Ennio Morricone (Chronique | Musique) Pour une poignée de B.O

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Le titre vous l’a spoilé : cette semaine nous revenons sur la carrière d’Ennio Morricone. De nombreux portraits font déjà l’éloge de Morricone, certains se chargent aussi de lister ses œuvres. Nous essayerons ici de ne pas ajouter (trop) de superlatifs, ni de trouver de perles rares. Il s’agira surtout d’expliquer en quoi le maestro a une place importante dans le monde de la musique de film. La dernière partie sera consacrée à l’actualité de l’artiste, à savoir sa partition pour Les 8 Salopards, film réalisé par Quentin Tarantino.

La carrière de Morricone au cinéma commence en 1961, mais elle décolle en 1964 quand un ancien camarade de classe fait appel à lui pour composer la musique de son film. Le camarade c’est Sergio Leone, le film c’est Pour une poignée de dollars.



Sergio Leone et Ennio Morricone développent, dès ce premier film ensemble, une méthode de travail qui leur est propre. L’écriture du scénario et de la musique sont liées. Les comparses s’échangent leurs idées et s’inspirent l’un l’autre. Pour Il était une fois en Amérique, la musique a même été composée avant le tournage et diffusée en plateau.

Cette manière de travailler basée sur la confiance et la compréhension de l’autre permet d’aboutir à une œuvre où l’image et le son ne forme qu’un, sans que l’un prenne le pas sur l’autre. La scène de l’impasse mexicaine (duel à trois où personne ne peut gagner) dans le cimetière à la fin de Le Bon, la Brute et le Truand en est un bel exemple.



Même s’il n’y a aucun dialogue, ni presque aucun bruitage dans cette scène, la musique ne couvre pas l’image. On peut expliquer cela par le montage. Celui-ci est pensé pour coller à la bande son et non l’inverse. Fait rare aujourd’hui mais encore davantage en 1966. La combinaison des deux crée la tension nécessaire au déroulement de l’intrigue. Le silence aux deux tiers du thème laisse brièvement place aux cris d’oiseaux, et amplifie cette tension.

Au-delà de cela, Ennio Morricone se détache de tout classicisme dans ses compositions pour Leone. Le maître attire effectivement l’attention par son approche expérimentale. On note l’utilisation de bruitages, de cris ou des sifflements indissociables de la trilogie « des dollars ». Autre caractéristique majeure, la prédominance de la guitare et de la trompette. L’orchestration traditionnelle est bouleversée, sans verser dans la musique populaire. Et si le réalisateur réinvente le genre du western, le compositeur réinvente la musique de film.

L’univers commun qu’ils créent à partir de Pour une poignée de dollars  fera la renommée des deux artistes. Ils collaboreront pour sept autres films, le dernier étant Il était une fois en Amérique.



Ennio Morricone n’attend pas que son camarade entame de nouveaux projets pour continuer de composer. En effet, les années 1960 – 1970 constituent une période faste pour le compositeur. Souvent, les réalisateurs font appel à lui pour composer d’autres musiques de western. Mais le maître ne se cantonne pas à ce genre. De L’exorciste II à La Cage aux Folles, les années 1970 permettent un retour à l’expérimentation et à la liberté. Ce qui n’empêche pas Morricone de rencontrer toujours autant de succès auprès du grand public.

En 1971, sa collaboration avec Joan Baez pour Sacco et Vanzetti, Here’s to you devient un hymne instantané pour les droits civils aux Etats-Unis. En France, c’est Chi Mai qui connait un grand succès. Ce thème, composé à l’origine pour Maddalena, est ré-utilisée dans Le Professionnel, réalisé par Georges Lautner en 1981. Le réalisateur diffusait lui aussi la musique sur le plateau de tournage et il a été décidé de la garder au montage. Certains auront l’idée fixe d’avoir entendu ce thème ailleurs, et pour cause. Reprise à nouveau dans un spot publicitaire bien connu, il a été parodié plus d’une fois depuis.



La carrière d’Ennio Morricone est jalonnée par d’autres triomphes qu’il serait bien trop long de lister ou d’analyser ici. Cependant on oublie souvent qu’avant le Gabriel’s Oboe de Mission en 1986 (pour laquelle il a fallu faire correspondre les gestes improvisés de Jeremy Irons à une véritable partition), il y’eut The Thing.

Pour ce film réalisé par John Carpenter en 1982, la musique sera nommée au Razzie Awards dans la catégorie “pire bande originale”. Le mélange du son de synthés typiques du style de Carpenter et de l’orchestration aux cordes dissonantes de Morricone déplaît. Plus qu’un procès à la B.O, c’est tout le film qui est rejeté. Avec le temps, le film va pourtant obtenir le statut de film culte. La bande originale co-composée par le maître italien va être redécouverte et appréciée. Inspirant encore des artistes contemporains, dont fait partie Quentin Tarantino (on y vient).



Le bad boy étant fan du maître italien, il s’est ré-approprié quelques uns des thèmes pour ses propres films. Certains parmi les plus célèbres de Morricone, d’autres moins connus, qui ont depuis permis aux plus jeunes générations de découvrir l’oeuvre du compositeur. Mais si désormais l’on attribue les thèmes Rabbia E Tarantella à la bande d’Aldo Raine d’Inglorious Basterds, ou encore The Braying Mule à la cariole du docteur Schultz de Django Unchained, c’est pour une autre raison que le maestro va se brouiller avec le réalisateur. Il reproche à Tarantino de ne pas savoir placer les musiques dans ses films et va jusqu’à dire qu’il ne veut plus travailler avec lui.

Cette annonce étonne plus d’un cinéphile. Étonnement d’autant plus grand quand le réalisateur annonce que Morricone va travailler à nouveau avec lui pour Les 8 Salopards. Projet revenu d’entre les morts puisqu’il a failli ne jamais voir le jour. Le film est un western en huis-clos, ayant pour cadre la neige et avec Kurt Russel en tête d’affiche. Description qui semble tout droit indiquer Morricone à la partition. Ce sont d’ailleurs quelques thèmes non utilisés de The Thing, retravaillés pour l’occasion, qui composent la majorité de la bande originale du film. En résulte une bande originale pesante, brillamment orchestrée et dont le thème principal reste en tête longtemps après la fin du générique.


En bref...

Ennio Morricone a d’abord construit une réputation de bon compositeur pour western. Cependant, il s’est vite diversifié. C’est cette polyvalence qui a permis à l’artiste de composer beaucoup, en laissant de grands succès sur son passage. Pourtant, à 87 ans, il ne semble pas avoir écrit sa dernière B.O. Et ce pour notre plus grand plaisir !


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