Effacer l’Historique, quand le duo Kervern/Délépine s’attaque à internet

Synopsis : « Dans un lotissement en province, trois voisins sont aux prises avec les nouvelles technologies et les réseaux sociaux. Il y a Marie, victime de chantage avec une sextape, Bertrand, dont la fille est harcelée au lycée, et Christine, chauffeur VTC dépitée de voir que les notes de ses clients refusent de décoller. Ensemble, ils décident de partir en guerre contre les géants d’internet. Une bataille foutue d’avance, quoique… »


Les lumières de la salle de cinéma s’allument, tu te repositionnes sur ton siège pour avoir fière allure parce que la position “je m’installe comme à la maison” ce n’est pas trop ça, et là, ton ami(e) se retourne vers toi et te pose la question fatidique…

Après I Feel Good (2018), le duo de cinéastes Gustave Kervern / Benoît Délépine est de retour avec Effacer l’Historique, Ours d’Argent du 70e anniversaire de la dernière Berlinale. Dans ce nouveau film, le duo s’attaque cette fois-ci aux nouvelles technologies et aux réseaux sociaux qui incitent à la surconsommation. On suit trois protagonistes à l’image des personnages habituels du cinéma des deux réalisateurs. Trois voisins, Marie (Blanche Gardin), victime d’un chantage impliquant une sextape, Bertrand (Denis Podalydès) qui cherche à effacer une vidéo de sa fille se faisant harceler au lycée, et Christine (Corinne Masiero), chauffeur VTC qui souffre de la mauvaise notation de ses clients, vont se lancer dans un road-trip à la recherche de leurs données éparpillées dans des Centers Data aux quatre coins du monde, afin d’effacer leur historique qui leur pourrit la vie. 

Avec ce nouveau long-métrage, le duo de cinéastes est de retour plus en forme que jamais, toujours aussi virulents à travers leur art de l’absurdité, poussé ici à son paroxysme. On retrouve l’amour des cinéastes pour les personnages de marginaux paumés, inadaptés dans une société qui part en vrille. Comme à leur habitude, les cinéastes prennent des acteurs pour les « Grolandiser » à l’image de leur cinéma. Après Jean Dujardin dans I Feel Good, c’est au tour de Blanche Gardin de paraître comme une évidence en marginale paumée. Le jeu complètement décalé de l’actrice fonctionne à merveille dans l’univers que dépeignent les cinéastes, en proie aux absurdités de l’internet et de la société de consommation. Elle se retrouve dans des situations complètement délirantes où les auteurs poussent le curseur à fond. Denis Podalydès apparaît complètement punk et à la fois attachant. Quant à Corinne Masiero, complètement déjantée à l’écran, le verbe décalé que pratiquent les cinéastes lui va à merveille. De cette absurdité et de ces situations délirantes émane une certaine tendresse pour ces personnages, seuls face à un système qu’ils ne comprennent pas, qui leur est inconnu. Un véritable sentiment de solitude se dégage de ce trio qui déclenche une vraie empathie chez le spectateur. 

Du côté des seconds rôles, les cinéastes nous ont concocté un florilège de guests plus délirants et fous les uns les autres, entre nouvelles têtes et habitués du cinéma du duo. Vincent Lacoste en sextapeur, Benoît Poelvoorde en livreur « Alimazone » (chercher la référence), Vincent Dedienne en fermier bio, Philipe Rebbot en parasite de la société délirant, Bouli Lanners en hacker se faisant appeler Dieu (une des meilleures idées du film), Michel Houellebecq en suicidaire… Sans compter d’autres caméos, certains plus discrets, comme Jackie BerroyerYolande Moreau, et même Jean Dujardin. Ici, une galerie de personnages « Grolandais » plus barrés les uns que les autres. Ils offrent un festival de sketchs délirants qui s’en prend à la société de consommation et à l’omniprésence des nouvelles technologies dans notre quotidien.

Cet aspect « film à sketchs » est à la fois sa grande qualité et son grand défaut. Dans cette succession de sketchs, si certains sont tout simplement à mourir de rire à gorge déployée, d’autres paraissent plus lourds par la transparence de leurs propos à travers l’absurde. Il en ressort un sentiment de film inégal : le rythme du long métrage en pâtît par moments, il accuse certaines longueurs lorsque le duo de réalisateurs poussent un peu trop le curseur de l’absurde à sa limite, déjà présente dans leur précédent film. 

Mais il ressort d’Effacer l’Historique une véritable sincérité à travers l’amour que portent les auteurs à leurs losers magnifiques. Avec sa galerie de personnages plus barrés les uns que les autres, son absurdité dont émane une vraie tendresse pour ses personnages de paumés marginaux. Un cinéma militant qui parvient toujours à allier la pertinence de son propos politique à cet art de l’absurde qui fait la marque de fabrique du duo de cinéastes qui n’a pas perdue de sa superbe. Une vraie réussite. 


Au cinéma dès le 26 août 2020 en France.

« Le duo Kervern/Délépine poursuit son cinéma militant avec une satire réussie sur l’omniprésence des nouvelles technologies dans notre société. Un bon cru. »


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