Été 85, romance sous emprise par François Ozon


Synopsis : « L’été de ses 16 ans, Alexis, lors d’une sortie en mer sur la côte normande, est sauvé héroïquement du naufrage par David, 18 ans. Alexis vient de rencontrer l’ami de ses rêves. Mais le rêve durera-t-il plus qu’un été ? L’été 85… »


Les lumières de la salle de cinéma s’allument, tu te repositionnes sur ton siège pour avoir fière allure parce que la position “je m’installe comme à la maison” ce n’est pas trop ça, et là, ton ami(e) se retourne vers toi et te pose la question fatidique…

Premier film à sortir en salles avec le fameux Label Cannes 2020, sélection officielle d’un moment qui n’aura pas eu lieu… on pourra débattre de l’utilité ou non de faire exister ce 73e festival, mais on peut aussi voir ce Label comme un éclairage sur des films qui auront besoin d’un petit coup de main, un petit coup de pouce… étonnant de l’écrire ainsi quand on parle de François Ozon. Pourquoi aurait-il besoin d’un coup de pouce ? Réalisateur français mondialement connu, il attend toujours une reconnaissance par ses pairs qui n’est toujours pas arrivé. En 22 ans de carrière, un Ours d’argent à Berlin pour grande récompense internationale, c’est peu.

Après Grâce à Dieu, qui revenait sur les affaires de pédophilie dans le diocèse de Lyon, François Ozon décide de retourner à l’amour : son sujet favori. Il reprend aussi ses marottes : l’amour entre deux garçons même si dès le début, on comprend que l’histoire entre Alexis et David est universelle. C’est un amour de vacances comme tout le monde aura pu en connaître.

Été 85 semble débarrassé de toutes les douleurs du cinéma du réalisateur. Même si la mort rôde, elle n’est pas celle qui est attendue pour nous permettre de mieux percevoir le secret des promesses tenues entre amis, entre amants, entre amoureux. D’ailleurs l’amour est présent de façon continue. À la fois entre Alexis et David, avec leurs familles respectives même si elles sont différentes. Également, avec Kate, l’amie anglaise de passage jouée par une rayonnante Philippe Velge. Ou encore avec le professeur de français qui croit en Alexis, porté par toute la subtilité d’un habitué du cinéma d’Ozon : Melvil Poupaud méconnaissable… et surtout l’amour pour le roman d’Aidan Chambers, La Danse du coucou.

Ce roman, François Ozon le porte en lui depuis qu’il l’a lu dans les années 1980… il s’est toujours dit que ce serait celui-ci, son premier film. Mais comment adapter une histoire anglaise en France ? Comment l’adaptation peut-elle reproduire les sensations de cette première lecture tout en lui restant fidèle ? Simplement parce qu’il ne l’a pas adapté tout de suite et qu’il a laissé l’histoire mûrir en lui. C’est la force de ce film : à la fois, on sent que le réalisateur maîtrise le sujet de bout en bout et on retrouve aussi un souffle de jeunesse digne d’un premier film. Par quel tour de magie a-t-il réussi cela ? Simplement par l’amour qu’il porte pour le roman.

Cet amour transparaît sans cesse : dans les scènes de rencontre, d’amour, de rupture malgré ses conséquences funestes. François Ozon réussit le pari de réinventer la romance grâce à la fraîcheur de ses deux interprètes. Alexis est porté par Félix Lefebvre, une apparition magique, assumant tout et notamment son amour pour un autre garçon… pour lui, sa sexualité n’est pas un problème, elle est naturelle. C’est le premier changement dans le cinéma d’Ozon, l’homosexualité n’est plus torturée. Ici, cet amour est bercé par cet Été 85, un été d’insouciance au rythme des tubes de cette année-là. Félix Lefebvre représente l’innocence perdue du réalisateur et de ses 16 ans. Il charrie tout cet espoir apporté par son sauveur, David que joue Benjamin Voisin.

Révélé dans le très beau film La Dernière vie de Simon, Benjamin Voisin apporte force et trouble au personnage. Que cherche-t-il ? Quelles sont ses motivations auprès d’Alexis ? Pourquoi veut-il tellement obtenir l’amitié d’Alexis et aussi son amour ? Est-ce pour combler l’absence du père ? Dans ce petit manège amoureux, s’opère une relation troublante d’emprise… Alexis voit en David ce moyen d’être heureux, de s’évader vers un avenir radieux et différent que celui offert par sa famille… et pourtant sa famille l’aime. Des parents interprétés par Isabelle Nanty et Laurent Fernandez, des taiseux qui ne dévoilent pas leurs sentiments et l’amour qu’ils portent à leur enfant. Et comme un négatif, en face, on découvre la mère de David portée par l’interprétation survoltée, azimutée et complètement paumée par Valeria Bruni-Tedeschi, actrice fétiche d’Ozon. Cette dichotomie se retrouve dans les intérieurs des deux familles. Ou encore dans les couleurs de la photographie mise en place par Hichame Alouie. Photographie renforcée par le choix de tourner avec pellicule et non au numérique.

François Ozon tourne en super 16, comme lors de ses premiers courts-métrages. Ce choix permet de créer l’univers des années 1980 : la beauté de l’image du Tréport, le rappel des fêtes foraines, les costumes choisis par Pascaline Chavanne. Des années 1980 recréées par la jeunesse qui danse en soirée dont une scène rappellera automatiquement La Boum avec Sophie Marceau. Tout dans ce film concourt d’une légèreté malgré le drame qui couve… un drame dont l’issue sera automatiquement funeste. Aussi, même si la mort est présente, elle n’est pas l’objet du film. L’emprise d’un esprit fort sur un jeune innocent apparaît sans cesse, car Alexis est prêt à tout pour David. Cette emprise est renforcée par des symboles tels que le nom du bateau de David : la Calypso. Cette nymphe a emprisonné Ulysse et l’a gardé auprès d’elle pour finalement lui rendre la liberté… mais à quel prix ?

Loin de renforcer le drame, François Ozon déjoue cette sensation de lourdeur grâce à une bande originale incroyable : The Cure bien entendu qui ouvre le bal. Ou encore les mélodies composées par Jean-Benoît Dunckel, la moitié du duo électronique Air, pour combler les moments où les meilleurs tubes des années 1980 apparaissent. Comment ne pas voir dans le passage coincé entre Toute première fois de Jeanne Mas et Self Control de Raf… la symbolique du premier baiser du prince charmant venu sauver l’être aimé ? En quelque sorte, Ozon écrit un conte de fées qui malheureusement, et comme souvent chez lui, va tourner au cauchemar.

Pourtant, malgré tout, il reste comme un petit goût d’inachevé dans cette conclusion sans doute prévisible ou inhabituellement heureuse, bien loin de l’univers tragique d’Ozon… et si le réalisateur était enfin apaisé ?

Été 85 est à la fois une romance et l’histoire d’une possession. Le film de François Ozon n’en reste pas moins léger et tendre, mais aussi dramatique et émouvant. Le dix-neuvième film de François Ozon est comme le bilan et la somme de tout ce que le réalisateur a proposé auparavant. Le professeur bienveillant et intrigué par les écrits de son élève rappelle Dans la maison. La mort sans cesse présente au point d’en devenir morbide comme avec Frantz ou Le Temps qui reste. Le goût du travestissement comme dans Une meilleure amie. Que dire encore de cette présence d’une plage et d’un été doux comme dans Sous le sable ? En clair tout est là comme si le roman qu’il adapte n’était qu’une prolongation du cinéma du réalisateur…

Été 85 a obtenu le Label Cannes 2020

« Été 85 est à la fois une romance et l’histoire d’une possession. Le film de François Ozon n’en reste pas moins léger et tendre mais aussi dramatique et émouvant. »

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