes, réalisés de la manière la plus académique possible (master puis champ/contre champ au plus possible), avec quelques moments clipesques, beaucoup de musique et surtout une créativité visuelle assez pauvre malgré de belles idées de mise en scène. Si le film est extrêmement fonctionnel et didactique sur tous les plans, on ne peut ôter à son metteur en scène Justin Baldoni, quelques belles petites idées. Quelques idées de réalisation qui vont dynamiser le film et le sortir d’un engrenage infernal, mais également quelques idées de mise en scène qui vont donner du souffle aux personnages concernés, ainsi qu’à l’histoire. Réussir à faire passer une chambre hospitalité en une chambre d’adolescente, simplement par la mise en scène, le cadrage et la gestion de l’éclairage, en est une. Une belle idée, qui en plus d’être techniquement de qualité, a un réel sens vis-à-vis du personnage. Malheureusement, ce ne sont que quelques idées dans ce qui reste et demeure une romance hollywoodienne prétexte et classique à souhait. C’est du vu, revu et rerevu, mais la recette fonctionne et devrait fonctionner sur le public qu’elle cible notamment grâce à son casting et plus particulièrement à son actrice principale (Haley Lu Richardson ndlr) qui sous ses airs d’Olivia Cooke développe une réelle sympathie communicative.


«  Si vous terminé le visionnement de The Fault in Our Star avec un seau de larmes, Five Feet Apart devrait vous bouleverser. Les autres, il devrait vous offrir de belles plaques rouges de démangeaison. » 


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